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Ce fut au concile de Clermont que le pape Urbain H appela aux armes pour la guerre sainte la chrétienté entière. L'heure était bien choisie pour se faire écouler. La plus grande par- tie de l'Asie Mineure, la Syrie, l'Egypte, l'Afrique romaine, l'Espagne et la Sicile avaient déjà été subjuguées par Tislamisme, qui, sorti des sables brûlants de l'Arabie, venait menacer Rome même. Vainement paré du titre et d'un lambeau de la pourpre des Césars, Alexis Comnène, assis sur le trône chancelant de Byzance, appelait alors l'Occident chrétien à la défense de ce dernier débris de l'empii c romain. On vit affluer de toutes parts des hommes appartenant aux condi- ^•t 4 / . ^ f i.. X / 2 MONUMENTS DE L'ARCHITECTURE MILITAIRE tions les plus diverses, animés du désir de s'associer à la conquête de la Syrie et à la délivrance des Lieux saints. L'expédition s'étant mise en marche en Tannée 1096, les croisés r étaient, avant la fin du xi* siècle, déjà maîtres d'Edesse, d'Antioche et de Jérusalem, et, dès le commencement du xn^, ils avaient occupé presque toute la Syrie, où Tislamisme ne possédait plus que Damas, Bosra, Homs, Hamah et Alep. Une fois la conquête accomplie, les Francs procédèrent successive- ment à l'organisation des diverses parties du pays. IL Je vais tenter d'esquisser sommairement un aperçu géographique des principautés chrétiennes de Syrie et indiquer en même temps les posi- tions des forteresses occupées à cette époque par les Francs. Au nord, entre le Taurus et la mer, les populations arméniennes venaient de se rendre maîtresses de la Cilicie. Ce nouvel état, fortifié par l'arrivée des croisés, assurait aux chrétiens comme frontière naturelle vers le nord la chaîne du Taurus. Edesse, devenue, sous Baudoin du Bourg, principauté française, mettait au pouvoir des chrétiens la Mésopotamie jusqu'au Tigre. Elle fermait de ce côté la route aux armées que les princes maho- métans de Mossoul et de Bagdad pouvaient envoyer au secours des émirs musulmans de Syrie. Cette province entièrement conquise , ainsi qu'une partie de l'Arabie Pétrée jusqu'à Etzion-Gaber, serait devenue entre les mains des Francs une colonie de premier ordre. Les événements, la configuration du pays et la nécessité de donner à certains princes occidentaux venus en Syrie des fiefs proportionnés DES CROISÉS EN SYRIE. 3 à leur rang, décidèrent la formation des principautés d'Anlioche et de Tripoli. Le reste du pays subdivisé en fiefs secondaires, comme les comtés d'Ascalon, de Japhe, de Gésarée, la principauté de Gali- lée, etc., formait le domaine royal. Les possessions chrétiennes comprenaient cinq régions distinctes : sur le littoral, le royaume d'Arménie, les principautés d'Antioche, de Tri- poli et le royaume latin; vers l'intérieur, la principauté d'Edesse, qui bornait à l'est le royaume d'Arménie. La conquête n avait pas été complète, avons-nous dit plus haut, en ce que les soudans d'Alep, de Hamah et de Damas avaient conservé leurs états. On peut donc marquer comme limite orographique à l'est des possessions chrétiennes une ligne formée, au nord, parles monts des Ansariés qui séparaient les principautés d'Antioche et de Tripoli de leurs voisins musulmans de Hamah; vers le centre, par la chaîne du Liban, qui s'élevait entre les chrétiens et les sultans de Damas; au sud, par le Jourdain et la mer Morte. Les colonies françaises se pro- longeaient au sud-est par la situation encore plus méridionale des for- teresses de Karak, d'Ahamant^ et de Montréal, d'Ailat et de l'île de Graye^ sur la mer Rouge*, à l'extrémité nord du golfe Ëlanitique, ou les seigneurs de Karak paraissent même, un moment, avoir possédé une flotte; le territoire qui dépendait de ces châteaux portait le nom de terre d^oultre-Jourdain. Le midi de la Syrie formait le royaume proprement dit, s'étendant du sud au nord, avec Jérusalem pour capitale, et dont Nazareth, Ba- * TabuUe ordinis Teuionici, p. 3 et suiv. feda et Ibn el-Atyr, ainsi que par l'auteur * Lëon de Laborde, Voyage en Arabie des Deux jardins, qui, cependant, saccor- Pétrée, p. 48. dent b dii^e que cette place fut enlevée aux * Nous ne trouvons celte possession men- Francs par Salah ed-Din , dans le mois de tionnëe que par les historiens arabes Aboui- décembre 1 170 (de Thégire 566). 1 . A MONUMENTS DE L'ARCHITECTURE MILITAIRE nias, Naplouse, Ibelin, Rame, Lydda, Hébron ou Saint-Abraham étaient à Tintérieur les principaux fiefs ecclésiastiques ou militaires. Le long de la mer existait une série de ports; c'étaient Ascalon, Japhe, Arsur, Césarée, Caïphas, Acre, Tyr, Sagette et Barut "habités particulièrement par des marchands italiens, en général originaires de Venise, de Gênes ou de Pise, auxquels de nombreux privilèges avaient été concédés dans ces villes maritimes sous Tinfluence de la part prise par les républiques italiennes à la première croisade. Le désert formait la limite sud du domaine royal, s'étendant de Test à Touest, de la mer Morte à la Méditerranée. Cette frontière méridionale était défendue par une série de forts ou postes fortifiés commençant à Zoueïra, près de l'extrémité sud du lac Asphaltite, et comprenant Semoa, Karmel, Beit-Gibelin et le Darum. En arrière de celte première ligne se trouvaient les châteaux d'Ibe- lin et de Blanche-Garde. Une vaste plaine, régnant le long de la mer depuis le Darum jus- qu'au mont Carmel, et qui de nos jours encore est d'une étonnante fertilité, formait environ le tiers de la superficie du royaume; le resle se composait de la région montueuse qui commence au-dessous d'Hé- bron et se prolonge entre la plaine dont je viens de parler et la vallée du Jourdain, formant alors la limite orientale des établissements chré- tiens jusqu'aux premières croupes du Liban. Entre l'extrémité sud de cette chaîne et le lac de Tibériade, de nombreuses vallées pouvaient donner passage à une armée d'invasion venant de la Syrie orientale. Aussi une ligne de châteaux en occupait-elle les points principaux; c'étaient les forteresses de Beaufort, de Château-Neuf, de Safad, du Castellet et, plus au sud du lac, celle de Beauvoir. Les Francs possédaient alors de ce côté comme place avancée, au delà du Jourdain , la ville et le château de Banias. • 4 DES CROISÉS EN SYRIE. 5 Les crêtes escarpées du Liban séparaient au nord-est le royaume latin des états du Soudan de Damas. Habitées par des populations chrétiennes, ces montagnes formaient une frontière naturelle à peu près inexpugnable et qui par conséquent n'avait pas besoin d'être gardée; aussi ne trouvons-nous aucune trace de forteresse de ce côté. Au nord, entre Barut et Giblet, l'antique Byblos des Phéniciens, la. profonde vallée du Nahar-Ibrahim , l'Adonis de l'antiquité, descendant des sommets les plus élevés du Liban jusqu'à la mer, formait la limite septentrionale du domaine royal K Au delà commençait le comté de Tripoli qui s'étendait sur les pentes de ces montagnes, au pied des- quelles se voient au bord de la mer les fiefs de Giblet, du Boutron et deNephin. Au delà de Tripoli, le massif libanais est prolongé par une ligne de montagnes formant avec lui un gigantesque quart de cercle. C'est le Djebel- Akkar, contre-fort septentrional du Liban, bornant vers l'est le comté de Tripoli et auquel est pour ainsi dire greffée , le continuant au nord, la chaîne des monts Ansariés qui, elle aussi, servait de barrière entre les colonies franques et les musulmans. La domination des comtes de Tripoli sur certains cantons de la rive gauche de l'Oronte ne fut qu'éphémère et se borna à la pos- session de Mons-Ferrandus ^, qui fut plutôt un posie avancé qu'un éta- blissement. Ici le travail de l'homme a suivi la nature; une série de forteresses fut établie pour défendre tous les passages de ces montagnes. Sur le Djebel-Akkar s'élève le château du même nom. Celui d'Ar- kas, maintenant ruiné, dominait la vallée de Nahar-el-Kebir, l'Eleuthe- rus de l'antiquité, et était occupé par les chevaliers du Temple. Dans * Familles d'outre-mer, p. A. — * Aujourd'hui Kalaat-Barin. G MONUMENTS DE L'ARCHITECTURE MILITAIRE les monts Ansariés, le Krak des chevaliers, aujourd'hui Kalaat-el- Hosn, commandait le col par où communique la vallée de TOronte avec la vaste plaine qui s'étend entre ces montagnes et la mer. C'était en même temps l'une des principales places d'armes de l'ordre de l'Hôpital. Plus au nord, les châteaux d'Areymeh, de Satita, du Sarc, de la (lolée, etc., gardaient les points stratégiques les plus importants et étaient reliés entre eux par une série de postes secondaires. La principauté d'Antioche comprenait l'extrémité nord de la chaîne des Ansariés et le bassin inférieur de l'Oronte. Elle comptait sur le littoral les villes maritimes d'Alexandrette , deBorbonnel ou Port-Bon- nel, de Soudin ou port Saint- Siméon, de Laodicée, de Zibel et de Valenie; dans la vallée de l'Oronte, les places de Schogr et de Femie; h l'est, les villes d'Albara, d'Artesie, de Gafaraca, de Rugia, etc. Ses principales forteresses étaient Dar-Bessak, Harrenc, Cursat, Saône, Berzieh, etc. Bien qu'ayant subsisté presque jusqu'à la Gn de la domi- nation franque en Orient, cette principauté avait été fort amoindrie après la chute d'Edesse. Elle était reliée au comté de Tripoli par le littoral. La partie dos montagnes des Ansariés, formant aujourd'hui les cantons de Kadmous, d'Aleïka et de Massiad, était alors entre les mains des Ismaéliens, qui, bien que tributaires des Francs, avaient conservé leur autonomie. La domination chrétienne proprement dite se bornait donc de ce côté au littoral et à la possession de quelques châteaux occupant des positions stratégiques dans ces montagnes et que les princes d'Antioche avaient cédés de bonne heure aux grands ordres militaires. Vers l'est, Alep, demeuré au pouvoir des musulmans et, au nord, le royaume chrétien d'Arménie limitèrent cette principauté pendant presque toute sa durée. r Quant à celle d'Edesse, nous savons seulement que ses villes prin- DES CROISÉS EN SYRIE. 7 cipales furent Samosate, Turbessel, Rum-Kalah, Tulupe, Hatab, Ra- vendan, Melitène, Hazart, El-Bir et Sororgie. Mathieu d'Edesse * nous apprend que cette province conserva son administration mi-partie grecque et arménienne, à laquelle les Latins n'eurent que fort peu de part; elle demeura donc complètement en dehors du mouvement de colonisation occidentale. Les princes de la maison de Gourtenay rési- daient presque constamment à Turbessel, abandonnant le gouverne- ment du pays à des légats byzantins , qui , par leurs exactions , paraissent avoir promptement aliéné aux Francs l'esprit des habitants. Cette prin- cipauté ne subsista guère que cinquante ans et son territoire n a en- core été que fort peu exploré. Si j'ai eu le regret de laisser beaucoup à faire après moi, dans la principauté d'Antioche, je crois pouvoir aflir- mer que tout est à faire dans celle d'Ëdesse. Grâce aux nomenclatures que nous trouvons dans les chartes con- temporaines, il est aujourd'hui facile de reconnaître, sous les noms arabes modernes, ceux des villages possédés par les Francs et d'y voir des traces indubitables des désignations du moyen âge. Par l'étude des périples de la côte de Syrie, écrits durant cette pé- riode historique, j'ai relevé les noms que portaient alors presque toutes les pointes et les mouillages de ce littoral^. Les uns étaient demeurés arabes, les autres avaient été latinisés et même certains d'entre eux avaient reçu des appellations purement françaises. ' Nouvelle bibliothèque arménienne, édition Sanato , el Fontes rerum Auitr, t. K , 1 869 ; Dulaurier. Georg Martin Thomas, Der Paraplus von * Laurent, Peregrinatores medii (pvi qua- Syrien und Palestina, etc. Munich, t864, tuor, Leipzig, i86/i;in-4*; in-4'. MONUMENTS DE L'ARCHITECTURE MILITAIRE 111. Quelques lignes sur Tétai intérieur de ces principautés vers le milieu du XII® siècle me semblent devoir trouver ici leur place. Les nouvelles conquêtes, divisées en fiefs, se couvrent bientôt de châteaux, d'églises et de fondations monastiques. Dans les chartes contemporaines, nous trouvons la mention d'abbayes ou de monastères des ordres de Cîteaux, de Prémonlré et autres s élevant dans les principaux lieux témoins de la vie terrestre du Christ. On vit alors aux environs de Jérusalem les abbayes ou les prieurés du Mont-Sion, du mont Olivet, de Josaphat, de Saint-Habacuc, de Saint-Samuel, de Cansie, desTrois-Ombres, etc.; en Galilée, celles du Mont-Thabor et de Palmarée et une fouie d'autres que nous ne saurions énumérer ici. L'organisation militaire fut réglée par les chapitres 371 et 272 des Assises de la haute Cour. Le premier indique le nombre de chevaliers dus par chaque fief, et le second celui des sergents que les églises et les bourgeoisies devaient pour la défense du royaume. Les divisions rurales ou casaux avec leurs redevances sont indiqués très-nettement dans les chartes de donations ou d'échange remontant à cette époque. Chez les Latins, le nom de casai était donné à des villages ou à des fermes habitées par des Syriens chrétiens ou musulmans, des Grecs, des Turcs ou même des Bédouins. La population se divisait en hommes liges devant le service militaire et parmi lesquels il y en avait d'origine franque, et en vilains ou serfs ruraux. Le territoire du casai était partagé en gastines et en charrues': * Cod, Dipi 1. 1, et Fontes rerum Austriaeartm, t. II, iSSg, etc. DES CROISÉS EN SYRIE. 9 sur le nombre de celles-ci se fixaient généralement les redevances dues par le casai à la seigneurie dont ii dépendait. En Sicile Tinfluence arabe avait continué à prédominer, et, à la suite de la conquête normande, les compagnons de Robert Guiscard ayant été amenés à adopter un grand nombre de coutumes de la civilisation orientale, bientôt une civilisation moitié arabe et moitié byzantine régna à la cour de Palerme. Les artistes et les savants mu- sulmans y furent protégés; les diplômes se rédigèrent en grec comme en latin, et les monnaies, frappées avec des légendes grecques et arabes, portèrent des symboles chrétiens mêlés à des versets du Co- ran. Alors furent élevées les églises de Mont-Réal, des Ermites, de la Martorana, ainsi que la chapelle palatine de Palerme. 11 se passa quelque chose d'analogue en Syrie, où Ton vit les princes et les chevaliers francs échanger fréquemment leurs pesantes armures contre le costume sarrasin et marcher à la tête de leurs troupes vêtus de longues robes et leurs casques recouverts de keffiehs, ce qui devait être un jour l'origine du lambrequin héraldique, cédant ainsi aux né- cessités du climat brûlant sous lequel ils se trouvaient transplantés. La cour d'un prince européen établi en Orient devait présenter alors un singulier mélange de mœurs syriennes et occidentales. Comme en Sicile, les artistes syriens et grecs décoraient les édifices élevés par les croisés, et nous savons qu'il régnait un grand luxe d'or- nementation à l'intérieur de certains châteaux. Vilbrand d'Olden- bourg, dans la relation de son pèlerinage en Terre Sainte, parle avec admiration des pavages en mosaïque exécutés au palais des Ibelins de Beyrouth par des ouvriers orientaux *. Il cite notamment une salle lambrissée de marbre, et au milieu de laquelle se voyait un dragon * Laurent, Peregrinatores medii œvi quatuor, p. 1G7. 10 MONUMENTS DE L'ARCHITECTURE MILITAIRE jetant de Teau, par les naseaux, dans une piscine, dont le fond était formé par une mosaïque représentant des fleurs aux couleurs éclatantes. Les monuments religieux ' construits alors en Syrie par les Francs appartiennent tous à Técole romane, qui, à cette époque, élevait en France les églises de Cluny, de Vezelay, de la Charité-sur-Loire, etc.; mais, transportée en Orient, tout en conservant son caractère primitif, elle fit, sous Tinfluence byzantine, surtout quant à l'ornementation, de fréquents emprunts à l'antiquité et à l'art arabe. 11 y avait à la solde des chrétiens de Palestine et combattant dans leurs rangs sous le nom de Turcoples un grand nombre d'Arabes mu- sulmans, et la charge de grand Turcoplier ou chef des Turcoples de- vint un des grands offices de la cour. Dans les monts Ansariés habitaient alors les Assassins ou Bathéniens de Syrie et leur chef désigné dans les chroniques sous le nom de Vietuv de la Montagne. Durant le xif siècle et le commencement du xui* ils furent tributaires des Templiers. Dans les casaux, les rapports des races différentes étaient pacifiques. Les historiens arabes eux-mêmes reconnaissent assez souvent dans leurs écrits la bonne entente qui y régnait entre les populations chré- tiennes et musulmanes^. Nous trouvons, dans les inventaires des archives de familles arabes de Syrie, la mention de permissions de chasse accordées alors récipro- quement sur certains cantons par les princes francs et les émirs'. Enfin, une dernière preuve nous reste de cette harmonie habile- ment ménagée entre les indigènes et les nouveaux venus, c'est la créa- ' M. de Vogue, Les églises de Terre ^ C'est à M. le baron de Siane que je Sainte, p. 3g6 et suiv. suis redevable de ces curieux renseigne- * Les Deux jardins j extrait des historiens ments. arabes des croisades, par Reinaud, p. 591. DES CROISÉS EN SYRIE. 11 tion d'une monnaie spéciale et pour ainsi dire internationale^ pour servir les intérêts unis des deux peuples et la fusion de leurs affaires. Ces monnaies, frappées au même titre que les dinars sarrasins, por- taient d'un côté nne croix, avec devise en caractères arabes, et de l'autre le monogramme du prince qui les avait fait frapper. Ce fut vers le milieu du xii^ siècle que les établissements chrétiens de Terre Sainte furent le plus prospères. Le passage suivant de Foucher de Chartres nous trace un tableau des plus intéressants de l'esprit qui animait alors les colonies franques. ff Considérez et réfléchissez en vous-même de quelle manière, en (T notre temps. Dieu a transformé l'Occident en Orient. Nous qui avons crété des Occidentaux, celui qui était Romain ou Franc est devenu ici ffun Galiléen ou un habitant de la Palestine; celui qui habitait Reims trou Chartres se voit citoyen de Tyr ou d'Antioche. Nous avons déjà rr oublié les lieux de notre naissance, déjà ils sont inconnus à plusieurs Ce fragment doit remonter, à peu près, au règne de Baudouin II. Ce fut durant le cours de cette période ou dans les premières an- nées du siècle suivant que furent élevés la plupart des châteaux dont Tétude fait l'objet de ce livre. IV. Au milieu des guerres perpétuelles dont la Syrie fut le théâtre à cette époque, l'art de l'ingénieur fit des progrès rapides; on sent que les Francs ont adopté tout ce qu'ils ont trouvé à prendre dans l'architec- ture militaire byzantine, représentantlestraditionsde l'antiquité grecque et romaine, et je crois devoir exposer ici en peu de mots ce que Pro- cope nous en apprend. La fortification byzantine comprenait plusieurs genres d'ouvrages, correspondant au vallunij agget* et mœnium de la fortification romaine; c'était d'abord le xéiytos^ ou la courtine, reliant les tours que précédait un premier retranchement, vfpoTei^i(T(jLOL ou avant-mur. La distance qui séparait cet ouvrage de la courtine équivalait au quart de la hau- teur totale de cette dernière. En avant de cet ouvrage était creusé le fossé, ri^posy dont les terres soutenues par un mur, quelquefois flanqué de tours, formaient YdvTiTeixjKTfioL. Le péribole ou chemin de ronde régnait entre le fossé et Tagger, * Procope, De œdijicih, I. Il, chap. m. DES CROISÉS EN SYRIE. 13 dont les tours correspondaient généralement aux intervalles de celles du rempart. Un des caractères les plus frappants des fortifications byzantines est, autant que le permet le terrain, d'avoir des tours assez rappro- chées les unes des autres. Le diamètre d'une tour n'excède jamais dix ou douze mètres. La première ligne de défense était moins élevée que le rempart proprement dit, afin de ne pas gêner le jeu des machines établies sur les plates-formes des tours. Le couronnement du mœnium élait crénelé et présentait même parfois deux étages de défenses. Le plus remarquable exemple de ce genre se voit aux murailles de Dara , décrites en ces termes par M. Texier qui visita cette ville en i84o ^ (rLe mur avait à sa base trente pieds d'épaisseur; à une certaine (T élévation, il portait dans toute sa longueur un chemin de ronde (T voûté, qui diminuait d'autant l'épaisseur et par conséquent le poids trdu mur. La voûte du chemin de ronde formait terrasse crénelée, ce (T qui donnait au rempart l'aspect d'une muraille à double couronne- X ment. Les tours avaient trois étages et portaient en outre une balus- :ftrade circulaire couronnée par des créneaux, ii Toutes les villes byzantines avaient aussi des maîtresses tours [(ppovpà) où demeuraient les chefs d'escouade chargés de veiller sur les rem- paris. On leur donnait également le nom de tour du centenier [vfvpyos xevTêvcLpioxi) ; elles subsistent encore à Gonstantinople et à Nicée. A Ëdesse on la nommait la tour des Perses. Ces tours ou donjons étaient généralement placés sous le vocable de quelque saint. * Texier, Architecture byzantine, p. 57 el suiv. n MONUMENTS DE L'ARCHITECTURE MILITAIRE Dans la construction des forteresses qu'ils élevèrent alors en Syrie, les croisés prirent aux Grecs la double enceinte flanquée de tours, ainsi que le système de couronnement décrit en parlant des murs de Dara. Puis nous les voyons établir, sur le modèle des maîtresses tours byzan- tines, aux angles faibles des places ou près des portes et commandant les barbacanes qui les précèdent S des ouvrages importants dont nous trouvons encore des restes très-reconnaissables dans les enceintes d'Âscalon et de Tortose et qui paraissent avoir été l'origine des bas- tilles que nous verrons deux siècles plus tard s'élever en Europe. Les plans de plusieurs des forteresses qui vont faire l'objet de cette étude, notamment ceux de Margat, du Krak et de Tortose, ont été conçus sur des proportions gigantesques; caria longueur et la largeur de ces monuments sont le double de celles des châteaux de Coucy et de Pierrefonds, qui passent, à juste titre, pour les plus vastes de France. Les principales parmi les forteresses encore debout et datant des croisades appartiennent à deux écoles, dont l'existence et le dévelop- pement furent simultanés en Terre Sainte. La première paraît avoir eu pour prototype les châteaux construits en France, dans le cours des xi® et xn*^ siècles, sur les côtes de l'ouest, le long des bords de la Loire et de la Seine, dans lesquels se ren- contre partout un caractère particulier et uniforme. Ils sont élevés sur des collines escarpées, d'une défense facile, et le plus isolées qu'il est possible des hauteurs environnantes. La forme de l'enceinte est déterminée par la configuration du plateau. Le côté le plus vulnérable de la place est protégé par le principal ouvrage de défense. * Continuateur de Guillaume de Tyr, chap. m. DES CROISÉS EN SYRIE. 15 Quelques points essentiels distinguent cependant les châteaux de l'Hôpital qui appartiennent à la première école. Le donjon y est rem- placé par un ouvrage d'une grande importance commandant la partie faible de la place, mais dont les dispositions diffèrent entièrement du donjon franc. Les tours de Tenceinte sont presque toujours arrondies; elles ren- ferment un étage de défenses et leur couronnement, ainsi que celui des courtines, se compose d'un parapet crénelé avec meurtrières très- plongeantes, refendues dans les merlons et identiques à celles que nous voyons usitées en France dans le cours du xn^ siècle. 11 nous faut encore signaler les principaux emprunts faits à l'Orient par cette école; ce sont d'abord la double enceinte byzantine, où la seconde ligne commande la première et en est assez rapprochée pour permettre à ses défenseurs de prendre part au combat, si lassaillant dirige une attaque trop vive contre le premier ouvrage; ensuite l'ap- plication des échauguettes en pierre que nous ne verrons apparaître en France qu'à la fin du xui^ siècle et qui étaient destinées en Syrie, où le bois de charpente est assez rare, à suppléer aux hourds qui, en Europe, formaient à cette époque le complément indispensable de toute fortification; enfin, Tadoption de ces énormes talus en maçon- nerie qui, triplant à la base l'épaisseur des murailles, trompaient le mineur sur l'axe des défenses qu'il attaquait en même temps qu'ils affermissaient l'édifice contre les tremblements de terre si fréquents dans ces contrées. Le passage suivant de M. Viollet-le-Duc * rend parfaitement l'idée dominante de ce système : (T Le château franc conserve longtemps les qualités d'une forteresse ^ Vioiiet-le-Duc, Dictionnaire d'archiiectwre, t. Ili, p. 6(), 16 MONUMENTS DE L'ARCHITECTURE MILITAIRE rr combinée de façon à se défendre contre l'assaillant étranger; son as- ffsiette est choisie pour commander des passages, intercepter des com- crmunications, diviser des corps d'armée, protéger un territoire; ses ce dispositions intérieures sont comparativement larges et destinées à ff contenir des compagnies nombreuses, n Rien ne saurait mieux que ces quelques lignes rendre le type d'après lequel ont été élevés les principaux châteaux de Syrie, type qui, ayant été apporté en Orient par les Francs, s'y est maintenu par suite des exigences locales et du contact des peuples réunis en cette région. La seconde école est celle des Templiers. Ici le tracé de l'enceinte se rapproche beaucoup de celui des grandes forteresses arabes élevées d'aj)rès un système qui parait s'être inspiré de l'art byzantin. Cependant on remarque au premier coup d'œil quelques différences entre ces monuments et les édifices militaires bâtis par les chevaliers du Temple; d'abord le peu de saillie des tours, invariablement carrées ou barlongues, donne à penser que les ingénieurs francs se sont peu préoccupés de l'importance des flanquements; ce que nous remar- quons également dans les plus anciens châteaux arabes : Âlep, Kalaat Schoumaïmis, etc., tandis qu'à en juger par la profondeur des fossés creusés à grands frais dans le roc et remplis d'eau, comme à Tor- tose et à Athlit, ainsi que par la hauteur des murailles, ils ont cherché à se garantir des travaux des mineurs et des tentatives d'escalade. Ailleurs, comme à Safita et à Areymeh, les Templiers ont assis les bases de leurs murs au sommet de pentes escarpées, obviant par ce moyen aux mêmes inconvénients. Parmi les caractères distinctifs de cette seconde école, il faut encore citer les parements extérieurs des murailles généralement en très-grand appareil, taillés à bossage, et le peu de plongée des meurtrières qui présentent une grande analogie avec celles des forteresses arabes con- DES CROISÉS EN SYRIE. 17 temporaines, toutes choses tendant à donner à ces édifices une appa- rence complètement orientale. Mais à défaut d'autres preuves, si elles nous manquaient, les signes d appareillage employés par les ouvriers, et consistant en lettres latines du xu^ siècle, ne sauraient nous laisser aucun doute sur leur construction par des Occidentaux. Le mode de clôture par des herses à coulisses est commun aux deux écoles et me semble être d'importation européenne, attendu que dans les châteaux arabes du même temps, que j'ai visités, je n'ai remarqué aucune trace de herse. H y a encore un troisième groupe de forteresses élevées sur des plans participant un peu de l'une et de l'autre de ces deux écoles, mais plus particulièrement de la seconde, et où le donjon est conservé. Je les appellerai châteaux féodaux, c'est-à-dire appartenant à de grands vassaux qui en portaient le nom, et je classerai parmi eux Saône, Giblet, Beaufort, Montréal, Karak, Blanche-Garde, etc. A leur suite je placerai mon étude sur la forteresse de Montfort ou Starkenberg, prin- cipal établissement militaire en Terre Sainte des chevaliers de l'ordre Teutonique; c'est un château des bords du Rhin transplanté en Syrie. Dans une quatrième partie, enfin, j'étudierai les enceintes d'An- tioche, de Césarée, d'Ascalon, de Tyr, de Giblet, et les châteaux ma- ritimes de Sagette et de Meraclée. 11 semble, quant aux forteresses de l'île de Chypre, qu'on ait voulu suivre la règle qui existait dans l'antiquité de choisir, pour l'assiette et l'établissement des châteaux forts, les sites les plus escarpés et pré- sentant d'eux-mêmes des points d'une défense facile, où l'art n'a qu'à perfectionner l'œuvre de la nature. Les ingénieurs du moyen âge ont donc été amenés à suivre ce principe, à en juger par le choix qu'ils firent d'escarpements où, bien avant eux, on avait établi des postes fortifiés. 3 18 MONUMENTS DE L'ARCHITECTURE MILITAIRE, ETC. Le terrain a été le seul guide pour le plan de ces châteaux et ron ne peut qu'admirer le talent avec lequel les ingénieurs qui ont élevé Saint-Hilarion , Bull'avent et la Candare ont su mettre à profit toutes les défenses naturelles. MARGAT. (MARKAB.) Sur un promontoire, au sud de Lattakieh, s élèvent les restes du châleau de Margat, Tune des principales forteresses des Hospitaliers au temps des croisades. Le voyageur, qui veut visiter ces ruines appelées aujourd'hui Markab parles indigènes, suit le bord de la mer, et deux heures après avoir quitté Lattakieh, il atteint la petite ville de Djebleh, la Gabula des anciens. De son antique origine celle-ci a conservé quelques beaux vestiges et notamment un magnifique théâtre. Au moyen âge elle fut nommée Zibel et était le siège d'un évèché. Raimond Rupin, prince d'Antioche, la céda aux Hospitaliers le sâ mai de Tannée i â07^ et joignit à cette cession, au mois de septembre i m o, le castellum Vetulœ^ (château de la Vieille^) situé dans les montagnes; mais les Templiers se prévalant d'une cession antérieure de Bohémond IV revendiquèrent alors Djebleh. Pour mettre un terme au conflit, les deux ordres prirent pour arbitre le légat PélasgeS qui, le 12 octobre 1221, trancha le différend en partageant également cette ville et son territoire entre le Temple et l'Hôpital. ' Cod, Dipl. t. I, n* 91, p. 95 et 96. tagaes h deux myriamètres au nord-est de ^ La position de ce château semble pou- Djebleh. voir se retrouver dans les ruines du Ka- ^ Cod, DipL 1. 1, n* 98, p. 99 et suiv. laat-Mehelbeh, qui s'élèvent dans les mon- * Ihid. n* 107, p. 11 3. 3. 20 MONUMENTS DE LARCHITEGTURE MILITAIRE Quelques restes de remparts flanqués de saillants carrés et cons- truits en blocs d assez grand appareil, taillés à bossages, se voient çà et là au milieu des maisons modernes et sont les derniers débris de l'enceinte élevée par les croisés. A l'ouest de la ville se trouve un petit port creusé dans le rocher et aujourd'hui envahi par les sables; mais son exiguïté donne à penser (ju'il ne put jamais recevoir que des navires d'un faible tirant d'eau. Nous aurons du reste l'occasion de nous étendre 2)lus longuement sur ce port et sur ses défenses dans la suite de ce travail. A moitié chemin, entre Djebleh et Markab, on voit sur une pointe s'avançant dans la mer les restes d'un petit château du moyen ége, bâti avec des matériaux antiques. Le nom de ce promontoire est Ras-Baldy- el-Melek et il n'y a aucun doute possible sur l'identification de ce lieu avec le site où fut Pallos, cette ville étant indiquée par Ptolémée, les tables de Peutinger et les itinéraires publiés par M. de Fortia d'Urban, comme située entre Gabula et Balanée et à égale distance des deux points. Hiéroclès ^ cite Paltos comme étant dans la Syrie première. Au temps du Bas-Empire, Paltos fut érigée en évêché, el YOrims chrisiianxis - nous a conservé les noms de plusieurs évêques qui occu- pèrent ce siège entre les années 862 et 5oo. Durant le moyen âge, le nom de Paltos s'était changé en celui de Boldo, et nous trouvons dans l'ouvrage de Sébastien Paoli la mention du toron de Boldo et du casai de Saint-Gilles, voisin de Zibel, comme ayant été achetés de Rainald Mansoer par Bohémond d'Antioche et donnés par ce dernier à l'Hôpital en 1 167 '. L'identification de Boldo avec le Ras-Baldy me semble donc n'avoir rien de téméraire, et les restes du petit fort qu'on y voit encore pour- ^ )\\éTQfA^.SynecdemosimperiiorientaU8. t. Il, p. 799. — ' Coi, DipL t. I, n* 43, * Orienuchnstianus, par Michel Lequien, p. 63. DES CROISÉS EN SYRIE. 21 raient bien n'être autres que ceux d'un poste avancé de la forteresse de Margat, élevé en ce point par les chevaliers de Saint-Jean. Depuis Djebleh , cinq heures d'une marche rapide suffisent à peine pour atteindre le pied des escarpements de la montagne au sommet de laquelle se dresse la forteresse de Markab. Avant d'y parvenir, le voya- geur passe au milieu des ruines de Valenie, ville épiscopale élevée au temps des croisades sur l'emplacement de Balanée et où se remarquent les restes de deux églises. Un torrent nommé aujourd'hui Nahar Banias, qui traverse ces ruines, formait alors la limite des principautés d'An- tioche et de Tripoli ^ L'assiette de Margat fut admirablement choisie pour en faire une grande place d'armes, commandant toute cette partie du littoral de la Syrie et pouvant offrir au besoin une citadelle de refuge, longtemps considérée comme imprenable. La montagne forme à peu près un triante; au nord et à l'ouest, elle est presque à pic, tandis qu'à Test une profonde vallée la sépare des monts Ansariés, auxquels elle se rattache, vers le midi, par une étroite crête, ce qui fait de ce sommet une sorte de presqu'île. La configuration du terrain a déterminé le plan du château composé d'une double enceinte avec réduit à l'extrémité sud. Une muraille, flan- quée de tourelles, pour la plupart rondes, constitue la première ligne; quant à la seconde, aujourd'hui ruinée, elle s'élevait au haut du terre- plein, qui occupe tout l'intérieur de la place et dont le pourtour est encore revêtu de talus de maçonnerie construits à la base de ce deuxième rempart. Vers la fin du xu*^ siècle une bourgade, où vinrent s'installer les habitants ainsi que l'évêquc de Valenie, s'était élevée sur cette esplanade, limitée au sud par le réduit formé d'un massif consi- ' Jacques de Vilry, Hislor. HieroêoL XXX, xxiv. a MONUMENTS DE L'ARCHITECTURE MILITAIRE (lî'i-able de Mlimente et de i'énorme tour, ouvrage capital des défenses (le )a forteresse. Des bords du ruisseau, un élroit seutiei- sei'pentant au milieu des rocliei's aniètie le visiteur au pied des murs du château. Là un escalier en penle assez douce pour que les clievaux puissent aisément le gravîi', el ((ue précerniis île te restituer dans la Mnrkab, en i8âi), il subsistait encore des coupe lî^. 3. Depuis celle époque, elles ont |Hirlions rnnsid^rnbles de ce coiironneinenl presque enli^ifmenl dia|>oru. DES CROISÉS EN SYRIE. M cour triangulaire, se voient des constructions qui semblent avoir été des casernes, sous lesquelles régnent de vastes caves. Les édifices qui au nord bordaient le terre-plein ont été tellement bouleversés qu'il est absolument impossible de rien retrouver de leurs anciennes dispositions intérieures. On reconnaît à grand'peine la porte 0, qui s'ouvrait sur l'esplanade de la seconde enceinte, et un fossé dont on voit encore les traces en P la séparait du réduit. En Q est la seule partie qui, de ce côté, ait conservé sa voAte. La présence d'un vaste four, probablement contemporain du reste du châ- teau, autorise à penser que là furent les cuisines et la paneterie. A l'angle nord-est, la tour R défend la poterne, qui s'ouvre sur le chemin de ronde de la première enceinte et met en communication avec lui la longue galerie S, qui fait corps avec les bâtiments I. 32 MONUMENTS DE L'ARCHITECTURE MILITAIRE A en juger par la largeur des fenêtres qui l'éclairent, cette pièce dut être un des logis de la garnison ; au-dessous existent deux étages de magasins voûtés. Les constructions que je viens de décrire ne possèdent qu'un rez-de- chaussée, et toutes se terminent ainsi que la tour par des terrasses. Elles étaient munies à Test d'un parapet à deux étages de défenses. Comme cette partie du château était bâtie en pierres d'assez petit appareil, non-seulement le temps et les événements, mais encore la main des hommes, ont concouru à en accélérer la ruine; car les masures qui occupent le terre-plein central de la seconde enceinte ont été élevées avec ses débris. Deux fois, à quatre ans de distance, j'ai visité Margat, et j'ai pu cons- tater avec quelle désolante rapidité on voit diminuer chaque jour ce qui subsiste encore de cette forteresse. Nous ne savons rien de bien positif sur l'origine de Margat, quoi- qu'on ait lieu de supposer que cette place fut fondée par les Byzantins. Elle parait être tombée entre les mains du prince Roger d'Antioche dans le cours du x\f siècle, et devint alors un des fiefs les plus consi- dérables de la principauté ^ Possédée par la famille Mansoer, qui en prit le nom, cette forteresse, ainsi que la ville de Valenie, fut conservée par elle jusqu'à l'année 1186. C'est alors que Bertrand de Margat, avec l'approbation de Bohémond d'Antioche, céda ces deux posses- sions et toutes leurs dépendances à l'ordre de l'Hôpital. L'acte qui établit cette cession est daté du i**^ février 1 186 et a été publié par Paoli 2. A la suite de la remise de cette forteresse à l'Hôpital, elle fut gou- vernée par des châtelains appartenant à l'ordre. ' Famlles d'outre-mer, p. 891. — * Cod, Dipl. n' Sa, p. 77. DES CROISÉS EN SYRIE. 33 Les noms de quelques-uns d'entre eux sont parvenus jusqu'à nous; les voici : Frère Henry i" février 1186'. Pierre Scotaï 1198-1199^. Anfred i 2 1 '. Raimond de Mandago 1 23& ^. Guillaume de Fores 1 2&1 ^. Pierre ia/i8^ Nicolas Lorgue 1 a5o ''. Jean de Bubie la53^ Jean de Bomb laS/i. A la suite de la désastreuse bataille de Hattin, la plupart des villes et des châteaux possédés en Terre Sainte par les Francs s'étant trouvés privés de défenseurs, ils tombèrent rapidement au pouvoir de Salah ed- Din, qui se présenta alors devant Margat, sans oser toutefois en entre- prendre le siège. Il se borna à faire passer son armée sous les murs de celte place, malgré les efforts de Margarit, amiral de la flotte envoyée par Guillaume II, roi de Sicile, au secours des chrétiens de Syrie. C'est au point où la route de Tortose à Laodicée contourne le pro- montoire au sommet duquel s'élève Margat et se trouve resserrée entre les rochers et la mer que les Siciliens tentèrent, en vain, d'arrêter les troupes musulmanes. Ibn el-Atir nous apprend, en ces termes, par quel stratagème ce passage difiicile fut efl'ectué * : (T Salah ed-Din ravagea le territoire de Tortose, puis alla à Mera- * Cod, Dipl. n* 77, p. 79, * Ibid, n* 911, p. 95a. ^ Ibid, n* 96, p. 100. * Ibid, n" 117, p. 198. * Ibid.n' 118, p. i39 et i33. * Cod. Dipl, n* 319, p. 960. ' Ibid, n" 5i, p. 97. ' Ibid, n* 191, p. 1 38. * Extrait des Historiens arabes des croi- sades, publiés par M. Reîoaud, p. &80. 5 34 MONUMEiNTS DE LARCHITECTURE MILITAIRE rrkieh que les habitants avaient abandonné; il vint ensuite à Markab, (T forteresse appartenant aux Hospitaliers. La route de Djiblet passe au trpied de la montagne où est situé ce château, qui est à droite, et la r mer est à gauche. Le sentier conduisant à la forteresse est si étroit tr que deux hommes ne peuvent y passer de front. crMargarit, amiral de la flotte que le roi de Sicile avait envoyée au (T secours des Francs de Palestine, ayant eu connaissance de la marche rr de Salah ed-Din, vint mouiller à la hauteur de Markab pour s'oppo- (Tser à son passage; ce que voyant, le soultan Gt préparer de vastes (T mantelets garnis de laine et de cuir et les fit disposer au bord de la ffmer sur toute la longueur du défdé, de telle sorte que les musul- (T mans purent le franchir à l'abri des flèches de la flotte chrétienne. «rCeci se passa le 1 1 du mois de djoumadi premier 58/i (i i88).-n Nous savons qu en 1192 Richard, roi d'An^eterre, confia à la garde des Hospitaliers deMargat son prisonnier IsaacGomnène,quine tarda pas à y mourir K L'année i2o4 vit échouer contre Margat une tentative dirigée par Malek ed-Daher, prince d'Alep. Vilbrand d'Oldenbourg nous a laissé dans la relation de son pèle- rinage en Terre Sainte, qui eut lieu en 1 2 1 1, une description de Mar- gat qui ne sera pas sans intérêt par les détails qu'elle donne sur ce château ^. crDe là nous montâmes à Margat, château vaste et bien fortifié, pos- er sédant double enceinte, muni de nombreuses tours qui semblent rr plutôt faites pour soutenir le ciel que pour augmenter la défense de frce lieu, car la montagne que domine le château est extrêmement (relevée et semble comme Atlas soutenir le firmament. Les pentes de la ' Conl, de Guillaume de Tyr, liv. XXV, * Laurent, Peregrinatoi^en medii tpoi qua- ch. xwi, p. 16g. tuor, p. 170. DES CROISÉS EN SYRIE. 35 (T montagne sont bien cultivées et chaque année la récolte de ces terres (( forme plus de cinq cents charges; souvent les ennemis tentèrent de ff dévaster ces riches moissons, mais ce fut toujours en vain. (T Ce château appartient aux Hospitaliers et forme la principale dé- fffense du pays. 11 tient en échec le Vieux de la Montagne et le sou- ffdan d'Alep, à tel point que, malgré les nombreux châteaux qu'ils cr possèdent, ils ont été contraints, pour conserver la paix, à payer un tr tribut annuel de deux mille marcs. Chaque nuit, pour parer à tout r événement et de crainte de quelque trahison, le château est gardé par ff quatre chevaliers et vingt-huit soldats. En temps de paix , outre les (T habitants ordinaires de la forteresse, les Hospitaliers y entretiennent (rune garnison de mille hommes, et la place est approvisionnée de (r toutes les choses nécessaires pour cinq ans. -n Makrizi dit qu'en l'an 1267 les Hospitaliers conclurent avec By- bars une trêve de dix ans, dix mois, dix jours et dix heures pour le château des Gurdes et pour Margat; ils renoncèrent, à la même époque, aux tributs que leur payaient les Ismaéliens, les villes de Hamah, de Scheizar et d'Apamée. En 11270, après la prise du Krak, les Hospitaliers furent contraints à renoncer à tous les territoires possédés en commun avec les musul- mans et durent consentir à ce que les impôts de Markab et de son ter- ritoire fussent répartis entre le sultan et le grand maître des Hospi- taliers. Déplus, aucune réparation ne pouvait être faite au château. En l'année 1280, l'émir Seif ed-Din-BalbanS qui commandait le château des Curdes, vint assiéger Margat à la tête de hordes de Tur- comans; mais il fut obligé de se retirer après une tentative infruc- tueuse. ' Extrait des Historiens arabes des croisades, publiés par M. Reinaud. — Histoire des croisades, par Michaud, t. VII, p. 758. 5. 1 36 MONUMENTS DE L ARCHITECTURE MILITAIRE Le sultan Keiaoun ayant fait de grands préparatifs pour attaquer Margat, durant les premiers mois de Tannée isSB, arriva sous les murs de cette place le mercredi 17 avril, et le texte des historiens arabes nous apprend qu'il établit son camp sur la colline reliant Markab aux montagnes des Ansariés et que ce fut de là qu'il dirigea ses attaques contre la pointe sud de la forteresse. Il avait fait monter à dos d'hommes six grandes machines qui commencèrent à couvrir d'une grêle de pierres et de traits les premières défenses du château; mais, comme elles étaient trop rapprochés de la place, elles ne tar- dèrent pas à être mises en pièces par les machines des Francs. Quelques jours plus tard, il arriva que l'un des engins des Hospi- taliers en ayant brisé accidentellement un autre, les musulmans en profitèrent aussitôt pour recommencer leurs travaux de siège, et ils parvinrent à remettre en batterie une nouvelle chirobaliste. Cepen- dant les assiégés ayant rétabli leurs moyens de défense réussirent à la briser à l'aide de nombreux projectiles qui tuèrent, au dire des chroniqueurs arabes eux-mêmes, un grand nombre de musulmans. Par suite des attaques incessantes des Arabes, les défenseurs se virent contraints à abandonner les ouvrages avancés, ce qui permit aux mineurs égyptiens de pénétrer dans les fossés et de s'attacher aux murailles du château, à la base desquelles on peut facilement re- connaître les traces de leurs travaux. Ils parvinrent donc à percer plusieurs galeries de mines, et ayant mis le feu aux étais de l'une d'elles, une partie de la tour qui forme l'extrémité de la forteresse s'écroula. Les musulmans tentèrent alors vainement l'assaut, et, après un com- bat long et meurtrier, ils furent repoussés avec perte. Le premier moment de stupeur passé, les assiégeants reprirent cou- rage et apportèrent tant d'activité à leurs travaux que huit jours plus DES CROISÉS EN SYRIE. 37 tard le mercredi, 17 du mois de Rabi premier, les mitieurs étaient arri- vés jusque sous la grande tour et avaient réussi à en saper la base, de telle sorte qu elle était pour ainsi dire suspendue sur les étais. Le sultan , qui désirait vivement se rendre maître du château avant qu il fût ébranlé au point d'être irréparable , adressa une sommation au gouverneur de Margat et fit conduire dans les mines les parlemen- taires que ce dernier lui envoya, afin de leur prouver que la résis- tance en se prolongeant ne pouvait que les amener à une destruction certaine. Les Hospitaliers, jugeant impossible une plus longue défense, acceptèrent la capitulation qu'il leur proposa en même temps. En conséquence, il fut stipulé que tous les défenseurs de Margat sortiraient librement avec ce qu'ils pourraient emporter, en emmenant avec eux 55 chevaux ou mulets tout équipés et chaque chevalier gar- dant, en outre, 2,000 pièces d'or au coin de Tyr ^ Le châtelain et ses compagnons rendirent la forteresse à l'émir Phareddin , délégué par le sultan, le 27 mai 1285, et se retirèrent à Acre. Dans leur amour du merveilleux, les auteurs arabes contemporains attribuèrent la chute de cette place, jusque-là réputée imprenable, à l'assistance des anges Mokarabins, Gabriel, Mikael, Âzrael et Israfil, qui, suivant eux, furent envoyés par Dieu pour assister le sultan dans cette glorieuse entreprise. Le Soudan de Hamah, dans la lettre où il annonce à son visir la prise de Markab , décrit cette forteresse dans des termes d'un tel en- thousiasme que je crois qu'il sera curieux d'en extraire le passage suivant : (rLe diable lui-même, dit-il, avait pris plaisir à consolider sa (t bâtisse. Combien de fois les musulmans avaient essayé de parvenir «f à ses tours et étaient tombés dans les précipices! Markab est comme ' Extraits manuscrits dlbn-Ferat, par Jourdain. 38 MONUMENTS DE L'ARCHITECTURE MILITAIRE, ETC. Tune ville unique, placée en observation au haut d'un rocher; elle T est accessible aux secours et inaccessible aux attaques. L'aigle et te ff vautour seuls peuvent voler à ses remparts n Kelaoun, ayant donc pris possession de Margat, en fit le chef-lieu d'un gouvernement comprenant Kafartab, Antioche, Laodicée, le ter- ritoire de Markab, etc Il fit réparer les machines qui avaient été brisées pendant le siège, ainsi que les murailles du château, et, après avoir approvisionné la place de tout ce qui est nécessaire à une citadelle, il y laissa une nombreuse garnison et cent cinquante ma- melouks. LE KRAK DES CHEVALIERS. (KALAAT-EL-HOSN.) Pendant presque tout le temps de la domination française en Sy- rie, la frontière orientale des colonies chrétiennes fut formée par la chaîne de montagnes qui s'étend de Tripoli à Ântioche. Aussi chaque passage ou chaque point stratégique était-il gardé par une forteresse. C'est là que nous retrouvons presque intacts ces grands châteaux des ordres militaires de l'Hôpital et du Temple, semblant, au milieu de ces régions peu visitées, vouloir témoigner encore de cette glorieuse époque de notre histoire nationale. Sur l'un des sommets dominant le col qui met en communication la vallée de TOronte avec le bassin de la Méditerranée , se dresse le Kalaat-el-Hosn. Tel est le nom moderne de la forteresse que nous trouvons désignée par les chroniqueurs des croisades sous celui de Krak ou Crat des Chevaliers, et appelée chez les historiens arabes châ- teau des Curdes. Position militaire de premier ordre en ce qu'elle commande le dé- filé par lequel passent les routes de Homs et de Haniah à Tripoli et à Tortose, cette place était encore merveilleusement située pour servir de base d'opérations à une armée agissant contre les états des sou- dans de Hamah. Le Krak formait, en même temps, avec les châteaux d'Akkar, d'Ar* /jO monuments de L'ARCHITECTURE MILITAIRE cas, du Sarc, de la Colée, de Chastel-Blanc, d'Areyineli, de Yam- mour (Chastel-Rouge) , Tortose et Markab , ainsi qu'avec les tours et les postes secondaires reliant entre elles ces diverses places , une ligne de défense destinée à protéger le comté de Tripoli contre les incursions des musulmans, restés maîtres de la plus grande partie de la Syrie orientale. Du haut de ses murs, la vue embrasse, vers Test, le lac de Homs et une partie du cours de TOronte. Au delà se déroulent, au loin, les immenses plaines du désert de Palmyre. Vers le nord, les montagnes des Ansariés arrêtent le regard, qui, vers Touest, s'étend par la vallée Sabbatique, aujourd'hui Nahar-es-Sabte , sur la riche et fertile vallée où furent les villes phéniciennes de Symira, de Carné, d'Amrit, et découvre à l'horizon les flots étincelants de la Méditerranée. Au sud, les deux chaînes du Liban et de l'Anti-Liban esquissent leurs grands sommets aux fronts couverts de neiges. Plus près à l'est, comme un tapis de verdure, s'étend, au pied du château, la plaine de la Boukeiah-el-Hosn, la Bochée des chroniqueurs, théâtre d'un combat célèbre dont nous aurons à nous occuper dans le cours de cette étude. Vers le sud-est, et à environ trois quarts d'heure de distance, sont le village moderne et les ruines de la tour d'Anaz, prise par Malek el-Adel, frère de Salah ed-Din, lors de sa tentative contre le Krak en Tannée 1206 ^ Le village de Ël-Hosn, situé au pied du château, formait, au moyen âge, un bourg assez considérable entouré de murailles percées de deux portes flanquées de tours; l'une de ces portes s'ouvre à loccident et l'autre vers l'est. * Extrait des Historiens arabes des croisades, publiés par M. Reinaud. DES CROISÉS EN SYRIE. 41 On y voit encore trois mosquées. A la plus grande , élevée par Melik en-Naser, était réuni un hôpital pour les musulmans de Ouady-Radin, fondé en 719 de Thégire par le gouverneur du Hosn, Bekoum-Ibn-Âbdallah el-Ascherafieh. Là aussi se trouvent deux tombeaux, celui de l'émir Sarem ed-Din el-Kafrouri ed-Dhahiri es-Saidi, premier gouverneur du château après sa prise par les musulmans, mort au mois de zilcaade 690 de Thégire, et celui d'Ali- Kamar ed-Din , mort dans les premières années du wif siècle de Thégire. A peu de distance, sur un tertre, est situé le cimetière, oix Ton re- marque les tombeaux à coupoles de deux officiers de Bybars : les émirs Nour ed-Din et Boh ed-Din, qui périrent pendant le siège. Un peu plus loin est celui de Scheik-Osman , qui, selon la tradition, était pa^ lefrenier de ce sultan, et qui fut tué à côté de lui durant Tune des at- taques dirigées contre le château. Le village se divise en deux quartiers : l'un se nomme Harel el- Turkman, l'autre Haret es-Seraïeh, à cause du palais occupé en der- nier lieu par les émirs turcomans de la famille Seifa. Le relief de la montagne sur laquelle s'élève la forteresse est d'en- viron 3 00 mètres au-dessus du fond des vallées, qui, de trois côtés, risolant des hauteurs voisines, en forment une espèce de promontoire. On reconnaît ici le même principe déjà signalé à Margat, et que nous aurons fréquemment, par la suite, l'occasion d'observer sur d'autres points. Le Kalaat el-Hosn n'est pas une grande habitation féodale fortifiée et destinée à dominer le pays d'alentour, soumis au châtelain, et dont relevaient les fiefs environnants. C'est une place de guerre des plus importantes, possédée par l'un des deux grands ordres militaires, créée ou du moins reconstruite par lui, pour en faire un de ses principaux établissements sur la frontière orientale des provinces chrétiennes. 6 à2 MONUMENTS DE LARCHITECTURE MILITAIRE Nous y trouvons les Hospitaliers, devenus si formidables qu'ils im- posaient des tributs aux princes musulmans de Hamah et de Massiad, et promenaient leurs armes victorieuses sur les bords de l'Oronte*. Le Krak esl encore à peu près dans Tétat où le laissèrent les che- valiers au mois d'avril i 271. A peine quelques créneaux manquent-ils au couronnement de ses murailles et quelques voûtes se sont-elles ef- fondrées; aussi tout ce vaste ensemble a-t-il conservé un aspect impo- sant qui donne au voyageur une bien grande idée du génie militaire et de la richesse de Tordre qui l'a élevé. Cette forteresse comprend deux enceintes que sépare un large fossé en partie rempli d'eau. La seconde forme réduit et domine la pre- mière, dont elle commande tous les ouvrages (pi. VI); elle renferme les dépendances du château : grand'salle, chapelle, logis, magasins, etc. Un long passage voûté, d'une défense facile, est la seule entrée de la place. Les remparts et les tours sont formidables sur tous les points où des escarpements ne viennent pas apporter un puissant obstacle h l'assaillant. Au nord et à l'ouest, la première ligne se compose de courtines reliant des tourelles arrondies et couronnées d'une galerie munie d'é- chauguettes, portées sur des consoles, formant, sur la plus grande partie du pourtour de la forteresse, un véritable hourdage de pierre. Ge couronnement présente une grande analogie avec les premiers parapets munis d'échauguetles qui aient existé en France, où nous les voyons apparaître dans les murailles d'Aigu es-Mortes et au château de Mont- bard en Bourgogne, sous le règne de Philippe le Hardi ^. Mais au Ka- laat el-Hosn,il est impossible de ne pas leur assigner une daie antérieure, le château étant tombé entre les mains des musulmans en l'an 1271. * Continuât, de Guillaume de Tyr,].Wll[, * VioiieHe-Duc, Dictionnaire d'architec- ch. xxxviii. itire, t. VI, p. aoa. J DES CROISÉS EN SYRIE. A3 Au-dessus de ce premier rang de défenses s'étend une banquette bordée d'un parapet crénelé avec meurtrières au centre de chaque merlon. Ici nous retrouvons un usage généralement suivi en Europe dans les constructions militaires durant le xii^ et le xni'' siècle : les tou- relles dominent la courtine, et des escaliers de quelques marches con- duisent des chemins de ronde sur les plates-formes. Chaque tour renferme une salle éclairée par des meurtrières, et dans les courtines s'ouvrent à des intervalles réguliers de grandes niches voûtées en tiers-point, au fond desquelles sont percées de hautes ar- chères destinées à recevoir des arbalètes à treuils ou d'autres engins de E.CJLlf.L-JtUT . t I I I I f i i — f-S— I S «I guerre du même genre (fig. 9). En France, dès le commencement du xni*^ siècle, ces défenses, peu élevées au-dessus du niveau du sol, n'étaient déjà plus en usage, ayant l'inconvénient de signaler aux as- saillants les points les plus faibles de la muraille; mais, au Krak, nous ne les trouvons employées que sur les faces de la forteresse couron- nant des escarpes, et, par suite, à l'abri du jeu des machines, tandis que vers le sud les murs sont massifs dans toute leur longueur. La tourelle a, qui se trouve à l'angle nord-ouest de la première en- ceinte, est surmontée d'une construction arrondie d'environ 4 mètres de hauteur. Ce fut, selon toute apparence, la base d'un moulin à vent, si nous en jugeons par le nom moderne, Bordj et-Tahouneh (la tour du moulin) , ainsi que par les corbeaux sur lesquels s'appuyaient les 6. àh MONLMEMS DE LARCHITECTLRE MILITAIRE polefets et les liens supportant cet ouvrage qui devait être en char pente, roninie on pourra le voir par la planche VU, où nous l'avons restitué sur les indications de M. \iollet-Ie-Duc. Le sud étant !e point le plus vulnérable de la place, c'est là qu'ont été élevés les principaui ouvrages, et c'est surtout dans les tours d'angles et à la tour carrée placée dans l'aie du château en A qu'on s'est efforcé de disposer les défenses les plus importantes. Aussi ces tours sont-elles bâties sur des proportions beaucoup plus considérables que les autres, el tous les movens de résistance s'v trouvent-ils accu- mulés. Bien que séparée de la seconde enceinte par le fossé B. rem- pli d'eau, cette première ligne e|i est assez rapprochée pour être S4ius la protection des ouvrages IJK. qui la dominent, de telle sorte qu'au moment de l'attaque les défenseurs du réduit pouvaient prendre part Hu combat. Je vais maintenant décrire sommairement la lour A, dont je donne ici le plan (fig. t o). Du chemin de ronde de la courtine, un escalier conduit à une vaste salle dont les voûtes s'appuient au centre sur un massif carré de 6 mètres DES CROISÉS EN SYRIE. A& de côté, ce qui donne à cette pièce un aspect de solidité vraiment éton- nant. On sent que l'ingénieur qui éleva ce premier retranchement , au- quel devait se heurter un ennemi entreprenant le siège du château, a voulu épuiser toutes les ressources de l'art pour mettre son œuvre à même de résister aux attaques dont elle pourrait être l'objet. Huit meurtrières éclairent cette salle (fig. 1 1). Au-dessus règne une plate-forme bordée d'un parapet crénelé avec hourds en pierre, semblables à ceux des courtines et des tours de cette partie de la forteresse. Toute la partie supérieure et le couronne- ment de cet ouvrage paraissent avoir été refaits après la prise du châ- teau par Bybars, qui a fait graver sur les murs des trois tours défendant cette partie de la première enceinte des inscriptions relatant leur res- tauration par ses ordres '. On avait d'ailleurs multiplié les obstacles de ' Je donne le teite de ces trois inscriptions dans les notes placées à ia fin de ce vo- lume. /j6 monuments de L'ARCHITECTURE MILITAIRE ce côté, car outre le fossé B, aujourd'hui comblé, nous trouvons encore en C les traces d'un ouvrage avancé, probablement un palis qui fut lui- même entouré d'un fossé jadis rempli d'eau, à en juger par l'existence d'un barrage vers l'extrémité est, là où commence la déclivité de la montagne. L'eau devait être amenée dans ces fossés par l'aqueduc qui alimente l'abreuvoir qu'on trouve entre les deux enceintes du château. La partie orientale des remparts est moins bien conservée; les para- pets sont dérasés dans plus de la moitié de leur hauteur; cependant les échauguettes sont encore en place : elles sont plus petites ici que sur les autres faces de la forteresse et ne sont supportées que par deux consoles. Trois saillants carrés d'un relief assez faible flanquent cette muraille, qui est d'ailleurs mise à l'abri de toute attaque sérieuse par l'escarpement de la montagne. C'est de ce côté que s'ouvre en C l'entrée du château, dans lequel on pénètre par une porte ogivale au-dessus de laquelle se lit l'inscrip- tion, aujourd'hui mutilée, qu'y fit graver le sultan Malek ed-Daher- Bybars après le siège qui mit le Krak en son pouvoir : ^jji^ ^1 ^1 ^^jji3 lûjjt ^jy^Àii yiai (Js?^i) k,i;ii j^Ltfji ^^\Mi\ ^J^ ^^3 CJV^^I j^^l (. sait comiiHmiqiifr 1h ville iwt'c le rliillcaii v\aû mrnagée H.ins la niasse et apparaît atijourd'hiii aux regards du voyageur étonné comme un gifjaiilesqiu* oliélis(pie (fig. .'131. ^ti fond du foss/'. dont la largeiic est de i 5 à i 8 mètres, une rangée de raangeoii-es taillées dans le rue. ainsi que tes traces de toitures lOft MONLMKNTS DE L'ARCHITECTURE MILITAIRE apnu%V-es à la paroi du rorlit?r, nous apprennent que les chevaux y ('(aient logés en temps de paix. Lne partie de l'enceinte, plusieurs tours, un énorme donjon carré, des magasins et de vastes citernes, voilà oe qui subsiste encore de l'orrupation chrétienne à Saône (pi. XII). Le donjcm, les courtines el les tours sont construits avoc des blocs d'assez grand appareil taillés à bossages. Nous trouvons ici des tourelles rondes et des tours carrées employées simultanément (fig. 3i). Les premières, d'un faible diamètre, massives depuis la base el n'ayant qu'un étage de défenses au niveau du chemin de ronde, sont iden- tiques à celles qui furent élevées en France du xi" au xu* siècle. Les secondes sont beaucoup plus considérables; leur largeur varie el elles mesurent de i5 à 20 mètres de côté; chacune d'elles possède un étage composé d'une vaste salle dont la voûte est à arêtes vives, pou- DES CROISÉS EN SYRIE. 109 vant tout à la fois concourir à la défense du château et servir de loge- ment à ]a garnison. C'est dans l'épaisseur des murailles tournées vers l'iatérieur de la place qu'ont été ménagés les escaliers conduisant aux plates-formes qui couronnent ces ouvrages. Il faut signaler ici une particularité que je n'ai observée en Syrie nulle part ailleurs qu'à Saône : c'est le peu de saillie des tours sur les courtines, avec lesquelles elles n'ont aucune communication directe, ce qui fait qu'en cas de surprise elles pouvaient devenir autant de Fig. 3A. ,* 1 H 1 ■ u H ^; S»irit B@ forts isolés que l'assaillant se serait vu contraint d'assiéger successi- vement. Nous ne trouvons en France les premiers exemples de l'a- doption de ce système que vers le milieu du xiii' siècle. Les chemins de ronde qui terminent les remparts ont environ le tiers de leur largeur pris en encorbellement suivant l'usage byzantin. Au sommet descréneaux se voient encore les traces d'encastrement des volets, destinés à protéger les défenseurs, mais les merlons ne sont point ici percés de meurtrières. La coupe de la tour A fera mieux comprendre ces divers détails ; à 110 MONUMENTS DE L'ARCHITECTUflE MILITAIRE sa base est l'une des trois portes donnant accès dans le château. Elles étaient munies de herses et de mâchicoulis, et leur mode de clôture présente une grande analogie avec les entrées de la ville et de la for- teresse de Tortose. Les tours ont à leur base un lalus qui, comme le reste de l'édidce, est lui-même composé de blocs taillés à bossages. Quant au donjon, c'est une tour carrée, mesurant 36 mètres de câté; il ne diiïère des autres que par ses proportions considérables et se compose à chaque étage d'une vaste salle. Le rez-de-chaussée, dans lequel on pénètre par une poterne à linteau carré avec arc de dé- charge et que iermaient jadis une herse et un vantail, parait avoir servi de magasin ; il ne recevait de jour que par deux archères percées à Test sur le fossé (.pi. Xli). Les quatre travées formant la voûte de cette salle retombent au centre sur un pilier carré, réservé en majeure partie dans la masse du rocher. Dans cette pièce se trouvent encore des boulets de pierre assez gros- sièrement arrondis qui semblent avoir été des projectiles de balistes. Un escalier s'ouvrant dans l'épaisseur du mur mtrd conduit à l'étage supérieur, consistant en une salle de tous points semblable à celle que DES CROISÉS EN SYRIE. 111 je viens de décrire, à cela près que ses murs sont percés de plusieurs archères et que l'élévation de la voàte est moindre qu'au rei-de- chaussée. Sous la banquette qui règne le long du parapet crénelé de la plate- forme, deux grandes meurtrières se voient sur chaque face de ce don- jon; seulement ici les niches, au lieu d'être ogivales, sont voûtées en ;irr de ccirle Irès-siirluiissi? : c'esl. le seul cxcriiiilt' iiihirl de coite dis- position que j'aie constali'^ dans les divers inniuiriiriils tnilitaîrea laissés par les Francs en Syrie. Sous tout cet ensemble de ronstructioii s'étendent lie vastes ma- gasins, et dans la cour vers le noid.en B.deux grandes citernes taillées dans le roc et voûtées en ogive avec regards de distance en distance iluiinanl de l'air et de la lumière. A la naissance des voùte.s règne une série de corbeaux qui paraissent avoir eu poui' objet de permettre rétablissement d'un plancher destiné à faciliter les réparations dont ces réservoirs auraient pu avoir besoin. Un escalier descend jusqu'au fond de ces citernes, si bien conser- vées que, lorsque je les visitai à la lin de l'été i86^i, elle» contenaient dans toute leur étendue plus d'un mètre d'eau. Au centi'c du plaleau, en C, existaiciil d'autres édifices inii malheu- reusement ont disparu pour faire place à une pelile ville arabe élevée dans ces murs, après la prise de la forteresse par Salah-ed-din. Une mosquée avec un minaret carré, e1 une salle de bains nous montrant les traces d'une belle ornementation sarrasîne, sont encore debout au milieu des décombres, qui les entourent de toutes |)arts. Quelques pans de nmrs semblent remonter h une époque aulé- rienrc à la domination franqne et pourraient liîett avoir lait partie d'un petit fort byzantin. A l'ouest on trouve les vestiges d'un fos.-^é analogue à celui (jui' j'ai 112 MONUMENTS DE L'ARCHITECTURE MILITAIRE décrit au commencement de cette étude, mais il a été presque entiè- rement comblé. L'escarpe, encore visible, porte les fondations d'une grande muraille et d'une tour. Gomme je l'ai dit plus haut, la pointe occidentale de la montagne était occupée par une enceinte inférieure terminée en losange, et de- vait renfermer les dépendances du château. On y voit encore, au mi- lieu de maisons ruinées, les restes d'une petite chapelle. Les murailles, reconstruites en grande partie à des époques différentes, ne conservent plus que quelques fragments du temps des croisades; mais la tour (fig. Sa) dans laquelle s'ouvre la porte de cette avancée, indubitable- ment contemporaine des croisades, est demeurée intacte, et dans la voûte se voient encore les scellements des ferrures, des contre-poids, de la herse qui la fermait jadis. C'est dans cette enceinte qu'à une époque relativement peu éloi- gnée de nous s'éleva un village. Sa position et les murailles dont il était environné en faisaient pour les Ansariés une place qu'ils considé- raient comme imprenable. Ils essayèrent d'y résister aux troupes égyp- tiennes et, comme à Karak, les bombes vinrent anéantir dans la forte- resse de Saône maints restes d'un grand intérêt qu'avait jusqu'alors épargnés la faux du temps. Le passage suivant de Ibn-el-Atyr, relatif à la prise de Saône par Salah-ed-din, me parait devoir trouver ici sa place* : rr Salah-ed-din partit de Laodicée le 27 de djoumadi premier (1 187) cr et gagna la citadelle de Saône. Elle était sur le prolongement d'une cr montagne et entourée d'une vallée profonde et si étroite en certains rr endroits, que les pierres lancées par les machines de l'autre côté de ff la vallée pouvaient atteindre la forteresse, qui était adossée du côté ^ Extrait des Historiens arahes, publies par M. de Slane. DES CROISÉS EN SYRIE. 113 fr du nord à la montagne. On avait creusé un fossé dont on ne pouvait fT apercevoir le fond et l'on avait pratiqué cinq enceintes. Salah-ed-din fr approcha par ce côté de la citadelle, dressa ses machines et fit battre ala place. Il ordonna à son fils Dhaher, son lieutenant à Alep, de ff prendre position au-dessus de la partie la plus étroite de la vallée et cr d'y dresser ses machines pour battre aussi la forteresse de ce côté. ffDhaher avait avec lui ses guerriers d'Alep, qui s'étaient rendus fa- ffmeux par leur bravoure; ils ne cessèrent de lancer des traits, des rr Sèches et de faire jouer tous les autres instruments de guerre. La rr plus grande partie de ceux qui étaient dans la forteresse en sortirent crpour montrer leur force et leur agilité. Les musulmans gravirent la tr montagne à travers les rochers et se portèrent sur un point de l'en- • ceinte que les Francs avaient négligé de garder; ils se rendirent fT maîtres de ce premier mur, puis ils attaquèrent successivement le se- (Tcondet le troisième mur et s'en emparèrent; ils trouvèrent des bœufs, rr des chevaux et des vivres qui tombèrent entre leui*s mains. crLes Francs durent, alors, se retirer dans le réduit du château rrdont les musulmans entreprirent aussitôt le siège. Bientôt le gou- ff verneur de la place demanda à se rendre, et Salah-ed-din exigea qu'il (rfût payé une rançon pour chaque homme de la garnison. -n Pour comprendre ce que l'historien arabe veut dire en parlant des cinq enceintes de ce château, il faut, je crois, tenir compte de l'exa- gération des Orientaux, qui pour exalter leur victoire semblent avoir considéré chaque ouvrage comme autant de lignes de défense. Après sa prise par les musulmans, Saône devint la capitale d'une petite principauté arabe composée de Famieh, Kafartab, Antioche,Ba- latnous et Lattakieh. 1 :i CHATEAU DE GIBLET. La féodalité se constitua, dans les colonies chrétiennes de Syrie, aussitôt après la conquête, et les deux types les plus purs de ce sys- tème de gouvernement que nous offre Thistoire sont les royaumes de Jérusalem et de Chypre. J'ai dit plus haut qu en étudiant les traces laissées en Orient par la domination franque, on est étonné d'y trou- ver une organisation politique conçue avec autant de force que d'habi- leté. Elle s'établit au miheu d'une population composée d'Européens et d'Orientaux de toutes races et parvint à fonder im Etat qui ne fut pas sans gloire. Nous devons donc recoimaître que la noblesse franque établie en Syrie était généralement beaucoup plus lettrée, plus sage et plus pré- voyante que l'on n'est disposée le croire. Nous verrons les de Navarre, les d'ibelin, les Vicomte, les de Brie, tout à la fois poëtes et légistes, orateurs et gens de guerre, discutant les points les plus abstraits du droit féodal pour charmer les loisirs d'un long blocus; et ces mêmes hommes, qui nous ont laissé dans le livre des Assises de Jérusalem le plus beau monument de ta législation féodale du moyen âge appro- priée par eux aux périls d'un état de guerre permanent, durent appor- ter le plus grand soin à perfectionner les défenses des forteresses qu'ils élevèrent alors dans leurs possessions pour dominer les villes et tenir en respect les indigènes. K) 116 MONUMENTS DE L'ARCHITECTURE MILITAIRE Giblet en est un des premiers exemples. Cette ville fui enlevée aux musulmans, en Tannée 1109, par Hugues de Lambriac, à la tête d'une flotte génoise. Déjà le père de ce seigneur avait pris part au siège de Jérusalem, et l'historien Guillaume de Tyr^ vante sa grande expérience dans tous les travaux d'art militaire. C'est de lui que la maison de Giblet tira son origine ^. Elle devint très-considérable et se trouva mêlée, durant plus de trois siècles, à tous les événements importants qui s'accomplirent alors eu Syrie, puis à Chypre, où elle se retira par la suite. Giblet se rapproche beaucoup du type des châteaux élevés en France par la noblesse féodale durant le cours du xn*^ siècle, mais son assiette a été choisie dans, des conditions toutes difl'érentes de celles des forteresses qui ont fait jusqu'à présent l'objet de cette étude. On sent que celle-ci a été bâtie pour dominer la ville dont elle fait partie et en former le réduit. Elevée au point le plus vulnérable de la place, elle commande tout le plateau formant le sommet de la colline au pied de laquelle se trouve la ville (pi. XXI). Ce château consiste en une enceinte rectangulaire mesurant 5o mètres de long sur une largeur de 45, et est entouré d'un fossé profond taillé dans le roc. Au centre s'élève une grosse tour bar- longue dominant au loin la campagne environnante : c'est le donjon. Tout cet ensemble de défenses est construit en bonne maçonnerie re- vêtue de gros blocs taillés à bossages avec joints ciselés. On avait dès lors reconnu en Terre Sainte combien il était difficile d'entamer les assises de pierres ainsi parementées, soit au moyen de la sape, soit à l'aide d'engins propres à battre les murailles. En ii4o, on construisait sur un plan semblable le château de la ' Guillaume de Tyr, I. VIII. — * Familles d'outre-mer, p. 3i6 et suiv. DES CROISÉS EN SYRIE. 117 Blanche-Garde, que je décrirai dans le chapitre suivant. Je crois que nous devons le considérer, ainsi que Giblet, comme les deux plus an- ciens monuments militaires élevés en Syrie par les Francs et qui soient parvenus jusqu'à nous. A trois des angles de l'enceinte du château dont l'étude nous occupe en ce moment se trouvent de petites tours carrées. La moitié des faces sud et est et la quatrième tour, qui, de ce côté, était à l'angle de l'édi- fice, ont disparu, sans doute à Tépoque où la place fut démantelée par les musulmans. Nous devons supposer que dans cette partie du rempart existait une porte qui mettait la forteresse en communication directe avec les de- hors de la place et permettait à ses défenseurs, soit de faire des sor- ties, soit de recevoir des secours ou des renforts. Une muraille sans caractère et probablement moderne a été bâtie pour clore le château, qui, lorsque je le visitai, servait de caserne à un bataillon d'infanterie turque. La porte que l'on voit aujourd'hui paraît avoir été refaite à une époque relativement assez récente; elle s'ouvre au nord, du côté de la ville. Des salles crénelées se trouvaient dans les tours d'angles, mais les remaniements qu'on y a effectués lors de l'arrangement du château en caserne font que le visiteur a quelque peine à y retrouver les disposi- tions primitives. Suivant la méthode généralement adoptée dans la construction des châteaux élevés en France pendant le xi* siècle, le donjon est une tour édifiée sur un plan barlong mesurant s 5 mètres dans un sens sur 18 dans Tautre. Les murs ont 3°',6o d'épaisseur, et, comme pour les autres parties du château , le revêtement se compose de très-gros blocs taillés à bossages. Les quatre angles de cette tour présentent à leur base une particularité fort curieuse : les deux assises inférieures de 118 UO^UME^TS DE L'ARCHITECTUBE MILITA[RË nhaciin d'eux sont formées de blocs énormes provenant à coup sûr de quelque édi6ce antique. Leur longueur est d'environ 5 mètres sur une épaisseur moyenne de i"',5o et une largeur de a mètres. Ces pierres me paraissent avoir été destinées à fortifier contre la sape les hg 36 angles morts de la tour qui n'étaient susceptibles que de peu de dé- fense et auxquels le mineur devait chercher à s'attacher. La porte du donjon s'ouvre à l'ouest; elle est basse et à linteau carré avec arc de décharge. Une herse et un vantail ferré, renforcé de barres à coulisseset de verrous, assuraient la clôture de cette issue, qui était en outre défendue par un mâchicoulis servant en même temps au système des contre-poids de la herse. DES CROISÉS EN SYRIE. 11*( Dès qu'on a franchi l'entrée, on trauve, à gauche, un escaher mé- nagé dans l'épaisseur des mure et qui conduit à l'étage supérieur, line vaste salle voûtée en berceau occupe tout te rez-de-chaussée du don- jon; au centre s'ouvre l'orifice d'une citerne. Un planrher dont on voit encore les traces divisait cette salle en deux. Selon toute apparence, le bas servait de magasin, et l'espace réservé au-dessus du plancher, où l'on parvenait au moyen d'une échelle, pouvait Hre le logis d'une Fig. 37. partie de la garnison. La pièce qui forme le premier étage a perdu lu moitié de sa voûte, qui était semblable à celle de la salle inférieure, et ses murs ont disparu en grande partie sur deux de ses faces. Cepen- dant on y reconnaît facilement les meurtrières percées vers les deimrs du chflteau. Éclairée par une baie carrée, une large arcade s'ouvre au-dessus de la porte de la tour : c'est là qu'était placé le treuil de la herse, dont les scellements se voient encoi-e dans le mur. Dans l'em- brasure de cette fenêtre se trouve l'escalier qui conduisait à la plate- 120 MONUMENTS DE L'ARCHITECTURE MILITAIRE forme; on accédait aussi par cet escalier à des latrines ménagées en encorbellement sur la face nord de la tour. Quant au couronnement, qui formait les défenses principales, lorsque je levai les plans de ce donjon en i SBg , il en restait juste as- sez pour qu'on pût juger que le parapet s'élevait beaucoup au-dessus du niveau de la plate-forme. H présentait deux étages de défenses; le bas était percé de meurtrières pour le jeu des machines, tandis (|u'au- dessus régnait une banquette prise sur l'épaisseur du mur et bordée (l'un parapet crénelé. Je viens de dire qu'au premier étage la moitié de la voûte, et une pai'tie (les murs est et sud tournés vers les dehors du château, man- quaient aujoiird'liui. (lelte portion de la tour parait avoir été démolie DES CROISÉS EN SYRIE. 121 en 1 190 ^ par ordre de Salah-ed-din , qui redoutait alors l'arrivée des croisés allemands. Le passage suivant de Vilbrand d'Oldenbourg, qui visita Giblet en 1212, nous apprend que ce donjon était tellement solide que les ouvriers musulmans durent se borner à le mettre hors d'état de dé- fense^ : rr (Giblet.) Hec est civitas parva, habens turrim quandam am- rplam et munitissimam , unicuni sue defensionis solacium, in qua rrSarraceni, cum ipsam avellere laborarent, multos sudores sepius cr perdiderunt et expensas; qui tamen omnem (munitionem) ipsius ^ civitatis destruxerunt. -n Si nous concluons, d'après ce texte, qu'au commencement du xui^ siècle la tour était déjà dans l'état où nous la voyons, nous ne saurions douter qu'elle n'ait été élevée par l'un des quatre premiers seigneurs de Giblet. Nous savons que Hugues III, dit le Boiteux, ayant été fait prison- nier par les musulmans à la bataille de Hattin, rendit à Salah-ed-din pour sa rançon la ville et le château de Giblet*. Par conséquent, en 1 197, les seigneurs de Giblet se seraient bornés à relever à la hâte l'enceinte de la ville, dont l'importance militaire était alors presque nulle, sans s'occuper de la restauration du château. Ce qui me con- firme dans cette idée, c'est que, durant le xni^ siècle, il n'est fait au- cune mention de cette forteresse par les historiens des croisades. ' Cont. de GuiH. de Tyr, I. XXV, ch. 11. Ed. Laurent, Leipsîck, 186/i. — ^ Familles * Peregrinatores medii œvi quatuor, p. 167. d^outre-mer^ les seigneurs de Giblet. 16 BLANCHE-GARDE. hf rli.^lfaii do lit Blaiiclie-Giirde s' ('levait eiitn.- Jérusalem t'I Asca- loii, au sommet d'uni' colline dominant ta [)talne qui »'élend lies nion- ta{;nes de la Palestine à la Médileri'anée. Le nom de cette i'ortercssc n'était que la traduction littérale de l'appellation arabe de la iiautenr qu'elle couronnait, et (jue les indigènes désignent encore aujtmrd'liui par les mots Tell~es-Saph\e-li , que les chroniqueurs des croisades tra- duisaient par Mimn Cltirus. lie cliâteau fut construit vers l'année iiio par le loi Fnuliiues, |iour concourir, avec la forteresse d'Ibeliri et la ville d'Ascalun. à bi défense de cette partie des possessions chrétiennes contre les agii's- sions des musulmans d'Egypte. Par la suite, il tut donné en lief à une brandie de la maison de Barut. qui prit le nom de la Blanche-Garde \ Le plan de ce château paraît avoir beaucoup ressemblé à celui de Giblet, si nous en jugeons par ce qui subsiste encore el par le passage suivant de l'historien Guillaume de Tyr^ : T Ubi edificant solidis fundamentis cl tapidibus «juadris op- tr pidum cuni turribus quatuor congruae altitudiiiis. -n Malheureusement il ne reste plus actuellement que les luiiies de deux tours rectangidaires tournées vers le sud et les londalioiis des • h\,>m(lv d'oulre-mer, p. -ilio. — ' Gulllourae de Tvr, I. XV, cli. t\%. 124 MONUMENTS DE LARCHITECTIRE MILITAIRE courtinos qui entouraient Iv donjon. Un amas de décombres A occu- pant le centre du château et un fragment de muraille me paraissent indiquer aujourd'hui la place de cet ouvrage. Ce qui me confirme dans rt^tte idi''e, c'est que les Arabes du village moderue de Tell-os-Saphieli lurent unanimes à me l'épondre que les débris que j'avais sous les yifiiiL tHuit'iil les restes d'une grande tour détruite depuis bien des DES CROISÉS ENSYRIE. 125 années et qui jadis s'élevait au milieu de cette enceinte. Le revêtement des murs était composé de pierres d'assez grand appareil taillées à bossages. Au sud se voient en B les arasements d'une partie des murs soit d'une basse-cour, soit d'un ouvrage avancé couvrant de ce côté les ap- proches du château. Cette forteresse tomba au pouvoir de Saladin à la suite de la ba- taille de Hattin, en 1 187. Aujourd'hui il ne subsiste plus du château d'Ibelin que des débris informes, perdus au milieu des maisons du village moderne d'Ebneh; cependant je serais tenté de croire, d'après le passage suivant de Guil- laume de Tyr^ : ce Premièrement gîtèrent les fondemens, après firent ff quatre tors,?) que cette forteresse, élevée dans la même, année que Blanche-Garde, dut elle-même être bâtie sur un plan à peu près sem- blable à celui des quatre châteaux dont j'ai parlé dans le cours de ce chapitre. Le même auteur, au XX* livre, xix* chapitre, décrit en ces termes le château du Darum , élevé par le roi Amaury : ce Fundaverat frautem dominus rex ibi caslrum modicae quantitatis, vix tan- ce tum spatium intra se continens quantum est jactum lapidis, formée frquadrœ, quatuor turres habens angulares, quarum una grossior et cr munitior erat aliis ; sed tamen absque vallo erat et sine antemurali. ?? 11 y a donc lieu de conclure de ce passage, que le château, dont il est question et dont, malheureusement, il ne subsiste plus de traces, était également carré, flanqué de tours aux angles et muni d'un donjon. ' Guillaunie de Tyr, I. XV, ch. xxv. BEAUFORT. (KALAAT-ESCH-SCHÉKIF.) Le voyageur (|iii stiil la route (I<> Ilashcya à Saïda traverH** une plaine vaste et terlile iiomniéi' par les Arabes Merdj-Aioun. s'éteiidaiil entre tes deux chaînes du Liban et de l'Ariti-Liban. Après une marche (le plusieui-s heures, il aperçoïl à iliorizon un vieux ciiâteau de l'aspect le plus pittoresque, qui sVIève au souuiicl d'une des premières croupes du Liban : c'est le Kalaat-escb-Schékif. nommé Beanfort par les Francs et Schékil'-Arnoun par les chronique»' arabes. Ce château faisait partie de la principauté de Sajette,et, cumme j'aurai lieu de le dire plus loin, son plan présente une grande analo- f[ie avec celui de la forteresse de Karak. relevée, pendant le voyage de M. le duc de Luyiies, sur la rive orientale de la mer Morte. L'assiette de Beaufort a été choisie au sommet d'une crête rocheuse bordée à l'est par un précipice à pic, de plus de 3oo mètres, au fond duquel coule le Nahar-el-Kasmyeh, le Lemles des anciens. A l'ouesl In montagne s'abaisse par une pente assez rapide, au niveau de la plaine o\\ s'élève le village moderne d'Arnoun. En avant du château au sud se voit un petit plateau qui semble avuir été nivelé de main d'homme : c'est sur cet emplacement que se trou- vait au moyen âge la bourgade de Beaufort^ à l'extrémité méridionale lie laquelle les Templiers bâtirent en 1960, quand ils acquirent cette 1-28 MONUMEiNTS DE LARCHITECTURE MILITAIRE place, une redoute détruite huit ans plus tard par le sultan Malek-ed- Daher-Bybars, lorsqu'il se rendit maître de celte forteresse (pi. XIII). De ce point la vue embrasse un vaste horizon : vers Test ce sont les sommets neigeux de l'Hermon et les montagnes du Hauran; vers le nord la plaine de la Bequaa et les montagnes du Liban; au sud le Be- lad-Bscharah , que dominent au loin les ruines du Kalaat-Tebnïn, le Toron des historiens des croisades. Les ingénieurs qui élevèrent le château dont nous nous occupons en ce moment ont été obligés de se laisser guider ici par la configu- ration du terrain sur lequel il est béti. Sa forme serait à peu près celle d'un triangle allongé. Il se divise en deux parties: l'une inférieure, vers Test aux bords des escarpements du ravin du Kasmyeh; l'autre, plus élevée et formant réduit, est établie au sommet de la crête du rocher, qui a été dérasé pour la recevoir. C'est dans cette enceinte que se voient la grand'salle, les restes du donjon, etc. Cette forteresse est construite en pierres d'assez grand appareil tail- lées à bossages, et les escarpements du rocher que couronne la partie haute du château sont presque partout revêtus de talus en maçonnerie, lin profond fossé creusé dans le roc l'entoure au sud et à l'ouest. L'entrée de la forteresse s'ouvrait en A sur l'esplanade dont j'ai parlé plus haut. Cette porte donnait accès dans la basse-cour du château. Malheureu- sement il ne reste plus de l'époque française que les substru étions des tours et des murailles B que recouvrent aujourd'hui des masures arabes bâties au xvn* siècle par l'émir Fakar-ed-din , quand ce prince révolté contre le gouvernement de la Sublime Porte essaya de remettre Schékif en état de défense pour résister aux troupes envoyées contre lui par les pachas d'Acre et de Damas. A l'extrémité sud de cette basse- cour existe un petit ouvrage carré D qui au nord termine le château. Une rampe ménagée le long des escarpements du rocher, et par DES CROISÉS EN SÏR[E. 129 conséquent sous le commandement de l'enceinte supérieure, amène à la porte D, que défend la tour E. Par cette entrée on pénètre dans une sorte de place d'armes F, en partie voûtée, munie d'un parapet crénelé et sur laquelle s'ouvraient les tours G et E, qui flanquent les angles est et ouest de la face méridionale du château. Un assaillant qui aurait réussi à forcer la porte D se serait donc trouvé dans ce passage comme au fond d'un fossé exposé de toutes parts Fig. âo auxcoupsdes défenseursde la place, pendant qu'il aurait tenté d'enfon- cer la porte H, par laquelle on pénètre dans la partie haute de la for- teresse. Dès que le visiteur a franchi cette entrée , il s'engage dans un long corridor voûté qui débouche au milieu du terre-plein du château. Des logis à plusieurs étages, sur les débris desquels s'élevèrent au temps de Fakar-ed-din des constructions arabes aujourd'hui écroulées, paraissent avoir existé en I et en J ; mais il n'en reste plus que d'énormes monceaux de décombres au milieu desquels il est impossible de re- 130 MONUMENTS DE L^ARGHITEGTURE MILITAIRE trouver aucune des dispositions du plan primitif. C'est sous cet amas de ruines que passe la galerie voûtée faisant suite à la porte H et qui conduit au milieu de cette partie du château. Le donjon K est placé le long du front occidental de la forteresse et fait corps avec le rempart, mais il est dérasé jusqu'au niveau des courtines. C'était une tour barlongue; on y pénétrait par une poterne à linteau carré , et l'escalier ménagé dans l'épaisseur de la muraille se voit encore. En 1869, quand je visitai ces ruines, il ne restait plus en place que les premiers voussoirs des voûtes de la salle formant jadis le rez-de-chaussée de cette tour, qui, sur des proportions plus petites, paraît avoir dû présenter les mêmes dispositions intérieures que le don- jon de Giblet, dont elle doit être à peu près contemporaine. Sur le côté oriental de la cour s'élève en L un édifice aujourd'hui encombré d'immondices et servant d'étable aux troupeaux qui viennent paître dans les environs du château. C'est une salle voûtée, partagée en deux travées avec arcs-doubleaux et arcs-ogives chanfreinés. On pénètre dans ce bâtiment par un petit portail dont les archivoltes sont en tiers point et s'appuient sur des pieds-droits que couronnent des abaques ornés de feuilles sculptées (fig. 4o). Cette pièce était éclairée par trois baies carrées s'ouvrant dans l'axe des travées : deux à l'est vers la basse-cour et une à l'ouest sur lé terre-plein intérieur de la place. Ce vaisseau parait avoir été construit à la hâte, postérieurement au reste du château , avec des matériaux provenant d'édiGces plus an- ciens; car, parmi les pierres dont il se compose, les unes sont taillées avec soin, tandis que les autres sont seulement épannelées. Autant qu'on en peut juger par l'ornementation, on doit lui attri- buer comme date la seconde moitié du xui® siècle. Malgré le nom de Kenisseh (église) que lui donnaient les Motoualis qui m'accompagnaient quand je visitai Schékif, j'incline plutôt à y voir une grand'salle, DES CROISÉS EN SYRIE. 131 attendu que son orientation ne saurait convenir à un édifice religieux. A l'extrémité nord du château s'élève en M une tour de forme irrégu- lière qui, par une étrange coïncidence, présente la même forme que l'un des ouvrages dépendants du château de Karak. En France je ne connais que le donjon de Bonaguil, château du xv^ siècle situé près Villeneuve-d'Agen, et publié par M. Viollet-le-Duc\ qui présente une pareille irrégularité de plan. Bien que Beaufort ait été possédé , en dernier lieu , par les Templiers , je suis convaincu qu'ils n'ont rien changé au château proprement dit et qu'ils se sont bornés à édifier sur l'extrémité du plateau un ou- vrage dont parlent les historiens arabes et qui fut détruit, comme nous le verrons plus loin, à la suite de la prise du château par Bybars, et dont il ne reste plus en N que des décombres et une citerne. On voit encore les ruines d'un mur flanqué de tourelles construit au xvn* siècle par l'émir Fakar-ed-din autour de l'esplanade où s'éle- , vait au temps des croisades le bourg dépendant du château, et qui se- lon toute probabilité devait être défendu par des palis et des ouvrages de terre dont il ne subsiste plus que des vestiges informes. A l'entour des dépendances des châteaux construits en France et en Syrie pendant le xii* et le xm* siècle on trouve encore fréquemment des traces de terrassements à une distance assez grande. Ils étaient couronnés de palissades et munis de fossés. Cette défense était assez sérieuse, pour présenter à l'ennemi un obstacle dont souvent il ne triomphait qu'après des travaux d'approche assez considérables et des assauts meurtriers. Une fois la place investie et les ouvrages avancés occupés, l'as^illant devait cheminer par des tranchées jusqu'à la con- trescarpe du fossé. Or ici le rocher présentait au mineur une résistance qui devait prolonger considérablement les travaux de siège. ' Viollet-le-Duc, Dict. d'arehit. t. III, p. i65. 132 MONUMENTS DE L'ARCHITECTURE MILITAIRE A gauche de l'entrée du château, un vaste réservoir B, taillé dans le roc, avait été ménagé dans le fossé. J'ai dit en commençant qu'il existait une grande ressemblance entre le château que je viens de décrire et ce qui se voit encore de la forte- resse et de la ville de Karak nommée au moyen âge la Pierre du Désert [Petra Deserli). Ses restes ont été relevés par MM. Mauss et Sauvaire à la suite de l'expédition scientifique de M. le duc de Luynes. Je crois donc devoir compléter ce qui a disparu des ruines de Beaufort par une brève description de Karak. Par le choix de son assiette topographique et la disposition de ses défenses, cette place semble être sur une plus grande échelle la reproduction de ce que nous voyons ici. C'est à la bienveillance toute particulière du feu duc de Luynes que je fus, peu de temps avant sa mort, redevable de la communication du travail de M. Mauss, ainsi que de l'autorisation de le publier, et je tiens à témoigner ici de ma reconnaissance en rendant un solennel hommage à la mémoire du savant si regretté par tous ceux qui l'ont connu. La ville de Karak occupe le sommet d*une colline aux flancs escar- pés qu'isolent de trois côtés des vallées profondes (pi. XIV). Elle n'est reliée aux montagnes voisines que par deux crêtes de rochers : l'une au sud, sur laquelle a été construit le château; l'autre vers le nord- ouest, coupée par un large fossé en arrière duquel s'élève un ouvrage barlong d'une grande hauteur, muni intérieurement d'escaliers et de galeries mettant en communication les divers étages qui le composent; il est ouvert à la gorge et se relie par ses deux extrémités aux murailles de la ville qu'il est destiné à protéger de ce côté contre les attaques. Restauré au xm* siècle par les musulmans, cet édifice porte aujour- d'hui le nom de Tour de Byhars à cause de l'inscription que ce prince fit graver sur ses murs. L'enceinte de la ville, dont le tracé est déterminé par la configura- DES CROISÉS EN SYRIE. 133 tion du plateau sur lequel elle est bâtie, était flanquée de saillants carrés, comme presque toutes les murailles des villes fortifiées par les Francs, dont nous voyons les restes en Syrie. On doit remarquer le soin tout particulier avec lequel les ingénieui*s qui élevèrent cette place ont pourvu aux besoins de ses habitants. Quatre grands réservoirs (pi. XIV), ainsi qu'un nombre considérable de ci- ternes, étaient destinés à alimenter d'eau la population et les défen- seurs de Karak. Au temps des croisades cette ville était le siège d'un archevêché suffragant du patriarche de Jérusalem ^ M. Mauss pense que l'église grecque moderne qui figure dans le plan de la ville (pi. XIV) s'élève sur les substructions d'une église plus ancienne. Le château élevé par Payen ', bouteiller du royaume de Jérusalem , est à l'extrémité sud de la ville, dont il est séparé par un large fossé. Cette forteresse présente la forme d'un carré long s'élargissant vers le nord. La disposition du terrain, étant semblable à celle du château de Beaufort, a amené une très-grande analogie dans le plan de ces deux forteresses. A Karak , nous trouvons également une basse-cour s'éten- dant vers l'est en contre-bas de la partie supérieure du château, dont elle contenait les dépendances. La porte du château s'ouvre dans un angle rentrant à l'extrémité occidentale de l'enceinte la plus élevée. Elle était fermée par une herse et des vantaux. Après l'avoir franchie, le visiteur s'engage dans un che- min de défilement tout à fait semblable à celui que nous voyons au Kalaat-esch-Schékif, mais de dimensions beaucoup plus grandes. Ce n'est qu'après avoir franchi deux portes successives, munies de herses * Familles d'outre^tner (Syrie Sainte), p. 766 . — * Ibid. p. 4oa. 134 MONUMENTS DE L'ARCHITECTURE MILITAIRE et pourvues de défenses très-compliquées, qu'il parvient dans la cour supérieure du château. Au-dessus de la galerie dont il vient d'être question on voit encore les traces de deux étages assurant la défense de cette façade, qui for- mait ainsi courtine entre les deux pavillons angulaires du château. L'intérieur de la forteresse, dit M. Mauss, renfermait un grand nombre de constructions, aujourd'hui ruinées, et il serait bien difficile d'en établir un plan exact sans faire des fouilles considérables. On y voit encore de vastes et nombreuses citernes et des magasins immenses construits avec le plus grand soin. Ces magasins, d'après la tradition locale, formaient jusqu'à cinq ou six étages superposés. Us sont aujour- d'hui en partie comblés, mais ils donnent Tidée des approvisionne- ments énormes que devait contenir cette place. Vers le milieu de la cour s'élève la chapelle construite sur le même plan et présentant les mêmes dispositions que celles des châteaux de Margat, du Krak et de Safita. C'est une nef de s 5 mètres de long, terminée par une abside semi-circulaire. Le vaisseau était éclairé par quatre fenêtres, et dans l'épaisseur de la muraille nord est ménagé un escalier conduisant à la plate-forme qui couronne l'édiGce. Il y a quel- ques années, M. de Saulcy y trouva encore des restes de peintures à fresque. Nous savons les noms de deux des chapelains des seigneurs de Karak que nous voyons dresser des actes de Maurice et de Renaud de Châ- tillon, seigneurs de Karak et de Mont-RéaP. Rainald 1 1 62 ^. Guillaume ^ * 77 *• ' Voir à la fin de ce volume la note géo- * Cod, DipL n* 99, p. 3i. graphique relative à ia terre de Mont-Rëal ^ Ihid, n* 69, p. 69. ou d'Oultre-Jourdain. DES CROISÉS EN SYRIE. 135 Les tours qui flanquent les murs de cette forteresse sont toutes carrées ou barlongues. A Test et au sud, les flancs de la montagne ont été revêtus d'énormes talus en maçonnerie. Le donjon s'élève à langue sud-est du château, dont l'extrémité est formée, de ce côté, par un vaste bâtiment formant réduit, dont le plan est presque iden- tique à celui de l'ouvrage M de Beaufort. Cette face du château est précédée vers les dehors de la place par un vaste réservoir nommé Birket-Nazer, disposé en arrière de la grande coupure qui de ce côté sépare Karak des montagnes voisines. D'après la tradition locale, ce réservoir, ainsi que les deux réservoirs situés au nord-ouest de la ville , était alimenté par un aqueduc qui y amenait l'eau d'une source qui a conservé le nom d'Aïn-Frenguy (Fontaine des Francs). Un mur crénelé qui existe encore couvrait ce réservoir vers les dehors de la place. Ce ne fut qu'à la fin de l'année 1 188, et après avoir résisté, sans espoir de secours, pendant près de deux ans aux armes victorieuses de Salah-ed-din , que les défenseurs de Karak rendirent cette place aux musulmans pour la rançon de Humfroy IV de Toron, seigneur titu- laire du Krak par sa mère, et qui était prisonnier des infidèles depuis la bataille de Hattin'. L'historien arabe Mohammed-Azy-ed* din-lbn-Ghedad nous apprend que le château de Schékif fut pris par Foulques, roi de Jérusalem, en 11 39. A cette époque il était possédé par le prince Ghehab-ed-din. Il fut remis aux seigneurs de Sajette, qui le réédifièrent, nous dit Ibn- Férat, et qui depuis ce temps prirent le nom de Sajette et Beaufort^. Il serait téméraire de fixer d'une manière précise la date qu'on doit attribuer aux diverses parties du château que je viens de décrire; cependant je le considère comme remontant aux premières années de * FamiUes i' outre-mer, p. Aya. — * Ilnd, les seigneurs de Sajette et de Beaufort. 136 MONUMENTS DE L'ARCHITECTURE MILITAIRE la seconde moitié du xii' siècle, ainsi que les châteaux de Saioun et de Karak, qui furent élevés, je crois, à la même époque. En Tannée 1192, ce château fut assiégé par Salah-ed-din ; mais, comme le siège paraissait devoir être long et le succès incertain, le sultan essaya de s'en emparer par ruse et contrairement à ses habi- tudes de loyauté chevaleresque. Voici à quel stratagème il eut recours pour s'en rendre maître : Renaud, seigneur de Sajette, s'était enfermé dans la place assiégée. Saladin lui fit demander une entrevue, lui envoyant en même temps son anneau comme gage de sa bonne foi. Le comte, se fiant à la trêve et ne soupçonnant pas la perfidie dont il allait être victime, se rendit à l'invitation du sultane Arrivé dans la tente de Salah-ed-din , il se voit soudain entouré et mis dans les fers en dépit du sauf-conduit dont il était porteur. Sommé de remettre le château aux mains des musulmans, il répondit que la place qu'il défendait appartenait non à lui seulement, mais à la chrétienté entière, et que, dût-il lui en coûter la vie, il ne consentirait à aucune capitulation, tant que Beaufort serait en état de résister à l'attaque des infidèles. Le sultan, furieux, le fit conduire devant le château, où il le fit tor- turer à la vue des défenseurs, sommant Renaud de les inviter à se rendre pour l'arracher à la mort; mais le héros chrétien exhorta, au contraire, les siens à résister, leur disant que le guet-apens dans lequel il était tombé était une preuve certaine de la faiblesse des musulmans; qu'ils devaient donc se défendre jusqu'à la dernière extré- mité. Salah-ed-din, désespérant de triompher de la constance de Renaud, et peut-être admirant son courage, l'envoya chargé de fers à Damas, où il le garda prisonnier. ' Cont. de Guill. de Tyr, 1. XXVI , ch. ix. DES CROISÉS EN SYRIE. 137 Quand après deux ans de blocus la famine contraignit les défenseurs de Beaufort à capituler, ils stipulèrent deux conditions avant de rendre le château : d'abord qu'ils auraient la vie sauve, puis que le comte Renaud et dix autres chevaliers, comme lui prisonniers des musul- mans, seraient rendus à la liberté. Cette place devait revenir un jour aux chrétiens; car, lorsqu'en l'année i2 4o une trêve conclue avec Saleh-Ismaêl , prince de Damas, rendit aux Francs toutes les places de la Galilée qu'ils avaient possé- dées entre la mer et le Jourdain, il se produisit, au sujet de la remise de Beaufort au seigneur de Sidon, un incident qui mérite d'être rap- porté et où la conduite de ce sultan contraste avec celle qu'avait tenue Salah-ed-din lors du siège en 1 192. Ayant envoyé un de ses émirs pour opérer la remise de Beaufort entre les mains du sire de Sajette, la garnison musulmane qui se trouvait dans la forteresse refusa de la rendre, disant que le sultan manquait à ses devoirs de fidèle croyant en remettant aux chrétiens une place aussi importante, et dont la conquête avait coûté tant de sang et d'efforts aux enfants de l'Islam. Le sultan de Damas, informé de cette résistance imprévue, se rendit immédiatement avec quelques troupes devant Beaufort; mais les ré- voltés refusèrent même de lui ouvrir les portes. Il commença donc le blocus de cette forteresse, et, ayant fait venir de Damas ses machines de siège, il les fit dresser contre le château, sur lequel elles firent bientôt pleuvoir une grêle de pierres. Peu après les assiégés, sentant qu'ils ne devaient compter sur aucun secours, firent offrir au sultan de lui rendre la place à condition d'avoir la vie sauve; mais ce prince leur répondit qu'il ne les recevrait qu'à merci. Prévoyant qu'un jour ou l'autre la forteresse serait enlevée d'assaut et qu'ils n'auraient aucun quartier à espérer, ils se rendirent sans con- 18 138 MONUMENTS DE L'ARCHITECTURE MILITAIRE dition. Le sultan en fit pendre la plupart, les autres furent bannis; puis il rendit le château à Julien, seigneur de Sajette, qui, l'ayant remis promptement en état de défense, le vendit bientôt aux Templiers ^ ce qui fut le point de départ d'une haine violente entre le roi d'Armé- nie, beau-frère du seigneur de Sajette, et l'ordre du Temple. Cette forteresse fut prise par le sultan Bybars-Bondoukdhâry, le 26 avril ia68. L'historien musulman Ibn-Férat nous a laissé une relation de ce siège que je crois devoir résumer ici. En 1 â68 , après la prise de Safed, le sultan donna l'ordre au prince de Damas de marcher sur Schékif et d'en commencer le siège. Les charpentes des machines de guerre furent amenées, ainsi que les bois nécessaires aux travaux d'approche. L'armée égyptienne, qui, com- mandée par l'émir Beder-ed-din-Bektoun-el-Azyry, venait de s'empa- rer de Japhe, fut également dirigée vers Schékif, et dès son arrivée elle commença l'investissement de la forteresse, sous les murs de laquelle se rendit Bybars le 19 du mois de redjeb (/t avril). Les machines furent aussitôt mises en place et commencèrent à jouer le lendemain. Parmi les personnages de distinction qui avaient accompagné le sultan et qui prirent part à ce siège, l'auteur arabe cite le jurisconsulte Chems-ed-din-el-Hombali, grand cadi de Syrie; le cheik Takky-ed- din-Ibn-Assvassiti, etc. A l'approche des forces musulmanes, les Templiers envoyèrent à Acre un messager arabe appelé Abdoul-Medjiek , afin d'y réclamer des secours; mais à son retour ils furent trahis par lui. Il alla porter au sultan les dépêches dont il était chargé pour le commandeur de Beau- fort, qu'Ibn-Férat nomme le visir KtUam. Quel peut être le dignitaire ' Conl. de Gnill. de Tyr,l. XXXIV, ch.in, p. AûS. DES CROISÉS EN SYRIE. 139 de Tordre dont il est ici question? Tel est le problème dont la solution est d'autant plus difficile à résoudre qu'alors plusieurs des grands offi- ciers de Tordre portaient le nom de Guillaume. Nous trouvons à cette époque, comme assistant du grand maître Thomas Berart, Guillaimie de Ponzon, tandis qu'en même temps le maréchal de Tordre était Guillaume de Molay et le grand commandeur Guillaume de Montignac. En peu de temps vingt-six engins avaient été établis et le siège était poussé avec beaucoup de vigueur par les musulmans. Bientôt il devint impossible à la garnison, par suite des pertes qu'elle avait essuyées, de pouvoir conserver une ligne de défense aussi étendue que celle que présentaient la ville et l'ouvrage nommé le Château-Neuf. Aussi, dans la nuit du mercredi 26 du mois de redjeb, les Francs se décidèrent- ils à y mettre le feu et se retirèrent dans la forteresse. Le château évacué fut aussitôt occupé par Bybars, qui fit trans- porter le même jour (1 2 avril) ses machines sur le plateau oii s'élevait la ville. Lui-même s'établit au sommet de Tune des tours du Château- Neuf; mais, les Francs Tayant reconnu, il faillit être atteint par le pro- jectile d'une pierrière dirigée contre lui et qui tua trois personnes placées à ses côtés. Le siège dura jusqu'au lundi 26 avril, date à laquelle les Templiers reconnaissant que le château n'était pas capable d'une plus longue résistance, le commandeur Guillaume demanda à capituler. Un sauf- conduit lui fut accordé et les non-combattants eurent la liberté de se retirer à Acre ou à Tyr. Devenu maître de Beaufort, Bybars y mit une garnison musulmane et fit complètement raser Touvrage nommé le Château-Neuf. 18. LE TORON. (TEBN[^,) Ce chîUeau l'ut fondé par Hugues de Saint- Orner, prince de Taharie, vers l'année i lok, au lieu dit rancimi Tebnin, et c'est encore sous ce nom que ies Arabes désignent le château élevé au xvn" siècle sui- les fondations de la vieille forteresse des sires du Toron. L'assiette de cette place a été choisie au sommel d'une coliiue arrondie, d'où lui est venu son appellation du vieux mol français touron, ou toron, signifiant éminence ou colline isolée. (le sommet domine les hauteurs qui séparent la vallée du INaliar- el-Kaainieli de celle de rOuad-Aioun. La forme arrondie du plateau détermine celle de la fortei'esse, dtnil le plan paraît avoir été à peu près identique à celui du Krak de Mont- Héal. nommé aujourd'liui Schaubek et relevé par M. Mauss durant l'expédition scientifique de M. le duc de Luyoes, Ce château est égale- ment de forme arrondie, avec des saillants carrés et des tours bar- longues. Au Toron il ne reste plus aujouid'hui que les subslructions et quel- ques assises de gros blocs taillés à bossages encore en place sur presque tout le pourtour, te qui a conservé la configuration extérieure de l'an- cienne forteresse au château bâti par Daber-l'Omai', lorsqu'il se révrdln, il y a deux cents ans, contre l'autorité de la Sublime Poiti'. A en juger par ce qui se voit de l'édifice du moyen jlge, il devail l/i2 MONUMENTS DE L'ARCHITECTURE MILITAIRE, ETC. présenter à Tœil un aspect assez semblable à celui des châteaux arabes d'Alep, de Hamah, de Schoumaïmis, de Szalkhad, etc., étant comme eux élevé sur un tertre conique et flanqué de tours carrées. En France nous trouvons peu d'exemples de forteresses de cette forme', si ce n'est, toutefois, en Guienne, dans les châteaux de Podensac et de Blanquefort, élevés dans le cours du xni* siècle, et dans ceux de la Brède et de Savignac. La position du Toron en faisait une place de guerre importante, dont la possession assurait aux Francs tout le pays compris entre Tyr et Safed. Après Hugues de Saiut-Omer^, mort sans postérité, le Toron fut donné à une famille qui en prit le nom et a fourni un chapitre aux Lignages loutre-mer. Le château fut deux fois pris par les musulmans : d'abord en 1 187 par Saladin, puis en 1319 par le sultan Malek-Mohadam, qui le fit détruire. Relevé en laag, il devint l'objet d'une contestation entre les chevaliers Teu toniques et les héritiers de Philippe de Mont- fort, qui, par son mariage, avait acquis des droits sur cette seigneurie. L'empereur Frédéric IP attribua Toron, que nous trouvons alors désigné dans les chartes contemporaines sous la dénomination de Turo-Militum, à Ëléonore de Montfort, et donna aux Teutoniques, à titre de compensation, une rente annuelle de 7,000 besants, à perce- voir sur les entrées du port d'Acre. Nous devons donc conclure de là que le peu qui subsiste de cette forteresse doit être considéré comme datant de la première moitié du xni*' siècle. * Léo Drouyn, La Guienne mitit. t. II, ' HuUlard-Rréholles, ffiVr. (fcjpfowa/.Fr^- p. 56, 3 6 6-35 â. deriei secundi, t. II. * Familles d'outre-mer, p. A68. MONTFORT DES CHEVALIERS TEUTONIQUES. (Kalaat-kouhein.i Vei's le [loiiit où les iiiurilagiies île la (jalilée se rattaclieiit aux [irc- riiiers contre-lbrts du Liban, elles sont coupées par une vallée alirupte nommée le Ouady-Koni. Au fond coule un ruisseau (|ui, desrendu des flancs du Mont-Djarmak. va se jVter dans la Méditerranée un peu au nord d'Aclizib. C'est vei's ce point de U côte que le 3 oiai m'i-j eut lieu la bataille de Casal-linbert. Sur une des collines placées à Ijauche de cette vallée et qu'isolent presque, en se réunissant, le Ouadj- Korn et un de ses aflluents, s'élève le Kalaat-Kourein, appelé Monl- l'ort au temps des croisades. Ce cbdteau avait été construit par les clievaliers Teutoriiques (larjs le but d'y déposer ie trésor et les archives de l'ordre. La plus grande partie des chartes qui les comjiosaient sont parvenues jusqu'à nous el forment l'une des séries les plus précieuses du dépôt royal de Berlin. J'ai ()u , grâce à elles . reconstituer les possessions de l'ordre en Oi-ienf '. où les noms des casaux qui lui ont appartenu et sont mentionnés dans le chartrier s'identifient facilement avec ceux des villages arabes modernes qui les ont remplacés. ' ffib^h OrdiuU Ueutomci. ^^f^ MONUMENTS DE L'ARCHITECTURE MILITAIRE Avant d'aller plus loin, je crois devoir esquisser en quelques lignes l'histoire des chevaliers de THôpital de Notre-Dame-des-Allemands, plus connus sous le nom d'ordre Teutonique. Dès le commencement du xn^ siècle, la générosité d'un pèlerin alle- mand et de sa femme avait doté Jérusalem d'un hospice et d'une église, placée sous le vocable de la Vierge, que desservait une congré- gation hospitalière de langue germanique ^ Deux bulles des papes Célestin II et Adrien IV étaient venues consacrer l'existence de cette maison déjà prospère. Mais, moins d'un siècle après sa fondation, elle disparut entraînée dans le désastre général, au moment de la prise de Jérusalem par Saladin. Ce ne fut qu'en 1 190 que des bourgeois de Brème et de Lubeck, faisant partie de l'armée du comte de Holstein, fondèrent au camp devant Acre un hôpital pour les malades allemands. C'est là que se rallièrent les débris de la communauté dispersée par la perte de Jéru- salem. Tel fut le point de départ de la reconstitution de l'ordre, effec- tuée dans une assemblée solennelle des princes et des prélats allemands, tenue le 19 novembre 1190. L'ordre demeura sous la protection spé- ciale de Frédéric, duc de Souabe. Sitôt après la prise d'Acre, un vaste terrain situé près de l'hôpital des Arméniens , et que dans le plan de Sanudo nous trouvons désigné sous le nom d'Alemani y fut attribué aux chevaliers Teutoniques. Ceux-ci y élevèrent une église et un hôpital, ainsi que des bâtiments nécessaires au logement des troupes entretenues par l'ordre, qui ne devint insti- tution militaire qu'en 1 199. Henri Walpot de Bassenheim en fut le premier grand maître^. L'ordre, une fois constitué, se composa de trois classes : celle des * Jacques de Vitry, Hist, orient, t. 1, * Familles d'outre -mer, Ord. Teuton, chap. Lxvi. p. 901. DES CROISÉS EN SYRIE. 1^5 chevaliers, celle des prêtres et celle des frères servants, dans laquelle étaient pris les écuyers qui accompagnaient les chevaliers. En campagne, chaque chevalier avait trois chevaux et un écuyer qui portait sa lance et son bouclier. Les coutumes de l'ordre nous apprennent que le grand maître, avec le concours du chapitre, en nommait les grands dignitaires^ qui étaient le précepteur, le maréchal , l'hospitalier, le trappier et le trésorier. Ce dernier était en même temps châtelain-commandeur de la forteresse de Montfort, désignée par les archives de l'ordre sous le nom de Starkenberg. Le temps de la croisade de l'empereur Frédéric II, qui se trouva coïncider avec la grande maîtrise d'Herman de Salza, fut celui où l'ordre atteignit son plus grand développement en Terre Sainte. En l'année l226^ ce prince confirma à l'ordre la possession d'une série de casaux ainsi que du château du roi. Puis en 1229 '^ grand maître, par un traité avec les sires de Mandelée, acquit les ruines de la for- teresse de Montfort, dont la réédification fut commencée dès le mois de mars de la même année. Nous trouvons dans les archives de l'ordre Teutonique une charte de Bohémond IV', prince d'Antioche et comte de Tripoli, datée du commencement de juin 1228, attribuant en ces termes à l'ordre, pour l'aider dans cette construction , une rente de cent besants prise sur la fonde de la chaîne d'Acre : «r A tei, freire Herman, maistre de la cha- rr Valérie de la sainte maison de Nostre Dame de l'hospital des Alamans, (ret a freires de la meismes maison, et en aide deu labor deu chastel, trque vos fermes per doner force a la cristiante encontre les Sarrazins, (T-G- bisances en assisa chascun an pardurablement. 1) ' Familles d'outre -mer, Ord, Teuton. p. 899. * TabuliB ordirns TeuUmici, n** 58, p. /17 * /6«.n'64,p. 5a. *9 146 MONUMENTS DE L'ARCHITECTURE MILITAIRE Plus tard, le U janvier 1267 \ Julien, prince de Sajette et de Beau- fort, fit don à Anno de Sangerhausen et à ses chevaliers de la seigneu- rie du Souf et de Gezïn , ainsi que des casaux qui en dépendaient au nombre de quarante-deux et que j'ai réussi, pour la plupart du moins, à identifier avec des villages modernes du district de Schouf. Ce can- ton formait alors un des principaux fiefs de la principauté de Sajette, et appartenait à une famille franque, qui était représentée, au moment de la cession à l'ordre Teutonique, par messire Jean, fils de sire André du Souf ^ Tai dit plus haut que ce château s'élève au sommet d'une colline commandant le Ouady-Kom, au point où il reçoit un de ses affluents. Son assiette a été choisie d'après le même principe et dans les mêmes conditions défensives que celles de la plupart des châteaux que j'ai décrits, c'est-à-dire que la colline formant promontoire est presque isolée par la réunion des deux vallées et ne se trouve reliée aux mon- tagnes voisines que par une étroite crête rocheuse. Le site est grandiose; les flancs des deux vallées présentent un mélange d'escarpements abrupts et de pentes boisées de l'aspect le plus pittoresque. Sur le bord du ruisseau qui coule dans la vallée formée par le Ouady-Korn, au pied de la colline que couronne le châ- teau, se dressent les ruines encore bien conservées d'un vaste édifice gothique. L'abbé Mariti, puis plus tard Van de Velde, et ensuite M. Renan, ont cru y reconnaître les restes d'une église. Pour moi, j'avoue que je suis fort embarrassé, et je crois que nous devons y voir plutôt un logis dépendant du château. Autant que j'ai pu en juger par ce qui reste en place, ainsi que par les arcs-doubleaux et les arcs * Tahulœ ordittiê Teutonici, n* 108 , p. 88- géographique sur les possessions de l*ordre 90. Teutonique en Terre Sainte, notice qui ma * Voir h la fin de ce volume la notice semblé devoir être jointe à cette étude. DES CROISÉS EN SYRIE. 147 ogives qui supportaient les voûtes, nous devons, je pense, attribuer cette construction à la seconde moitié du wif siècle. Des fenêtres à lin- teaux carrés avec arcs de décharge éclairaient Tédifice, qui n*a jamais pu avoir aucune destination militaire. Si j'émets une opinion contraire à celle des savants que je viens de citer, c'est que je me base sur l'absence d'abside et le défaut d'orien- tation régulière qui existent dans ce petit monument. Il paraît, du reste, avoir été divisé primitivement par des murs de refend, aujourd'hui écroulés. Montfort fut la seule forteresse construite en Syrie par les chevaliers Teutoniques, et l'on reconnaît facilement que, d'importation récente eu Orient, ils y ont apporté les traditions de leur pays et n'ont pas séjourné assez longtemps en Terre Sainte pour avoir subi l'influence orientale dont j ai signalé l'existence dans les monuments militaires des ordres du Temple et des Hospitaliers de Saint-Jean. Ce château est aujourd'hui tout à fait ruiné; cependant il en sub- siste encore assez pour qu'il soit possible de retrouver la plupart des détails principaux de son plan. Il diffère complètement des forteresses dont j'ai parlé dans les chapitres précédents, pour se rapprocher du type, si bien décrit par le comte de Krieg, des châteaux bâtis sur les bords du Rhin du x^ au xni^ siècle ^ La forme du Kalaat-Kourein est à peu près celle d'un rectangle, orienté de l'est à l'ouest. Les côtés sont brisés et suivent les contours de la montagne sur laquelle cette forteresse est assise. Elle était composée de deux enceintes et d'un donjon s'élevant à cheval sur la crête qui relie la colline à la chaîne de montagnes dont elle dépend. ' Bulletin monum. t. IX, p. a&6. *9- 168 MONUMENTS DE LARGHITECTURE MILITAIRE La première enceinte est formée par une muraille flanquée de tourelles carrées, comme on en voit dans beaucoup de châteaux alle- mands du moyen âge, et ne présentant que des flanquements de peu de valeur. Cette première ligne de défense, qui est presque partout dérasée à quelques mètres au-dessus du niveau du sol, tirait à peu près toute sa force de l'escarpement des flancs de la colline au sommet de laquelle s'élève la forteresse. Les bâtiments du château proprement dit, groupés en une seule masse, devaient former, alors qu'ils étaient intacts, la seconde ligne de défense. En Allemagne ce ne fut qu'à la suite des croisades qu'on vit apparaître le système des doubles enceintes, qui depuis cette époque y fut désigné sous le nom de zwtnger^. La terrasse A règne à l'extrémité de cette partie du château. 11 ne reste plus que des arasements des constructions qui s'y élevaient. Seule une petite cour carrée, située au nord, est demeurée intacte; elle est ouverte vei's l'intérieur de la forteresse et percée d'une meurtrière de grande dimension, destinée, selon toute apparence, à recevoir un engin. En B se voient les débris d'une vaste pièce carrée, composée de quatre travées voûtées en arc surbaissé avec doubleaux et arcs ogives. Au milieu est un énorme pilier octogone dont le fût ne présente guère en développement plus de la moitié de la hauteur totale et semble écrasé entre la base et le gigantesque chapiteau monolithe qui sup- portait la voûte. Des colonnettes engagées dans les murs, et dont il ne reste plus que des fragments, recevaient les retombées des doubleaux et des nervures. Comme dispositions générales, cette salle présente une grande ana- ^ Bulletin tnonum, t. IX, p. 1/16. DES CROISÉS EN SYRIE. U9 iogie avec celle dont les ruines se trouvent encore à Margat ; mais elle en diffère par le style, qui se rapproche beaucoup plus du roman. Quelle fut sa destination ? Pour une grand'salle devant servir à la tenue des chapitres, cette pièce semble avoir dû être bien faiblement éclairée. D'ailleurs, les assemblées des chevaliers devaient plutôt avoir lieu à la maison d'Acre, qui était peu éloignée et où résidaient la plu- part des grands dignitaires de l'ordre. En considérant la destination toute spéciale que les Hospitaliers Teu- toniques avaient attribuée à la forteresse de Montfort, il n'y aurait rien de téméraire à penser que cette salle servit de dépôt, pendant qua- rante ans, au trésor de l'ordre et aux archives que nous possédons encore. Les noms de quatre des grands trésoriers de l'ordre , qui occupaient en même temps la charge de châtelains de Montfort, nous sont seuls parvenus. Helmerich 1228*. Conrad 1 24o ^. Jean de Nifland' 1 244\ Jean de Saxe 1270 à 1272 ^ Le logis des chevaliers, ainsi que les dépendances, devait être ren- fermé dans cette partie du château s'étendant en C, et dont les traces sont encore reconnaissables dans les restes d'une double ligne de salles voûtées avec arcs ogives. En avant sont les arasements d'autres édifices, mais leur plan est rendu informe par les débris qui jonchent le sol. Sous tout l'ensemble des bâtiments que je viens de décrire régnent * Gniber, Origin, Livoniœ, p. 276. * Hartman'ê v. HeUringen Bericht, p. i3 * Cod, ard. Teuton, p. 32. et 20. * Talmlw ortUnis Teutonici, p. 71. • Muralori, t. XII, p. 382. 150 MONUMENTS DE L'ARCHITECTURE MILITAIRE des citernes et de vastes niagasius dont les voûtes, eiTondrées en maints endroits, rendent fort difficile l'étude de cette partie des ruines. Vers l'est, c'est-à-dire du seul côté vulnérable de la place, la crête dont j'ai parlé plus haut, et qui relie la colline du Kalaat-Kourein aux hauteurs voisines, est coupée par deux fossés isolant un massif de rochers qui sert de soubassement à une tour carrée. C'était l'ouvrage capital des défenses de la forteresse, que cette tour dominait et avec laquelle elle semble avoir communiqué jadis au moyen d'un pont en charpente jeté sur la coupure. Malheureusement il ne subsiste plus que les assises inférieures de ce donjon, qui était construit en blocs énormes, dont plusieurs mesurent de 3 à 5 mètres. Au centre on voit l'orifice d'une citerne. Vers l'est sa base était munie d'un grand talus de maçonnerie, tracé en forme d'arc, vers les dehors de la place. De la porte, qui s'ouvre à une certaine hauteur, un petit escalier conduisait au fond du fossé, qui sépare cette tour de l'ensemble du château. Dans la conception et le plan de ce donjon je crois encore retrouver une preuve manifeste de l'influence allemande que j'ai déjà signalée dans les autres parties de la forteresse, car nous voyons ici une de ces tours carrées avec socle, où l'on n'entrait que par une poterne s'ou- vrant à une assez grande élévation au-dessus du sol. Dans les châteaux des bords du Rhin elles sont désignées, en allemand, sous le nom de berch-Jirid : c'est en français le beffroi. Le sultan Malek-ed-Daher-Bybars vint attaquer Montfort en ia66 , et après une tentative inutile il fut contraint d'en lever le siège et se porta sur Saphed, dont il se rendit maître. La forteresse des chevaliers Teutoniques fut de nouveau assaillie par les musulmans au mois de novembre 1271, à la suite de la prise du Krak. Dans la première enceinte, le flanc des courtines de la face sud conserve les traces des travaux de sape exécutés par les assiégeants. DES CROISÉS EN SYRIE. 151 Ce sont des entailles longitudinales faites dans le mur, mais n'y ayant pas pénétré assez profondément pour en causer la chute. Dans la relation très-circonstanciée que nous a laissée de ce siège riiistorien arabe Ibn-Ferat, nous lisons le passage suivant, qui est relatif à ces travaux : «rLe premier jour du mois de djoulkadeh, le faubourg ffde Karïn fut pris, et le second, le baschouret (première enceinte) (T attaqué. On commença à faire des trous dans les mui*s. Le sultan rr promit mille direms aux sapeurs pour chaque pierre. Le combat (r devint furieux , etc. n La place capitula enfin, et il fut stipulé que les chevaliers pourraient se retirer à Acre. Bybars fit alors démolir Montfort, et c'est là ce qui explique l'état de ruines dans lequel nous trouvons ce château, qui, par sa position isolée, devait échapper aux causes multipliées de destruction qui ont atteint ou qui menacent la plupart des monuments militaires laissés en Syrie par les croisés, causes que j'ai eu lieu de signaler plusieurs fois déjà dans le cours de cet ouvrage. S4JETTE. (CHÂTEAU MARITIMEj Durant la dernière période des croisades, plusieurs châteaux furent élevés dans des positions qui leur permettaient de commander des mouillages et de fournir des points de débarquement assurés aux se- cours qu'on attendait d'Europe. Leur assiette fut généralement choisie. soit sur des îlots voisins du rivage, soit sur des promontoires qu'un»- coupure remplie par la mer isolait facilement de la terre ferme; de telle sorte que ces forteresses, n'ayant rien à craindre de la mine e( p(!u de Tescalade, étaient, pour ce temps, presque inexpugnables. En outre, il était toujours possible de secourir nu de ravitailler par mer lii garnison de ces chiUeaux. Pendant toute la durée de l'existence des colonies chrétiennes en Syrie, nous trouvons l'ancienne Sidon désignée sous le nom de Sajellc Vlallieureuseraent il reste bien peu de chose des édifices élevés par les Francs durant les deux siècles qu'ils tirn'ent cette ville en leur pouvoir. La partie des fortifications de Saïda, nommée le Kakal-el-Bahar, ou château de la Mer, est le seul ouvrage que nous puissions considérer avec certitude comme un monument contemporain de la Sajette des croisades; encore ce château ne date-t-il que du commencement du xni' siècle. Il fut construit dans le cours de l'hiver de x-xi-j à laaS, sur un rocher isolé dans la mer, que l'on munit d'un revêtement de 154 MONUMENTS DE LARCHITECTURE MILITAIRE maçonnerie. Une muraille reliant deui tours en constituait le princi- pal ouvrage. Un grand nombre de croisés venus des divers pays de la chré- tienté, et parmi lesquels on comptait beaucoup d'Anglais, se trou- vaient alors à Acre. A la nouvelle de l'arrivée en Terre Sainte de Frédéric 11, ils réso- lurent de tenter de reprendre aui musulmans quelques points du lit- toral en attendant Tempereur d'Allemagne, et sortirent aussitôt d'Acre. Ils s'acheminèrent vers les ruines de Sidon. Là se trouvait formé de deux lignes de récifs, complétées par des tronçons de jetées, l'antique port phénicien , l'un des plus vastes et des mieux conservés de la côte ; il présentait alors une assez grande profondeur d'eau pour offrir un refuge aux navires chrétiens ^ U fallait donc promptement le mettre en état de défense. Mais il vaut mieux laisser parler les auteurs contem- porains : (r Ils (les croisés) vinrent à une ille devant le port en la mer, (T si connurent que là poeenl il faire meilleur ovre et plus segure et en (rpo de tems^. Lioi^ mirent main à laborer et firent deux tors, l'une (T grant et l'autre moienne , et un pan de mur entre les deux tors. Us (T commencèrent à la Saint-Martin et finirent vers la mi-caresme. v Nous empruntons au continuateur de Guillaume de Tyr les détails suivants , également relatifs aux mêmes faits : «r Et firent la chaucié et ff au pied de la chaucié firent une porte et une tor bien deffensiable. is Je vais commencer l'examen de ce qui subsiste de la forteresse par l'étude de cette chaussée. Le massif sur lequel s'élevaient la porte et la tour est encore bien conservé. Eloigné de 35 mètres du château, il s'y trouvait relié par un pont de quatre arches dont les trois piles ^ Ce ne fiit qa'ao xyii* siècle qae ce port devenir on point de station pour la flotte fut en grande partie comblé par Tëmir Fa- turque, kar-ed-din, qui craignait alors de le voir ' Guillaume de Tyr, I. XWII, ch. xxv. DES CROISÉS EN SYRIE. 155 restent debout. Elles sont munies de becs destinés, selon toute appa- rence, à briser les lames. Le massif a, placé en tète du pont dont je viens de parler, est à /i9 mètres du rivage actuel. Les arches qui le rattachent sont complè- tement modernes. La mer a-t-elle de ce côté gagné sur la terre, ou bien, au temps de la construction du château, y avait-il une première partie du pont en charpente? Telle est la question qui vient d'elle-même se poser ici; mais, bien que je penche vers cette dernière conjecture, il me paraîtrait téméraire d'y répondre d'une manière catégorique. Si je m'étends trop longuement, peut-être, au gré du lecteur, sur l'étude de cette partie du château, c'est qu'elle est le seul spécimen de pont fortifié du moyen âge subsistant encore, à ma connaissance, en Syrie. Une observation me semble encore devoir ici trouver sa place : elle est relative au peu de largeur du pont, remarque que nous faisons également dans tous les ouvrages analogues élevés en France par les hospitaliers pontifes^ durant le xiii* siècle. Le but de ce mode de cons- truction était sans doute de rendre plus facile la défense du passage ou la rupture d'une arche pendant cette époque de guerres continuelles. J'ai pu cependant constater, par les arrachements de voûtes qui se voient encore, que le tablier du pont de Sajette présentait plus de lar- geur que la passerelle moderne. Mais il est temps de nous occuper du château. L'îlot dans lequel il ' Cette coDgr^ation des hospitaliers pon- Petitr-Renott ou saint Renazet. Cette instita- tifes ou pontijiees (faiseurs de ponts) était tion ne subsista guère qu un siècle sur les originaire d'Italie, où elle s'était fondée sur bords du Rhône, oii elle éleva le pont d'Avi- les bords de l'Amo. Elle fut établie en France gnon en 1177, puis celui de Saint-Esprit , à Maupas, diocèse de Cavaillon, vers Tannée commencé en ia65 et terminé en iSoq. 116/i, et, d'après les Recherches hiêtoriques Ces religieux furent sécularisés en Tannée de Tabbé Croire , die eut alors pour chef 1619. 90. 156 MONUMENTS DE L'ARCHITECTURE MILITAIRE s'élève était revêtu sur tout son pourtour d'une escarpe en maçon- nerie. Une porte, dont il ne reste plus rien, devait se trouver à l'ei- trémité du pont. Bien que sur plusieurs points ce mur ait été refait depuis les croisades, la plus grande partie peut être considérée comme remontant au xiii" siècle. Un saillant arrondi A, qui se voit sur la face nord, n'a pas été englobé dans les réparations faites par les Turcs, ce qui nous permet d'étudier le système employé dans cette construction pour augmenter l'adhérence des pierres : elles étaient d'assez grand Fig. s,. # appareil et reliées entre elles par des queues d'aronde probablement en bois, ce que le croquis ci-dessus fera mieux comprendre qu'une plus longue description; il indique aussi la manière dont les pierres des deux extrémités de ce saillant étaient adaptées à la muraille. Dans une construction maritime, ce mode de chaînage était préfé- rable à des crampons de métal qui, s'oxydant à l'humidité et prenant, par suite de cette décomposition, un plus fort volume, auraient eu pour résultat de faire fendre les pierres des assises qu'ils étaient des- tinés à réunir. En avant de cette face du château s'étend en b un vaste amas de DES CROISÉS EN SYRIE. 157 pierres coulées, formant au nord du pont que je viens de décrire un épi destiné à briser les lames quand la mer était agitée. Vers le sud-ouest, à l'intérieur du port et au pied de ce retranche- ment, en G, le rocher a été taillé et a reçu un enrochement de béton, de manière à former un quai de U mètres de large, dallé en longues pierres, qui, pour la plupart, sont encore en place et reliées entre elles par des crampons de fer scellés avec du plomb. L'extrémité de ce quai vers la tour G a été fort endommagée, ce qui permet de recon- naître que les liens des assises de pierres établies de ce côté, sur le rocher, et que recouvrait jadis le dallage, étaient en bois comme ceux du saillant A. Nous avons donc ici sous les yeux une portion de quai bâtie par les croisés et qui nous est parvenue à peu près intacte. D'après son mode de construction, il est facile de voir que les Francs de Syrie prirent pour modèle les quais antiques, dont ils durent trouver de nombreux restes dans les villes maritimes de la Terre Sainte. On reconnaît dans les tours B et G les ouvrages cités par les textes que j'ai transcrits, et la ligne de bâtiments D, qui a remplacé la muraille, nous en indique le tracé, tel qu'on peut le suivre par le pointillé dans le plan. Les deux tours sont encore d'une assez grande élévation, bien que celle qui porte la lettre B du plan, et qui parait avoir servi de donjon, soit dérasée jusqu'à 8 ou 9 mètres du sol. En E se voit l'entrée du réduit, placée sous le commandement de la tour B : elle consiste, comme les portes de la ville de Garcassonne, en un passage formant vestibule , muni d'une herse à chacune de ses ex- trémités. Dans la voûte paraît avoir existé un grand mâchicoulis carré, semblable à celui que nous trouvons au-dessus de la porte de la se- conde enceinte du Kalaat-el-Hosn. La porte c[ui donne accès dans la 158 MONUMENTS DE L'ARCHITECTURE MILITAIRE cour intérieure était surmontée d'un écusson, malheureusement brisé par les soldats turcs peu de jours avant ma visite; il m'a donc été im- possible, à mon grand regret, de savoir à quelles armes il était. La tour B est barlongue; elle mesure 37 mètres de long sur âi de large et est construite en pierres de grand appareil. De nombreux fûts de colonnes antiques sont engagés dans la maçonnerie. La partie inférieure de cet édifice est occupée par deux citernes carrées et établies au-dessus du niveau de la mer. L'entrée de celte tour devait être à une assez grande élévation; car le massif dans lequel avaient été mé- nagées les citernes a encore, comme je l'ai dit, 8 ou 9 mètres de haut et il formait seulement le soubassement des salles qui durent occuper la partie supérieure de cette défense. En F se trouve la base d'un autre ouvrage renfermant également une citerne. Une ligne de constructions modernes s'élève sur l'empla- cement de la muraille destinée à relier les deux tours. On en trouve cependant l'amorce à la tour G, qui défendait le mouillage. Elle est assez bien conservée; mais, comme elle sert de poudrière, il m'a été impossible d'y pénétrer. A son sommet on voit quelques restes des corbeaux qui supportaient autrefois le crénelage et entre lesquels s'ou- vraient les mâchicoulis. Plusieurs étaient encore intacts, il y a vingt- huit ans, mais ils furent brisés par les boulets anglais lors du bombar- dement de Saïda en 18&0. Joinville^ dans ses mémoires, raconte en ces termes la tentative des Sarrasins sur Sajette en 12 53, pendant que les Francs étaient occupés à réparer les murs de cette ville : tr Quant monseigneur Symon ffde Montcéliart, qui estoit mestres des arbalestriers le roy et cheve- «rtain de la gent le roy à Saiete, oy dire que ceste gent venoient, se ' Histoire de ioint Louis, par JeaD, sire de Joinville. Éd. in~fol. Paris, 1761. Imprimerie DES CROISÉS EN SYRIE. 150 it retrait ou chastel de Saiete, qui est moult fort et enclos est de la mer «en touz senz, et ce Gst il pour ce il veoit bien que il n'avoit pooir R(de résister) à eulz. Avec li recèta ce qu'il pot de gent, mais pou eu rty ot, car le chastel estoit trop eslroit. Les Sarrasins se ferirent en In (T ville, là où ils ne trouvèrent nulle deffense, car elle n'estoit pas toute R close. Plus de deux mille personnes occirent de nostre gent: à tout r Ir Jîfiiiiff qu'ils liictil là , s'en alererit îl Damas, ■' Le chdteau de Sajette lut i^vacuL' par les France en i -iii i . ii Ih siiili' lie la prise d'Acre, eti riiônie temps qu'Athlit et Torlosc chAteau de maraclée. Un autre château maritime fut élevé en 1260 sur l'îlot nommé Dje- zairehj qui se voit en face du cap Ras-el-Hassan, un peu au sud de Tembouchure de la rivière de Maraclée. Cette forteresse, dont il ne reste plus aujourd'hui que quelques substructions , nous serait inconnue sans la description que nous en ont laissée les historiens arabes. Elle paraît avoir été bâtie par Meil- lour III S seigneur de Maraclée, que ces auteurs nomment à tort Bar- thélémy. Ce château^, qui dépendait du comté de Tripoli, consistait en une tour barlongue, mesurant â5 coudées et demie dans œuvre. Les murs avaient 7 coudées d'épaisseur et les pierres étaient reliées entre elles par des crampons de fer scellés en plomb. A Tintérieur se trouvait ménagée une vaste citerne qui n avait rien à craindre des infiltrations de l'eau de mer. Une seconde tour dépendait de celle-ci et y était atte- nante. Cette place avait une garnison de cent hommes et était défendue par trois machines. Pour arrêter les incursions que les défenseurs de Maraclée ne ces- saient de faire sur les terres des musulmans, ces derniers construi- ' Familles d'outre-mer, p. 387. — * Vie de Kelaoun, Extrait des Hiêtoriem arabes des croisades, p. 708. 91 162 MONUMENTS DE L'ARCHITECTURE MILITAIRE, ETC. sirent la tour de Myar et y entretinrent une garnison permanente de cinquante hommes. . En 1^85, après avoir enlevé Margat aux Hospitaliers, le sultan Kelaoun, considérant que la situation de Maraclée rendait ce château imprenable, exigea sa destruction de Bohémond VII, comte de Tri- poli. DÉFENSES DES PORTS. Toutes les villes maritimes de la Syrie étaient habitées, comme je lai déjà dit, par une population de trafiquants pour la plupart origi- naires des républiques italiennes ou du midi de la France. Plusieurs d entre elles, fondées sur les ruines de cités phéniciennes, possédaient des ports antiques agrandis et défendus par des travaux exécutés au temps des croisades. On profita alors, pour construire les jetées, des restes des anciens môles ou des récifs qui entouraient le mouillage et sur lesquels on éleva d'épaisses murailles, afin de compléter la ferme- ture et la défense du port, dont Tétendue était, par conséquent, tou- jours fort restreinte. Les navires usités à l'époque des croisades peuvent être divisés en deux catégories, navires de combat et navires de charge. Les premiers, de dimensions restreintes et construits dans des con- ditions de marche rapide, comprenaient les galères, les salandres, les dromons, les colombels, etc. Les galères étaient les plus considérables; elles mesuraient généra- lement une longueur qui variait de 35 à /ti mètres^ sur une largeur de 5 à 6. Nous savons qu'en iâ&6 la commune de Marseille s'engagea à ^ Jal, Archéologie navale, t. II, p. 3i. ai . i6â MONUMENTS DE LARCHITECTORE MILITAIRE équiper à ses (rais dix galères ainnées de batistes et portant chacune Wngtr-cinq hommes d^armes. Les salandres étaient plus petites et ne comportaient guère que trente hommes d'équipage. Quant au dromon, c'était un navire d'origine grecque, ainsi que son nom Tindique, mais sur lequel nous ne possédons que des données fort incomplètes. Cest à ces bâtiments que paraissent avoir été destinés les ports qui vont faire Tobjet de cette étude. Leur soper6cie est trop restreinte et leurs passes présentent trop peu de largeur pour avoir pu recevoir des navires de grandes propor- tions et avant un tirant d'eau considérable. Quant aux navires de commerce ou de transport* nous savons que les Vénitiens, les Génois et les Marseillais avaient fait de rapides pro- grès dans Fart des constructions navales, et que dès la fin du xii* siècle ils avaient pu fournir aux croisés qui se rendaient en Terre Sainte des navires de transport nommés nefs, buze-ne(s, toiles, etc. etc., qui étaient d*un tonnage considérable et portaient généralement deux à trois cents pèlerins. Les savantes recherches de M. Jal sur larchitecture navale du moyen âge ont jeté beaucoup de lumière sur cette branche des études archéologiques. Il nous apprend que les nefs vénitiennes nolisées par saint Louis, dans la seconde moitié du xiir siècle, étaient d'un tonnage considé- rable. Celle sur laquelle il donne les renseignements les plus com- plets', la Roche-Forte y mesurait 35 mètres de long, i& de large, et quand elle était chargée calait environ 1 8 pieds d'eau. * Jal. Archéologie nacaU, t. H, p. 377. DES CROISÉS EN SYRIE. 165 Nous savons par Sanuto^ que cette même nef était sortie de Venise en 1263, portant cinq cents combattants. Par leurs formes arrondies, ces grands navires de transport se rap- prochaient beaucoup des galiotes hollandaises du siècle dernier, ainsi que des allèges employées de nos jours, comme on peut le voir par les coupes données par M. Jal au tome II de son Archéologie navale. D'après les calculs du même auteur*, cent chevaux en moyenne pou- vaient être installés dans la cale de ces grands navires. Dans les Statuts de Marseille y liv. I, chap. xxiiv, nous trouvons à cette époque la mention de vaisseaux pouvant porter jusqu'à mille pè- lerins, et Geoffroy de Villehardouin, en parlant de la conquête de Gonstantinople, dit que cinq nefs transportèrent 7,000 hommes, ce qui ferait environ i,/ioo hommes par bâtiment. 11 y a donc lieu de conclure que ces grands bâtiments n'entraient que dans quelques ports de la côte de Syrie, tels que ceux d'Acre, de Laodicée ou de Sajette, qui possédaient des passes assez larges pour leur permettre d'y entrer sans danger; encore l'étendue relativement restreinte de ces ports ne pouvait contenir à la fois qu'un très-petit nombre de ces bâtiments. Nous devons donc penser qu'alors, comme de nos jours, ces grands navires, qui ne faisaient le voyage du Levant qu'à des époques fixes réglées suivant les saisons par les lois maritimes, devaient demeurer sur rades foraines durant les escales qu'ils faisaient sur le littoral syrien. Les travaux maritimes paraissent avoir été peu familiers aux ingé- nieurs latins; aussi cherchèrent-ils, comme à Djebleh ou au port inté- rieur d'Acre, à creuser le bassin dans une roche peu résistante, ce qui n'était possible que pour des ports d'une faible superficie. * * Marino Sanuto, Vies des doges de Venise, t. XXII de Muratori. — * Archéologie navale, p. &aâ-&9â. 166 MONUMENTS DE L'ARCHITECTURE MILITAIRE, ETC. Quand une embouchure de rivière était protégée par une pointe du rivage, parfois ils s'en servaient pour y créer un refuge, comme nous le voyons au Nahar-es-Sin oii un petit mouillage avait été ménagé sous la protection du Toron de Boldo. En France et en Italie, pendant le moyen âge, l'entrée des ports était fermée par des chaînes, et ce mode de clôture semble avoir été également usité en Terre Sainte et à Chypre ^ Nous savons que la tour qui défendait la chaîne du port de Damiette s'appelait la Cosbarie et que le même mode de défense existait également à l'entrée du port de Gonstantinople*. Ces passes étaient toujours commandées par un ou- vrage important, généralement une tour carrée élevée à l'extrémité des jetées, comme on en trouve aujourd'hui les restes à Acre, à Beyrouth, à Djebleh, à Giblet, à Laodicée et à Tyr, où elles sont disposées comme celles que nous voyons en France à l'entrée des passes d'Aigues- Mortes, du vieux port de Marseille, de celui de la Rochelle, etc. etc. A cette époque on élevait également en France, sur les tours défen- dant les passes, des tourelles portant des feux de nuit destinés à guider les navires entrant dans ces ports. Nous savons que les Francs de Syrie avaient construit de ces phares, notamment à l'entrée du port de Laodicée, dont le feu est mentionné par l'historien arabe*'' de la vie du sultan Malek-Mansour-Kelaoun. Dans plusieurs endroits se trouvaient des rochers présentant une assez grande superficie pour permettre de bâtir de véritables châteaux, pouvant tout à la fois servir à protéger le mouillage et à oiïrir un réduit aux dé- fenseurs de la ville dont ils dépendaient, comme à Sajette et à Césarée. ' A Famagouste tout ie système cTins- ^ Cont. de Guillaume de Tyr, p. 3^6, taiiation de la chaîne du port se voit encore 897. dans une des tours du château, et le petit ' Extrait des Historiens arabes des croi- port de Cerines était fermé de la même ma- sade», p. 708. nière. TYR. La ville de Tyr s'iïlève sur une pre8(nrîle reliée pai' un isllinie idblfiruu'iix iiu c(tiilineiil, et rornianf deux poils naturels. Iuti au 168 MONUMENTS DE L'ARCHITECTURE MILITAIRE nord, aujourd'hui presque complètement ensablé, l'autre tourné vers le sud, que Ton appelait port Egyptien. L'histoire de cette ville, célèbre durant Tantiquité, a été Tobjet d'un grand nombre de travaux, et notamment en France de la part de MM. Renan, de Bertou et Poulain de Bossay^ Pendant tout le temps de la domination française en Syrie, Tyr fut, après Acre, la ville maritime la plus importante du royaume iatin. C'est à l'extrémité nord de la ville que se trouvent les restes du port construit au temps des croisades et qui a remplacé celui qu'on nommait dans l'antiquité port intérieur ou Sidonien. Il consiste en une petite baie fermée au nord et à l'ouest par deux jetées A et B com- posées de matériaux antiques. L'entrée de ce port, qui sert encore aux pêcheurs de la bourgade moderne de Sour, est au nord-ouest. Elle était défendue par des tours C et D, carrées, massives à leur base, et dont le revêtement se composait de gros blocs taillés à bossage. Le texte suivant du continuateur de Guillaume de Tyr, relatif à la chaîne qui fermait cette entrée au moment de la défense de Tyr par Conrad, marquis de Montferrat, à la suite de la bataille de Hattin, me semble devoir trouver ici sa place ^ : tr . . .La cheene dou port ert avalée porce que il [le marquis] vo- crloient que les galères entrassent ens, et les trois torz qui estoient a la (T cheene estoient bien garnies de gent. Quant li marquis vit qu'il y ot «rentré tant de galées [musulmanes] dedens le port, si fist lever la rr cheene et prist les v galées . . . tî Les jetées avaient un relief assez considérable au-dessus du niveau de la mer, suivant l'usage adopté alors, et, selon toute apparence, ' Mémoirei de la Société de géographie, t. VII, p. A55. — ' CoDt. de Guill. de Tyr, chap. jn, p. 108. DES CROISÉS EN SYRIE. 169 elles étaient couronnées d'un chemin de ronde avec parapet crénelé. Tours et murailles ne possèdent plus aujourd'hui que 2 à 3 mètres d'élévation, et la jetée occidentale est sur presque toute sa longueur dérasée à fleur d'eau. Le texte du continuateur de Guillaume de Tvr parle de trois tours; je pense que c'est à Test de la passe à l'extrémité de la jetée de droite que s'élevait sur le récif E la tour qui a aujour- d'hui disparu. 29 ACRE. L'importance du mouvement maritime dont Acre devint le centre Fig. Ù3. durant les croisades nécessita l'exécution de travaux considérables 172 MONUMENTS DE L'ARCHITECTURE MILITAIRE, ETC. pour l'établissement du port de cette ville, le plus vaste de tous ceux dont je décris ici les restes. Il était formé par une jetée C, qui, commençant à l'angle sud-ouest de la ville, s'étendait jusqu'à la tour dite des Mouches^ destinée à dé- fendre l'une des entrées du port. Cette tour était carrée et on en voit la base en F. D'après le plan de Sanudo, une seconde digue D, dérasée aujour- d'hui au-dessous du niveau de la mer, mais reconnue et relevée en i86s par le commandant Mensell de la marine anglaise, tandis qu'il faisait l'hydrographie des côtes de la Syrie, parlait de l'angle sud-est des murs d'Acre et se terminait à la tour E, fondée sur un récif où l'on voit encore les restes de l'enrochement de béton qui formait la base de cette défense, remplacée actuellement par un feu de position. Elle commandait la seconde passe par laquelle on pénétrait dans le port. Un tronçon de jetée d'environ 5o mètres de longueur séparait cette issue de celle qui était défendue par la tour dite des Mouches. Gomme l'indique le plan , plusieurs parties de ces ouvrages ont en- core conservé un certain relief au-dessus du niveau de la mer; mais ce port est aujourd'hui presque entièrement ensablé. Un étroit chenal s'ouvrant dans les murs de la ville donne accès dans un bassin inté- rieur A. C'est un rectangle de 80 mètres de côté environ, à peu près comblé quand je le vis en 1860. En B se trouvaient les restes d'un autre bassin qu'on achevait de remblayer à la même époque. BEYROUTH. A Bi'yi'tiutli il lu' subsiste plus, di-s Iravaiix iiiRnliiiies t^levi'-s parles FiR. U. uisés, rjue \v (|iiai neliltMix grosses tours carrées di les (oio» des Cénc 17/i MONUMENTS DE L'ARCHITECTURE MILITAIRE, ETC. elles défendaient le petit port qui sert encore à la douane et dont je joins ici le plan. A la plus grande des deux vient s'appuyer la jetée mo- derne du port ; celte tour possède une citerne et pouvait servir de re- fuge en cas de besoin à une partie de la garnison de la ville. Ces défenses, qui devaient avoir quelque analogie avec le château de Ma- raclée, sont peu éloignées du rivage auquel elles étaient reliées par une petite jetée formant le côté oriental du port, et dont j'ai vu les restes il y a moins de dix ans. Ces deux ouvrages ont encore aujour- d'hui environ 6 mètres de hauteur, et la tour b sert de soubassement à une construction turque relativement moderne, ruinée parles boulets anglais en i84o. Sur ses débris on a installé récemment un feu des- tiné à fixer les positions des navires qui viennent mouiller à Beyrouth. Quant à la jetée c, qui ferme aujourd'hui le port vers le nord, je l'ai vu construire, il y a peu d'années, sur les restes de la jetée du moyen âge dont les débris se distinguaient fort bien sous l'eau. Quant à la passe actuelle d, elle a été ouverte dans la jetée du moyen âge lors de l'établissement du port moderne. l).IKIîLh:H. lil cinnii >(i\iiil ■(.!■.■ à Di.'lilrli les ivslo 111111 li.il'l iviilii ^ w ^ t * »* * • < ■' i » • '#• » ,' ^' /» #* ^ .^ ' .^. • W^ " ^ *^ ■ • '#• / . /.- Kl ' '-» • '...;.^^ '^, 0^ m'^^'*^ LAODICEE. A ljiii)(licr« le [njrl coiisisUiil en utu* |)(>lite haie ([lûiDe ligne «le b;^ PORT ^ récifs ffriiiail du côlé du larj[e. On ne pouvait entrei' dans ce mouil- 178 MONUMENTS DE L'ARCHITECTURE MILITAIRE, ETC. lage que par une passe étroite resserrée entre la tour A , qui aujour- d'hui porte le phare moderne, et l'extrémité de la jetée, construite sur les rochers et dont le musoir était encore intact il y a quelques années. La tour qui défendait cette entrée est de grande proportion et affecte, ainsi qu'on en peut juger par le plan, une forme assez singu- lière : elle est bâtie en équerre dont l'angle serait noyé dans un seg- ment de cercle. On voit encore un énorme anneau de fer scellé dans la base de cet ouvrage du côté de la passe, et qui était destiné à atta- cher la chaîne du port. Nous savons par les historiens arabes que cette tour était consi- dérée comme l'ouvrage le plus sérieux des défenses de la ville de Laodicée,fort commerçante à cette époque. Un tremblement de terre, survenu en 1287, ayant endommagé les murs de la ville ainsi que la tour qui nous occupe, et renversé le phare qui la couronnait, l'émir de Sahyoun, Hassan-ed-din-Torontaï, profita de cette circonstance pour s'emparer de Laodicée. Ayant donc assiégé la tour du port, il plaça ses machines sur la jetée dont on voit encore les restes et qui reliait la tour à la terre ferme. Les murs de cet ouvrage avaient été fort ébranlés par le tremblement de terre et ses défenseurs durent capituler le di- manche 5 de rabi premier 686. Des quais, dont on voit en B une partie assez considérable, avaient été établis sur le pourtour de ce poit, qui, bien que s'ensablant chaque jour, sert pourtant encore de refuge aux barques des pécheurs de la ville moderne de Lattakieh. ENCEINTES DES VILLES. Los enceinlcs élevées par les croisés autour des villes qu'ils possi'-- daieut en Terre Sainte sont aujourd'hui fort peu tionibreuses. Ce u'esl (jue dans les ruines des cités abandonnées à la fin des croisades et ne s'étant jamais relevées dejiuis, que des reslef* do quelque inlértH sont parvenus jusqu'à nous. Partout aiilourg, à Tripoli. îi Beyroulli. à Acre, à Saida, à Jalla, etc., les murailles du moyen A(;e uni été exploitées pour fournir des matériaux do construction; de telle sorte (|u'elk'8 ont presque entièrement disparu, ou qu'il n'en subsislo plus ipie des ves- liges méconnaissables. Les Lalins semblent n'avoir attacbé qu'une iinporlance secondaire aux murailles des villes, dont les défenses sont inconqtarabloment plus faibles que celles des eliâteaux. Dans ces derniers nous trouvons adoptées, dès le tif siècle, des dispositions défensives que nous ne ver- ions ajiparaître dans les enceintes qu'au milieu du siècle suivant. NoiLS avons dit plus haut que les premières villes dont les Francs se ri'tiilireiit maîtres (Mares. Antioche. Edesse) avaient été fortifiées par des ingénieurs byzantins, et nous avons exposé sommairement, dans l'introduction , ce que Procope nous apprend au sujet de la fortillration (jrecque du Bas-Empire'. Il nous faudra donc recliercber riulluence ' \'nw»i.e.l>t.1idijimi. I. U.c. III. 180 MONUMENTS DE L'ARCHITECTURE MILITAIRE exercée par ces enceintes sur le tracé des murailles élevées en Palestine par les Latins. L'étude de l'enceinte byzantine d'Antioche, quils se bornèrent à ré- parer et à entretenir quand ils furent devenus possesseurs de cette ville, nous occupera d'abord; Ascalon, ensuite, nous fournira un autre exemple de lignes de défenses, selon toute apparence, d'origine byzan- tine, mais remaniées par les croisés, tandis que les murailles de Dje- bleh, de Tortose, de Giblet et de Césarée nous offriront des spécimens d'enceintes tracées et édifiées par les Francs de Syrie, pendant la durée du royaume latin. De même qu'en France, on parait avoir de bonne heure reconnu, en Terre Sainte, que le système de fortification usité au moyen âge ne se prêtait à des défenses trop étendues qu'en perdant une partie de sa force. On renonça donc aux vastes enceintes byzantines, qui fai- saient d'Edesse et d'Antioche plutôt des camps retranchés que des villes fortifiées , et l'on s'attacha à réduire les cités à des proportions suscep- tibles d'une bonne défense. Le château servait de citadelle et protégeait la ville dont il faisait partie. Soit que, comme à Jérusalem, à Laodicée ou à Giblet, il s'éle- vât au point culminant, ou que, comme à Tortose, à Césarée ou à Sajette, il fût construit au bord de la mer, il était toujours bâti à un angle de la place et possédait des communications directes avec la cam- pagne. La garnison pouvait, de la sorte, chercher un refuge dans ce réduit après la prise de la ville, et être, par les dehors, ravitaillée ou secourue. Djebleh, Tortose et Giblet étaient, ainsi que je l'ai déjà dit, entourées d'enceintes munies d'un fossé et flanquées de saillants barlongs d'un faible relief. Ces murailles étaient protégées contre les attaques de l'assaillant plutôt par leur force passive que par les DES CROISÉS EN SYRIE. 181 moyens de résistance dont les avaient dotées les ingénieurs qui les élevèrent. Mais ce n'est qu'au milieu du xni*^ siècle que, transformé par l'expé- périence acquise durant les guerres continuelles dont la Syrie était alors le théâtre, l'art militaire franco-oriental produisit les murs de Césarée. Leur tracé, l'espacement régulier des tours, les bonnes dispositions défensives qu'elles présentent et que nous n'avons trouvées jusque-là que dans les forteresses, tout indique un grand progrès dans l'art de la défense des places. ANTIOCHE. La première ville importante que rencontrèrent les croisas h leur entrée en Syrie fut Aritioche. Cité grande et illustre dès le temps des sucresseni-s d'Alexandre, elle ne décrut pas lorsqu'elle devint la résidence préférée de plusieurs empereurs romains. Ses temples fameux au loin, ses oracles, ses jeux olyn]j)iques, ses fonUiines et son l)ois de Dajiliné consacn^ aux amours d'Apollon, l'avaient rendue chère au paganisme. Lue illustration bien différente attendait cette ville, quand dauf ses murs les disciples de l'Évanjjile prirent pour la première fois le nom de cliri^tiens, et qu'elle i-eçut saint Pierre pour évèque. Peu après, le sang des martyrs la (it compter parmi les métropoles de l'Eglise naissante, et son siège patriarcal étendit sa juridiction sur vingt provinces et autant d'évêcliés. La ville était située au pied des montagnes, dans une plaine fertile, de médiocre étendue, arrosée par l'Oronte. A peu de distance, au nord, se trouve un lac très-|)oissoinieux, nommé le lac Blanc. Le port de Séleucie, voisin de rembnuclinre du tleuve, étant l'échelle maritime de cette ville, concourait aussi à aug- menter l'importance politique et coninierciale d'Atitioche. importance ([n'elle sut conserver longtemps en dépit d'événements souvent désas- treux pour elle. Aussi les princes qni étaient à la tête de l'ainn'e chrétienne sentin'nt- 184 MONUMENTS DE L'ARCHITECTURE MILITAIRE ils, dès Tabord, de quelle utilité serait pour eux la possession d'An- tioche. Elle leur servirait de base d'opération pour la campagne qu'ils allaient entreprendre, en leur assurant la soumission du pays. C'est ce que M. le comte Beugnot a remarqué fort judicieusement en ces termes* : tr Ils comprirent que la possession de la ville sainte dé- ff pendait pour eux de la conquête et de la possession assurée de la ff Syrie entière, et quand leurs soldats, à peine sortis de Constanti- crnople, leur demandaient à grands cris de marcher droit sur Jérusalem, rrils s'occupèrent d'établir deux principautés : celle d'Edesse et celle rrd'Antioche, qui devaient être dans leur idée et qui furent en effet, a au nord-est, les remparts du royaume de Jérusalem. -n Comme à Nicée, les guerriers francs allaient se heurter à Antioche contre une ville fortifiée par des ingénieurs grecs, et qu'une trahison récente venait de livrer aux musulmans. L'état de guerre permanent dans lequel se trouvait le Bas-Empire, toujours en lutte pour résister à l'invasion des barbares et à celle plus redoutable encore de l'islamisme, avait fait faire de rapides progrès à l'art de l'ingénieur militaire. Nicée, Mares, Edesse, Antioche, Diarbekir, Dara, Anazarbe et tant d'autres villes dont nous voyons encore les ruines, possèdent des mu- railles ou des châteaux élevés sous les règnes des empereurs Justinien, Constance, Anaslase et Léon. Nous y voyons mis en œuvre le système de fortification décrit par Procope. Le même auteur nous apprend que, Justinien ayant décidé la réédi- fication d' Antioche, on en releva les murailles en modifiant le plan primitif, dont le tracé défectueux avait amené la prise et la destruction de la ville antique par Chosroès. r * Reu^ot, h\b\, de V Ecole des chartes, 3* série, t. V, p. Sa. DES CROISÉS EN SYRIE. 185 Ce qui de nos jours subsiste encore de ces remparts concorde bien avec la description que cet auteur en donne au chapitre x de son livre De Mi/iciis. Nous avons donc sous les yeux un spécimen assez complet de Tart militaire byzantin, durant les dernières années du v* siècle. Aussi, en étudiant avec quelque soin Tenceinte d'Antioche, y reconnaît-on facile- ment les réparations faites à la suite du tremblement de terre survenu en Tannée 976. C'est également à cette époque qu'il faudrait, d'après l'historien arabe Ibn-Ferat, attribuer la citadelle dominant l'une des collines comprises dans l'enceinte, et formant le point culminant des défenses de cette ville. Gomme on peut le voir par le plan (pi. XVII), la ville moderne d'Antaki s'élève dans l'angle nord- ouest de l'enceinte et n'occupe qu'une partie bien restreinte de l'énorme espace qu'entourent les murailles et dans lequel quatre collines se trouvent comprises. Les restaurations faites à ces murailles au temps de la domination latine se retrouvent parfaitement, surtout à l'angle sud-est. La trop grande étendue de cette ligne de défense fut toujours une cause de faiblesse, qui amena rapidement la prise d'Antioche, quand elle n'eut pas une armée enfermée dans ses murs pour fournir un nombre de défenseurs proportionné au développement des remparts. Il y a trente-cinq ans environ , l'enceinte de cette ville était à peu près intacte. Combien nous devons regretter qu'un plan régulier n'en ait pas été levé alors ! Malheureusement, pendant la domination égyptienne en Syrie, elle fut exploitée comme une véritable carrière pour la construction des immenses casernes qu'y fit alors élever Ibrahim-Pacha. C'est par la face nord, à partir de la porte du pont, que je commen- cerai l'étude des remparts. Cette porte (lettre du plan A) est encore intacte ainsi que le pont, qui parait remonter à l'épocpie romaine. 9& 186 MONUMENTS DE L'ARCHITECTURE MILITAIRE Toute cette portion de l'enceinte est aujourd'hui fort dégradée ; les tours qui sont encore debout ont été transformées en maisons particu- lières, et il reste peu de traces des courtines. Depuis l'angle nord-ouest, où le rempart s'infléchit brusquement au sud, jusqu'à la porte Saint- Georges, tours et murailles sont dérasées jusqu'au niveau du sol, de telle façon que le plan seul en est reconnaissable. Nous lisons, dans la description de Guillaume de Tyr ^ , que cette porte était une des cinq principales entrées de la ville. Elle s'ouvre dans la face occidentale de l'enceinte , et les bases des deux tours qui la flanquaient sont assez bien conservées; en avant de cette partie des murs se trouve un ravin nommé Ouady-Zoîha^ sur lequel était jeté un pont B dont les traces sont en- core visibles et qui donnait accès à la porte Saint-Georges. Presque aussitôt la muraille s'élève rapidement le long du flanc de la montagne en couronnant l'escarpe du ravin. Sur la pente de la colline et dominant un peu la porte Saint-Georges, se trouve la base d'une énorme tour pentagonale G, qui fut, je pense, une de ces maî- tresses tours dont j'ai parlé plus haut et que les Byzantins désignaient sous le nom de (ppovpà. Une des planches du grand ouvrage de Cassas, publié en 179g, donne l'aspect que présentait cette partie des murs d'Antioche, à peu près intacte à cette époque. Je crois pouvoir garantir l'exactitude de ce dessin, parce que, d'une part, j'y trouve tout ce qui subsiste encore et que, de l'autre, le tracé du plan de cette portion des remparts coïn- cide parfaitement avec la perspective que donne la planche d'après la- quelle a été dessiné le bois ci-joint. Le sommet de la colline présente un mouvement de terrain assez doux, mais qui, cependant, suffit à déterminer le tracé de la muraille ' Guill. de Tyr, I. IV, c. xiii. DRS CROISÉS EN SYRIE. 187 qui, à partir du haut de l'escarpement, s infléchit au sud-sud-est jus- qu'au château. Dans l'antiquité, cette colline était désignée sous le nom d'Iopolis. A cette époque, l'aqueduc qui amenait dans la ville les eaux de la fou- 188 MONUMENTS DE L'ARCHITECTUBE MILITAIRE taine de Daphné, et dont les restes sont parvenus jusqu'à nous, s'ap- pelait Àquœ Trajani '. De ce côté les défenses sont assez bien conservées, et j'ai pu des- siner la coupe et le plan de l'une des tours demeurées debout. Elles sont toutes bâties sur le même plan carré, et ne présentent entre elles que des dilîérences insignifiantes. Ces tours sont construites en pierres de taille, avec des cordons de Fig. 48. briques régulièrement espacés; les portes sont à linteaux carrés avec arcs de décharge. Ainsi qu'on peut le voir par le plan et la coupe ci- joints, elles ont presque toutes trois étages de défenses. Au rez-de-chaussée, un couloir, sur lequel s'ouvre l'escalier mon- tant à l'étage supérieur, conduit dans la salle, qui n'est éclairée que par des meurtrières percées dans ses murs. L'escalier occupe à peu ' Anùquiiatet AntioeKenœ, Olfried Huiler, M^m. de l'acad. de GÔttîngue , t83&. DES CROISÉS EN SYRIE. 189 près la moilié de la largeur de l'édiBce. 11 donnait accès en même temps au chemin de ronde des courtines par des portes s'ouvrant sur le palier supérieur. Cette partie de la tour était subdivisée en deux par un plancher, et formait de la sorte deux étages de défenses. -i- Quant au couronnement, il n'en reste plus trace, et je crois pouvoir affirmer qu'il ne subsiste plus un créneau sur toute l'étendue des murs d'Antioche. L'épaisseur du rempart entre les tours est de a mètres environ. En beaucoup d'endroits le chemin de ronde existe encore, et l'on peut facilement constater qu'une partie de sa largeur est prise en en- corbellement. Plusieurs poternes sont percées dans celte partie des remparts. Elles sont du reste signalées par te chroniqueur, qui nous apprend qu'elles permettaient aux assiégés de recevoir des approvisionnements qu'ap- portaient les montagnards. C'est indubitablement vers ce point que les croisés pénétrèrent dans 190 MONUMENTS DE L'ARCHITECTURE MILITAIRE la place, et nous devrons y chercher la tour des Deux-Soeurs, quand nous arriverons à cette partie de notre étude. Sur la troisième colline comprise dans le périmètre des murailles, et nommée dans l'antiquité montSilpius^ s'élève le château, qui affecte la forme d'un triangle allongé. 11 a remplacé l'acropole antique, et Raimond d'Agiles le nomme Colax. Avant d'y arriver, en suivant le pied du rempart, on voit à l'intérieur de la ville un vaste réservoir circulaire D. Il est de construction an- tique, et, selon toute apparence, était jadis alimenté par un aqueduc souterrain amenant l'eau d'une source située dans les montagnes voi- sines. Aucun changement essentiel n'a été apporté aux dispositions du château durant la domination franque, ainsi qu'on en peut juger par le plan. Seulement en r (pi. XVIl) on a^ait élevé des bâtiments dont il ne reste plus que des ruines, au milieu desquelles gisent des chapi- teaux romans et des débris de nervures. Non loin, en «, se voit l'ori- fice d'une citerne. Ce réduit tire toute sa force de sa position sur un rocher presque inaccessible, ses défenses étant plus que médiocres. Au sud et à l'ouest il est flanqué de tourelles rondes d'un très-faible diamètre et massives dans toute leur hauteur. On y pénétrait par une poterne qui se trouve encore à Tangle sud-ouest. Le continuateur de Tudebode en parle comme d'une forteresse inex- pugnable, flanquée, dit-il, de quatorze tours. Au delà de cette citadelle, la montagne ne présente plus qu'une arête escarpée plongeant rapidement dans le ravin dit des Portes-de- Fer. Dans cette partie la muraille suit le rocher; vers le fond du ravin elle est tracée en lignes à crémaillère. Le texte de Procope, relatif aux travaux que Justinien fit élever DES CROISÉS EN SYRIE. 191 dans la gorge qui porte de nos jours le nom de Bté-^l-Hadid, est la meilleure description que l'on puisse donner de ce site. (rDeux montagnes escarpées dominent la ville : Tune se nomme crTOrocassiades, l'autre le mont Stauris. fr Elles sont séparées par un précipice au fond duquel coule, au temps ff des pluies, un torrent nommé l'Onopniètes , descendant des hauteurs cr voisines. Parfois il grossit subitement et cause des dégâts dans la ff ville en sortant de son lit. Pour parer à cet inconvénient, l'empereur çr Justinien flt élever d'une colline à l'autre une forte muraille, barrant ff ainsi le ravin de manière à ne laisser passer à la fois qu'une certaine (T quantité d'eau. Des ouvertures percées dans cette digue lui permet- te taient de s'écouler lentement, de telle sorte qu'elle cessa d'occasion- frner des ravages dans Antioche^^ Sur l'escarpement oriental du torrent une autre muraille, également tracée en crémaillère, relie la jetée, presque encore intacte, aux tra- vaux de défense qui existent sur la colline nommée autrefois nwnl Stauris. Au delà de cette gorge l'enceinte reprend jusqu'à l'angle sud-ouest de la ville. Là une tourelle ronde E, munie d'un talus à sa base, ainsi que plusieurs raccords dans les courtines, dénotent au premier coup d'œil l'œuvre d'ingénieurs occidentaux du \\f siècle. A partir de ce point, la muraille s'infléchit au nord et est bâtie sur la déclivité de la montagne. De ce côté se voient plusieurs tours en saillies prismatiques sur les dehors de la place. Elles sont construites en pierres de taille de moyen appareil , et leurs voûtes intérieures sont en briques. Le rez-de-chaussée est occupé par une salle percée de meurtrières et * Procope, De MAificiiê, 1. II, c. x. 199 MONUMENTS DE L'ARCHITECTURE MILITAIRE s'ouvrant vers la place par une arcade en plein cintre. Elles n'ont pas d'escalier, et c'était par la banquette du rempart qu'on pénétrait dans Fij. 60. l'étage supérieur présentant les mêmes dispositions défensives que le rci-de-chaussée. Cette partie des murs d'Antioche semble avoir été re- Fig. 5.. maniée, probablement à la suite de tremblements de terre, et offre cette particularité que le cbemin de ronde des courtines est établi sur DES CROISÉS EN SYRIE. 193 des arcades supportées par des contre-forts appliqués au rempart. Deux poternes a et 6 faisaient communiquer directement cette partie de la ville avec la campagne. A en juger par le nombre de poternes que nous voyons dans les murs d'Antioche, il y a lieu de penser qu'à Tépoque où ils furent éle- vés les architectes byzantins ne considéraient pas, ainsi qu on le fit gé- néralement plus tard, durant tout le moyen âge, l'existence de nom- breuses issues comme une cause de faiblesse pour les villes fortes dont elles formaient alors les points vulnérables. 11 est vrai que Ténorme développement des murailles dont Tétude nous occupe rendant à peu près impossible l'investissement complet de la place, des communications faciles avec les dehors, vers les mon- tagnes , présentaient certains avantages. Elles permettaient l'entrée des renforts ou des approvisionnements que pouvaient ramener les sorties opérées par la garnison, et facilitaient une issue aux espions ainsi qu'aux messagers porteurs de dépêches. C'est au bas de la colline nommée mont Stauris que se voit encore la porte de Sainir-Paul (Bab-Boulos), tirant son nom, nous dit le chro- niqueurs de ce quelle cresloit dessous le moustier de Saint Paul, qui ff est el pendant d'el tertre, r. Une fontaine, qui porte le même nom, jaillit à quelques pas, et Guillaume de Tyr^ dit que cette source, ainsi que le ruisseau qui cou- lait dans la ville, venait former un marais en avant de la porte du Chien, là où nous voyons aujourd'hui une prairie plantée de saules. Un amas de ruines, parmi lesquelles une baie en tiers point et des débris d'arcs ogives, se trouve en F, un peu au-dessus de la fontaine ; ce sont les restes de la célèbre abbaye qui a donné son nom à cette entrée d'Antioche. ' Guill. de Tvr, I. IV, c. xiii. — * M. I. IV, c. xiv. 93 194 MONUMENTS DE L'ARCHITECTURE MILITAIRE De la porte Saint-Paul le mur et les tours sont assez bien conservés jusqu'à Tangue nord de la ville; mais à partir de ce point où le rem- part tournait à l'ouest, on ne peut plus suivre que des monceaux de décombres, qui jalonnent le tracé de l'enceinte à travers les jardins. Les murailles antiques s'élevaient au bord même de TOronte ; mais lorsque Justinien les fit remplacer par celles qui nous occupent en ce moment, il arriva, par suite du nouveau tracé adopté alors, que l'angle seul de la nouvelle cité, vers la porte du Pont, se trouva tangent au cours du fleuve. Procope nous apprend encore que, pour remédier à cet inconvénient, on creusa un canal de dérivation qui amenait l'eau de rOronte dans un fossé profond régnant en avant de la partie nord des murs de la ville. Mais fossés et canal paraissent s'être, à la longue, transformés en marais, sur lesquels il fallut établir des chaussées et des ponts, comme nous le voyons par le passage suivant du chroni- queur... ffOu costé devers bise a trois portes, qui toutes issent au rrflums; celé desus a non la porte del Chien : uns ponz est delez celé cr porte à quel en passe une paluz et une niareschieres qui sont delez crie mur; la seconde est orendroit apelée la porte le Duc; li flums est crbien loing une mile de ces deux portes. La tierce a nom la porte del rrPont parceque li pons est iluesques à que l'en passe le Oum; quar pr entre la porte le Duc, qui est el milieu de ces trois, et ceste qui est CT dernière de ce coste s'aproche si li flums de la ville qui dès ilec il cr s'en cort tôt costoiant les murs K..^) Je n'ai pu me procurer qu'une seule iconographie d'Antioche^ (pi. XVIIl) paraissant remonter au xm* siècle, et d'après laquelle la porte du Duc était toute voisine du point où le ruisseau qui traverse la ville, venant des Portes-de-Fer, passait sous le rempart. Or nous ' Guill. deTyr, I. IV, c. xiii. du inanuscrit n° AgSg du fonds latin de la ' Cette iconographie est tirée du folio 98 Bibliotlièque impériale. DES CROISÉS EN SYRIE. 195 lisons, au xiv*" chapitre de Guillaume de Tyr, que les eaux de la fon- taine Saint-Paul et celles de i'Onopniètes venaient se perdre dans un marais en avant de la porte du Chien, tandis que Raimond d'Agiles dit que TOronte passait à une portée de trait de la porte du Duc. Il me reste maintenant à exposer brièvement ce que nous savons des positions occupées par les divers corps de l'armée chrétienne sous les murs d'Antioche. Les Latins, après avoir franchi l'Oronte au pont de Fer, vinrent cam- per sur la rive gauche du fleuve, dans les prairies qui s'étendent sous les murs de la ville. La gauche de leurs lignes s'arrêtait devant la porte Saint-Paul et la droite vers celle du Pont, bien que plus tard elles aient été portées jusqu'à la porte Saint-Georges. L'investissement demeura donc incom- plet, puisque toute la partie des murailles située sur les montagnes ne fut point bloquée. Durant le cours du siège, des redoutes ou châtelets furent élevés par les Francs devant les portes principales pour arrêter les sorties. En avant de la porte Saint- Paul, c'est-à-dire à l'est de la ville, vinrent camper Tancrède, Roger, comte de Flandre, ainsi que Rai- mond, avec leurs gens, et en arrière d'eux se plaça le corps auxiliaire grec commandé par Tatice. Dans la prairie, à droite du camp des princes de Sicile, le duc Robert, le comte de Blois et le duc de Normandie dressèrent leurs tentes, qui s'étendaient jusqu'à l'angle nord-est de la place. Devant la porte du Chien et celle du Duc s'installèrent le comte de Toulouse et l'évêque du Puy. Le duc de Lorraine, enfin, occupait la droite des cantonnements, mais les nécessités du siège amenèrent l'établissement de postes jusque vers la porte Saint-Georges, à l'ouest de la ville. 95. 1% MONUMENTS DE L'ARCHITECTURE MILITAIRE D après les auteurs arabes, les Latins établirent en avant de leur camp, vers la ville, un fossé de circonvallation. L'histoire de ce siège mémorable a été faite trop souvent pour que je pense devoir m'étendre sur ce sujet, et je me bornerai à traiter seulement l'épisode final qui amena la prise d'Antioche, et sur lequel mes recherches paraissent jeter quelques lumières nouvelles. Les auteurs qui ont écrit jusqu'à présent sur le siège d'Antioche se sont préoccupés de déterminer, approximativement du moins, la posi- tion de la tour des DeuxSceurs. Malheureusement aucun de mes de- vanciers n'avait à sa disposition un plan topographique régulièrement levé des murailles de la ville et de ses environs. Nous lisons, dans les auteurs contemporains, que vers les montagnes la place n'avait pu être investie, et que chaque jour les Syriens et les Ar- méniens ravitaillaient les défenseurs de la ville par des poternes situées dans cette partie de l'enceinte. Les difficultés du terrain semblaient 4éfier toute attaque sérieuse de ce côté, et, par contre, les postes de- vaient être moins nombreux et se garder avec moins de vigilance, se croyant plus en sûreté. C'est donc là qu'il faut chercher les tours gardées par l'Arménien Firouz. Le texte de Guillaume de Tyr {secus partam Sancti Georgit) me semble avoir induit en erreur M.Poujoulat* et après lui M. Peyré^ en leur faisant chercher la tour des Deux-Sœurs trop près de la porte Saint-Georges. De la lecture attentive de tous les chroniqueurs il résulte pour moi, à n'en pouvoir douter, que cette tour devait être à la partie su- périeure de la ville. J'espère parvenir à démontrer victorieusement que c'est la tour d^ située à l'angle sud-ouest de la place et couronnant l'es- ' Correspondance d*Orient, t. VU, p. iSâ. — * Histoire de la première croisade, c. xxxiv. DES CROISÉS EN SYRIE. 197 carpement de la montagne, tel, de ce côté, que toutes les tours, malheu- reusement détruites il y a une trentaine d'années, se dominaient les unes les autres, et que le chemin de ronde des courtines, qui les reliait entre elles, était un escalier. On en peut juger par la belle planche de Cassas, dont j'ai déjà parlé, et qui fut dessinée alors que ces murs étaient encore debout. Chaque nuit, nous dit Guillaume de Tyr dans sa relation du siège d'Antioche^ un officier, accompagné de porteurs de flambeaux, faisait une ronde d'inspection sur les remparts, visitant tous les postes pour s'assurer que le service n'était pas négligé. Or la position de cette tour au sommet de l'escarpe de la montagne et au point où l'enceinte s'infléchit au sud -est permettait à ceux qui l'occupaient de voir à droite et à gauche une grande étendue de murailles; de telle sorte qu'ils n'avaient point à craindre d'être surpris par la venue inopinée de l'officier chargé de la surveillance des remparts. 11 y a encore une raison plus concluante pour ne pas chercher la tour des Deux-Sœurs trop près de la porte Saint-Georges : c'est que cette partie des murs s'élevait aux bords de l'Ouady-Zoiba, qui forme de ce côté un véritable précipice rendant toute approche impossible. Je vais donc essayer d'établir mon opinion par les textes des auteurs témoins de l'événement dont nous nous occupons et qui, en même temps, concordent parfaitement avec ce que j'ai relevé sur le terrain. Tudebode nous apprend que Firouz, après s'être engagé à livrer Antioche aux croisés, invita Bohémond à faire prendre ostensiblement les armes à ses troupes et à simuler une de ces courses si fréquentes que faisaient les Francs durant ce siège, dans le but d'approvisionner leur camp; puis à opérer brusquement son retour par les montagnes ^ Guillaume de Tyr, I. V, chap. xxi. 198 MONUMENTS DE L'ARCHITECTURE MILITAIRE qui étaient à droite du camp, afin de se rapprocher pendant la nuit des murailles au sud de la ville. Il y a donc tout lieu de penser que le «i juin 1098, en quittant le camp vers trois heures de l'après-midi , le prince de Tarente , après s'être avancé à l'ouest jusque vers le point oii se voit de nos jours le village moderne de Beit-el-Ma, qui a remplacé l'antique Daphné, se sera en- gagé dans le ravin qui vient en ce lieu se réunir à la vallée de l'Oronte et y sera demeuré embusqué jusqu'à l'heure convenue. 11 aura fait aloi*s remonter ses gens vers les murs d'Antioche par l'une des gorges qui se trouvent sur la rive droite de ce vallon, et les y aura laissés cachés jusqu à ce que les cinquante premiers combattants, s'étant approchés de la tour où commandait Firouz, aient pu pénétrer dans la ville par l'échelle attachée à l'un des créneaux de la courtine. Le nombre des sergents à pied qui accompagnaient Bohémond dans cette attaque était d'environ sept cents. Ce fut un interprète nommé Lambert qui s'approcha le premier du mur et qui, après l'échange d'un signal convenu à l'avance ^ adressa en grec la parole à Firouz^. L'échelle ayant été hissée à l'aide d'une corde et attachée à l'un des merlons du parapet, Foulcher de Chartres monta le premier sur le rempart, oii il fut bientôt suivi par ses compagnons. Ce qui établit d'une manière irréfutable que les Latins avaient réussi à s'approcher beaucoup des murailles de la ville, tout en demeurant cachés, c'est l'exclamation de Firouz à la vue du petit nombre des compagnons de Foulcher : Micro Francos écho m e^ ! Soixante guerriers environ étaient déjà montés et occupaient les tours confiées à la garde de Firouz, massacrant tous ceux qu'ils rencontraient, * Le jet d'an certain nombre de cail- * Tudebode, I. IV, chap. xx. loiix. * Orderic ViJal, 1. IX, chap. ix. DES CROISÉS EN SYRIE. 199 quand, à la demande de ce dernier, un homme d'armes lombard re- descendit et vint à Bohémond pour l'avertir qu ils étaient déjà maîtres de trois tours et qu'il fallait se hâter d'amener du renfort ^ . Un vent violent qui soufflait cette nuit empêcha les gardes des postes voisins d'entendre le bruit causé par ces divers événements; du reste, le silence le plus absolu était naturellement observé par les Francs. Plusieurs chefs avaient accompagné Bohémond, et, dès que celui-ci fut maître des premières tours, ils se hâtèrent de rentrer au camp pour diriger leurs troupes vers la porte du Pont. Le point du jour approchait, et, tous les compagnons du prince dt* Tarente se précipitant à l'envi , l'échelle se trouva tellement surchargée qu'elle entraîna le meHon auquel elle était accrochée, et sa chute causa la mort de plusieurs des assaillants. Les croisés cherchèrent alors à tâtons une poterne*^ qui était à la gauche de la tour des Deux Sœurs, et, l'ayant enfoncée, tous péné- trèrent dans la ville'. Ceux qui étaient sur les murailles se rendirent maîtres de dix tours sans un seul cri et sans que l'alarme eût été don- née dans Antioche. Guillaume de Tyr dit encore que ce furent ceux qui entrèrent par la poterne qui , massacrant tout devant eux , allèrent ouvrir la porte du Pont aux troupes restées dans le camp^. Pendant ce temps l'aube avait paru et le prince de Tarente fit éle- ver son étendard sur le sommet de la colline voisine du château. ' Tudebode, De HierosoL iûnere, xvii. chAleaa en ae dirigeant vers Tangle sud- ' Cette poterne, qui est assez basse. ouest de la ville (pi. XVII). existe encore et est parfaitement conservée ' Guillaume de Tyr, I. V, chap. xxii. — h la gauche de la tour d, que je considère Tudebode, De Hieraeolymùano itinere, xviii. comme ayant éié la tour des Deux-Sœurs, * Twleboduê abkreviatuê , \\\n, Hist. LaL et qui se trouve être la dixième è partir du de$ erwsadei, t. IV. 200 MONUMENTS DE L'ARCHITECTURE MILITAIRE La tour e se trouve au point le plus élevé de cette partie des murs d'Antioche. Elle est en vue de toute la ville et en face du château, dont elle est séparée par un repli de terrain. Gomme il est incontestable qu'elle était une des dix tours occupées par les compagnons de Bohé- mond, je pense que ce fut à son sommet que dut être déployée la bannière du prince. Les portes de la ville furent à peine ouvertes que les Latins se pré- cipitèrent en foule et Grent un grand carnage de la population mu- sulmane d'Antioche. Néanmoins un grand nombre de Turcs eurent le temps de se réfugier dans la forteresse. Les princes chrétiens reconnurent bientôt que leur succès demeu- rerait incertain tant qu'ils ne s'en seraient pas rendus maîtres, ils vou- lurent d'abord l'emporter de vive force; mais, dit Raimond d'Agiles, ils ne tardèrent point à juger que sa position inexpugnable rendait sa prise impossible autrement que par la famine. Si Ton se rappelle la situation de cette citadelle, d'après ce que j'en ai déjà dit dans la description générale donnée des fortifications d'An- tioche, on saura qu'elle s'élève sur une montagne dominant la ville; de plus, elle est entourée, de toutes parts, d'escarpements , excepté vers l'occident, et là elle n'est séparée des montagnes voisines que par un petit vallon assez étroit où vient aboutir l'unique sentier qui la met en communication avec la cité. Les chefs se résolurent donc à former le blocus du château en bar- rant ce passage par un retranchements J'ai dit plus haut que les compagnons du prince de Tarente s'étaient rendus maîtres de dix tours, dont ils avaient massacré les défenseurs; or, il se trouve que, la tour d étant admise comme celle des Deux- ' Raimond d'Agiles, collection Guizot, t. XX, p. â68. DES CROISÉS EN SYRIE. 201 Sœurs, la onzième (/) est la dernière avant le château qui la domine, et auquel elle est reliée par le rempart. Cette tour est située sur la pente même de la hauteur que couronne la forteresse et devint, durant le temps que les musulmans furent encore maîtres du château, le théâtre d'actions héroïques où plusieurs croisés trouvèrent une mort glorieuse. Voici en quels termes Robert le Moine raconte le premier de ces épisodes : ff 11 y avait fort près du château et en contre-bas une tour dont Bohé- cr mond s'était déjà emparé et d'où il se disposait à diriger des attaques cr contre la forteresse, mais l'ennemi ayant repris courage se mit à acca- cr hier de traits et de projectiles ceux qui l'occupaient. Le lieu était étroit îr (c'était le chemin de ronde qui formait le théâtre du combat); de cr telle sorte que dans leurs attaques contre la tour les Turcs étaient obli- ffgés de s'avancer à la suite les uns des autres, le chemin ne permet- (T tant le passage qu'à un combattant à la fois. Dans cette lutte terrible crBohémond fut blessé d'une flèche à la cuisse, et, épuisé par la perte (T de son sang, il dut se retirer dans une autre tour voisine. Un des nôtres frétait resté dans la tour et, à la grande admiration de l'armée, soutint rrseul le choc des assaillants; puis, hérissé de traits et voyant qu'il n'y cr avait plus aucune chance de salut pour lui, il se précipita au milieu crdes Turcs, où il trouva une mort glorieuse. Son nom était Hugues le crForcenez; il était à la suite de Geoffroy de Monlcayeux.T? La possession de cette tour, témoin de la valeur de Hugues le Forcenez, parait avoir été le sujet de nouveaux engagements, comme nous le lisons dans Albert d'Aix : crUne tour, entre autres, était restée sans gardes; elle s'élevait sur fr la montagne vers le point où les Francs avaient fait un retranche- crment en terre, afin d'arrêter les sorties des défenseurs du château. 96 202 MONUMENTS DE L'ARCHITECTURE MILITAIRE (r Quelques musulmans, ayant reconnu Tabandon de cette tour, Toccu- trpèrent pendant la nuit, espérant avoir ainsi un moyen de prendre trroflensive contre la ville; mais les chrétiens qui étaient dans la tour cr voisine s'en aperçurent aussitôt. On vit alors Henri d'Hache, parent trdu duc Godefroi, s'armer rapidement et se précipiter vers cette tour, ff suivi de deux de ses proches, Françon et Sigmar, tous deux origi- crnaires de Mechel-sur-Meuse, pour tenter de déloger l'ennemi. Les ff Turcs se mirent alors en devoir de défendre la porte, et dans le (T combat Françon et Sigmar perdirent la vie; mais, de nouveaux ren- ff forts étant arrivés aux chrétiens, les musulmans furent enfin rejetés fT dans la citadelle, n Cette forteresse ne capitula qu'à la suite de la bataille d'Antioche. De l'aspect que présentent encore de nos jours les murailles d'An- tioche, on peut facilement préjuger ce que dut y être la domination latine. Cette ville n'avait été possédée que cinquante ans environ par les musulmans, qui, durant un laps de temps aussi court, ne purent guère modifier, d'une manière bien notable, l'aspect de cette cité essentiel- lement byzantine. Nous avons déjà dit que, depuis sa réédification, les empereui's grecs y avaient élevé, en outre, un grand nombre d'églises dont plu- sieurs étaient, par leur magnificence, célèbres dans tout l'Orient, des palais, des thermes, des aqueducs, etc. etc. La transformation des églises en mosquées parait avoir été le changement le plus considé- rable amené par la conquête arabe, car, quant à la population, nous savons qu'elle comptait encore dans son sein une grande quantité de Grecs et de Syriens chrétiens. Antioche, devenue capitale de la principauté qui porta son nom, ne cessa pas dès lors d'être considérée comme la ville la plus importante DES CROISÉS EN SYRIE. SOS de la Syrie, après Jérusalem. Ses princes comptaient parmi leurs vas- saux les seigneurs de Saône, de Margat, de Mamendoû, de Sourval, de Hazart, du Cerep, de Harrenc, de Soudïn, et une foule d'autres que nous voyons figurer dans les actes du temps. Leur cour, à l'exemple de celle d'un souverain, comportait toutes les grandes charges d'un Etat, car on y voyait un maréchal, un chan- celier, un connétable, un sénéchal, des chambellans, des bouteillers, un vicomte et un trésorier d'Antioche. De plus cette ville était le siège d'un patriarche qui avait de nombreux suffragants. Si nous recherchons ce que disent de ces monuments les voyageui*s de cette époque, nous saurons, par Vilbrand d'Oldenbourg, qu'au mi- lieu de la ville s'élevait la basilique de l'apôtre saint Pierre, devenue église patriarcale, et qu'on y voyait le tombeau de l'empereur Frédéric Barberousse^ Non loin de là, une église byzantine, en forme de rotonde, était dédiée à la Vierge et renfermait une image miraculeuse de Notre-Dame, en grande vénération parmi les Grecs. Vers l'extrémité orientale d'Antioche , le monastère de Saint-Paul se trouvait sur les premières pentes de la montagne, et l'on y remarquait surtout une petite crypte ornée de mosaïques à fond d'or où , d'après la tradition, saint Paul écrivit ses épitres. Cette chapelle était très- révérée et avait devant ses portes les tombeaux de Burchard de Mag- debourg, d'Oger, comte d'Oldenbourg, et de Wilbrand, comte d'Har- lemont. C'est au pied de cette même colline que s'élevait l'église placée sous le vocable de l'évangéliste saint Luc, et dont les restes se voient encore dans le cimetière latin qui se trouve en ce lieu. Dans 4e flanc de la hauteur que couronne le château se voit une ^ Peregrinatores medii œvi quatuor. Ed. Laurent, I^ipsick, 186&, p. 17*2-173. 36. 204 MONUMENTS DE L'ARCHITECTURE MILITAIRE, ETC. grotte, aujourd'hui changée en santon, mais qui alors était un ora- toire, et où, suivant la tradition locale, sainte Marie-Madeleine se serait retirée pour faire pénitence. A la base de la montagne était la basilique de Saint-Jean-Chr)- sostome, et sur la troisième colline comprise dans l'enceinte d'Antioche, c'est-à-dire vers l'ouest, se trouvait l'église Sainte-Barbe. En outre, on comptait encore dans cette ville un grand nombre d'autres églises, dont les plus importantes étaient celles des Saints Côme et Damien, de Sainte-Mesme, de Saint-Siméon, etc. etc., men- tionnées par le Cartulaire du Saint-Sépulcre. ASCALO^i. Ascaloii s'élevait ru bord de la mer. à égaie distanœ de Gaze e! il'Ibelin. Là, au milieu de jardins, aujourd'iiui envahis par les sableij. giseiil à demi enfouies les ruines de la ville du moyen ûge qui avait remplacé l'antique rite phénicienne dont elle a conservé le nom. Quand, en l'année i i&i, les croisés s'emparèrent de cette place, elle était défendue par des murailles byzantines nu du moins élevées par les Arabes d'après le même système. Une fois maîtres de la ville, les Francs y ajoutèi'ent de nouveaux ouvrages et réédifièrent une grande partie de Tenceiiite. Mais il est probable que la disposition du terrain les conti'aignit à ne pas s'écarter beaucoup du jdan primitif. Les débris qui subsistent encore de ces murs pei'niettent d'en suivre tout le périmètre. Le pian généi'ai de la ville est celui d'une demi-circonférence de 65o mètres de rayon environ, appuyée à la mer et formée de collines d'une élévation moyenne de i5 à i6 mètres. Quoifjne l'historien (îuillaume de Tyr les considérât comme élevées de main d'homme, elles me paraissent en grande partie nalurelles, A leur sommet est bilti le rempart. Aux deux extrémités nord et sud d'Ascalon, vers la mer, les mu- railles venaient s'am^ler à des ouvrages considérables, complètement 206 MONUMENTS DE L'ARCHITECTURE MILITAIRE ruinés aujourd'hui. Le plan de celui qui est à lextrémité sud est seul reconnaissable : cest un parallélogramme de 3 mètres de long sur une largeur de lâ, divisé intérieurement en deux pièces par un mur de refend percé d'une porte. Malheureusement le tout est dérasé à I mètre du sol. De la tour placée en vis-à-vis au nord de la ville, on ne voit plus que d'énormes pans de murs renversés tout d'une pièce et qui semblent n'avoir pu être projetés de la sorte que par un tremblement de terre ou par une mine. Du côté de la mer, c'est-à-dire à l'ouest, il ne subsiste maintenant que de faibles traces des murailles qui revêtaient les falaises. Les courtines formant les parties sud et sud-est de l'enceinte étaient flanquées de tours carrées de 6 à 8 mètres de côté. La hauteur pri- mitive de cette muraille parait avoir été de i o mètres environ. L'épaisseur du rempart est de 3 mètres t/s. 11 se compose d'un blocage de moellons noyés dans un bain de mortier, et le revêtement est en pierres de taille de petit appareil. Au dehors apparaissent des fûts de colonnes antiques, engagés transversalement dans l'épaisseur de la muraille, suivant un usage généralement adopté à cette époque, aussi bien par les musulmans que par les Francs. Aux XII® et \uf siècles on avait l'habitude d'établir, en avant des murailles des villes, des lignes de palissades formant ce que l'on appe- lait alors les lices de la place. Parfois aussi elles étaient plantées sur des ouvrages avancés et formaient des barbacanes devant les portes. II est probable que des défenses de cette nature précédaient les rem- parts dont l'étude nous occupe en ce moment; mais elles ont disparu sans laisser aucune trace. Malheureusement les restes de l'enceinte, dérasés sur la plus grande partie de leur hauteur primitive, sont pour ainsi dire ensevelis sous DES CROISÉS EN SYRIE. 207 d'énormes dunes amoncelées par le vent du midi, et qui peu à peu se sont élevées jusqu'à la hauteur même de la base des murs. Ceux-ci s'étant écroulés en beaucoup de points, les dunes ont pénétré par les brèches jusque dans la ville et s'y déversent incessamment, formant ainsi à droite et à gauche du rempart un talus mobile et glissant. D'après Guillaume de Tyr, la porte qui s'ouvrait au midi se nom- mait porte de Gaze, mais elle est complètement cachée sous un man- teau de sable. Vers l'est était la porte dite de Jérusalem , dont on voit encore des traces, et que nous trouvons décrite en ces termes au xxn* chapitre du XVII* livre de Guillaume de Tyr : ffLa première porte qui siet devers Orient a nom porte Major de ff Jérusalem, parce que par iluec vet l'en à la sainte cité. Iluec a deus cr tors de çà et de là grosses et hautes signes, c'est la greindre forteresse cr de la ville. En la barbaqane devant a trois issues qui meinnent en cf divei's leus. t> La porte proprement dite a disparu. Bien que fort endommagés, les restes de l'ouvrage avancé qui la précédait sont encore très-recon- naissables. Ainsi qu'on peut le voir par le plan , celte barbacane était d'une forme très- irrégulière. Elle se composait d'un mur de 2 mètres d'épaisseur; un escalier encore intact au mois de décembre 1869 me permit d'atteindre le niveau du chemin de ronde qui le couronnait. Son élévation était de 8 mètres environ. Une tourelle A , dont on ne voit plus que les fondements, flanquait une des trois entrées qui s'ou- vraient dans les autres faces de cet ouvrage. La grosse bastille B , qui commandait l'ensemble de ces défenses, me parait être une imitation des (ppovpcu ou maîtresses tours byzantines. Selon toute probabilité, c'était une des deux tours signalées ici, par l'historien des croisades, comme les principales défenses de la place. 208 MO^UMENTS DE L'AfiCHITECTURE MILITAIRE 11 est bien à regretter que cet importanl ouvrage, dont it ne subsiste plus que la base, n'ait pas été décrit et relevé alors qu'il était encore presque entier, sa destruction ne remontant guère qu'à une vingtaine d'années, à en croire ce que m'ont assuré les habitants du village de Djorah. C'est au sud de cette entrée que ae trouvent les restes les mieux Fig. 5a. conservés des murailles d'Ascalon. Outre le rempart proprement dit, qui existe au sommet des tertres décrits plus haut, elles comprenaient un avant-mur élevé à mi-côte, à l'imitation du lapotdxiff^uL des By- zantins. On voit encore de nombreuses traces de cette première ligne de défenses, en avant de laquelle régnaient des fossés aujourd'hui comblés par les sables. Ibn-el-Atyr nous a laissé une relation du siège d'Ascalon par Saladin, DES CROISÉS EN SYRIE. 209 où se trouve un passage relatif à cette muraille : crH (Saladin) corn- er mença alors le siège avec une grande diligence et dressa ses machines cr contre la ville. Les mineurs ayant réussi à s approcher des murs, une cr partie de la première enceinte fut enfin prise. -n Sur ce même point se trouvent en D, à Tintérieur de la ville, les débris des murs de soutènement d'une terrasse régnant le long des remparts et qui formait place d armes un peu en contre-bas du chemin de ronde. En a, entre le mur de la barbacane et la tour arrondie, et à peu près à égale distance de l'une et de l'autre, une poterne s'ouvre dans la courtine. Elle donnait accès dans l'espace qui sépare les deux enceintes. x4u nord, des jardins remplissent l'enceinte d'Ascalon et les arbres poussent parmi les ruines. L'emplacement de la porte de Joppé se reconnaît encore, et elle était dominée à l'est par une grosse tour ronde dont les fondements étaient encore en place quand je visitai ces lieux. C'est une de celles que signale Guillaume de Tyr comme défendant chacune des portes de la ville. Entre cette porte et la mer se trouvent, au milieu de la riche végé- tation qui recouvre aujourd'hui une partie de la ville du moyen âge, les restes d'une petite église. Son plan est parfaitement reconnaissable : elle était formée de trois nefs terminées en abside (pi. XIX). La périphérie totale de ces murs est d'environ i,5oo mètres. Mais il faut, hélas! prévoir que, dans un avenir évidemment peu éloigné, Ascalon aura totalement disparu, car ses ruines sont une carrière que l'on exploite continuellement pour en extraire et en exporter des ma- tériaux de construction. Baudoin III, roi de Jérusalem, enleva Ascalon aux infidèles le 1 2 août 1154 et la donna en fief à son frère Amaury, qui prit le titre de comte de Japhe et d'Ascalon. Plus tard cette place passa à Guil- 37 210 MONUMENTS DE L'ARGHITECTUKE MILITAIRE, ETC. laume Longue-Epée, marquis de Montferrat, à qui succéda Guy de Lusignan. A la suite de la bataille de Hattin la ville fut assiégée par Saladin , et après une résistance énergique les habitants offrirent de capituler, lis réclamèrent pour principale condition la mise en liberté du roi \ de son frère Amaury, de Tévêque de Saint-Georges de Lydda et de douze autres nobles personnages. La reddition eut lieu le k septembre 1 189. Les Francs ayant repris Acre le i3 juillet 1191, Saladin fit aussitôt démanteler Ascalon, dans la crainte que cette place ne devînt un point d'opération pour l'armée chrétienne. Depuis, lo roi d'Angleterre occupa ces ruines et commença à en réparer les fortifications; mais il dut bientôt y renoncer, par suite de la trêve qu'il conclut avec Saladin^ le 2 septembre 1 192. Les Francs tentèrent vainement de s'y fortifier de nouveau dans le cours du xni^ siècle. A partir de ce moment, Ascalon tomba dans un abandon dont elle ne se releva plus. ' Rad. de Cogghessa]. AmpUsêima col- ' Conl. de Guillaume de Tyr. i. XXVI, leclio, t. V, p. 564 et 565. ch. m. TORTOSE. L'enceinte de Tortose reproduit en plus grand la forme du cliâleau. C'est un quart de cercle appuyé à la mer et d'un rayon moyen de 35o mètres environ {pi. XX). EHe consiste en une muraille dv a^.^o d't5paisseur, construite en gros blocs taillés à bossage. Munie d'nn fossé large et profond creusé dans le roc vif et rempli par ia nier, elle se trouvait complètement k l'abri des travaux du mineur. Les saillants sont barlongs, mais leur relief sur la courtine est faible et les (lan- i|uements en sont de peu de valeur, comparés li ceux du château. Cependant, tout imparfaite qu'elle était, celle défense pouvait iHre considérée comme très-sérieuse au xn" siècle, quand la sape formait le moyen d'attaque le plus redontahle de l'assiégeant, d'autant plus qu';\ l'époque nù furent élevés les murs de Tortose, on avait déjà généra- lement adopté l'usage d'établir en arrière de la courtine des plates- formes terrassées, destinées à servir d'aire pour rétablissement des grands engins, tels que pierrières, trébuchets ou niangonneaux, dont le tir parabolique lançait à une distance considérable des projectile.^ de pierre du poids de loo à i5o kilogrammes'. Au nord, le renqiart se voit encore sur toute sa longueur et pn'- Viollel-le-Duc, Archileclure militaire, el Diclionnaire d'arehileeiare , p. aaù et suiv, 212 MONUMENTS DE L'ARCHITECTURE MILITAIRE sente trois grands saillants. Bien que dérasé sur une partie de sa hauteur, il a conservé une élévation de plusieurs mètres au-dessus du sol. Son mode de construction était identique à celui du château, et il devait être couronné par un chemin de ronde muni d'un parapet cré- nelé semblable à ceux de cette forteresse. Vers l'est, la muraille n'existe plus que sur la moitié environ de son développement primitif, et, sur la plus grande partie des faces sud et sud-est, son tracé est seulement indiqué par le fossé, qui, bien qu'aux trois quarts comblé , est toujours reconnaissable. Cette enceinte parait n'avoir été percée que de deux portes: l'une, restée presque intacte, est dans la face nord, tout près du château; et l'autre, dont on voyait quelques traces il y a peu d'années, s'ouvrait au sud vers Tripoli. Durant tout le moyen âge et jusqu'à l'invention de l'artillerie à feu, les portes étaient considérées comme les points vulnérables d'une place; aussi n'en laissait-on que le nombre strictement nécessaire. Celle qui se voit encore ici est assez bien conservée pour que Ton y retrouve facilement les divers détails de ses défenses et de son mode de clôture. Un pont en charpente qu'on pouvait enlever facilement en cas de siège, et dont on voit encore les encastrements, était jeté sur le fossé. A droite et à gauche, cette porte est protégée par deux grandes meurtrières; elle est large de 3 mètres et était fermée comme celle de la forteresse par des vantaux ferrés et une herse (fig. 53 et 54). Elle était également défendue par un mâchicoulis. L'étage supérieur de cet ouvrage, où étaient placés les treuils de la herse, est aujourd'hui fort endommagé. On peut cependant reconnaître qu'il était ouvert à la gorge. On y accédait parle chemin de ronde du rempart; ce qui, joint à la disposition des défenses et à l'installation qui parait avoir été donnée ici aux manœuvres des herses, devait lui donner une assez DES CROISÉS EN SYRIE. S13 grande analogie avec la porte Saint-Lazare d'Avignon, élevée vers le milieu du xiv* siècle, et dont ce système de porte fut peut-être le prototype. Fig. 53. On ne r-iiiirait dîn.' yi la ville lut en cornmuiiicalion directe avec if fliàteiiii. et cppenilfiiil II est probable que ce deiiiier [losst^dail (|iiidi]iii.' [lulei-ri*? (lîiiis ta partie de sa premiùi-e enceinte disparue sous les mai- 214 MONUMENTS DE L'ARCHITECTURE MILITAIRE, ETC. sons de la bourgade moderne de Tortose. Cette issue devait permettre, en cas de besoin, aux habitants de la ville et aux défenseurs du rem- part de chercher un refuge dans la forteresse. Au point où le rempart vient aboutir à la mer, une grosse tour carrée, munie de talus de maçonnerie à sa base, formait Tangle de la ville. Bien que ses débris soient fort mutilés, il est facile d'y recon- naître les ruines d'un ouvrage analogue à celui dont on voit les restes au nord de la porte de Jérusalem, à Ascalon. Malheureusement ici encore nous devons déplorer la destruction récente d'un étage de cette tour que les siècles n'avaient pas entamé et qui fut démoli par les Egyptiens en 1860, pour réparer un petit fort qui s'élève près de là dans l'île de Rouad. ZIBLET OU GIBEL. Au ccniiiiH'iicemeiit de ce livre j'ai dit, eu parlant du cliilleaii de Maigat, que la ville moderne de Djebleli avait remplact^ l'antiiiue Galialuri). On v voit encore un ma[;nifîque ihédtre de IV'po^jue roniaiin' jiai'venu à peu près intact jusqu'à nous, et qui fut transfoniK^ en cliâleau au leuq)S des croisades. On se borna alors A murer la plu|)iirt aïl. Il est souvent fait mention de cette vill« par les historiens des guerres saintes, qui rappellent Giblel. Avant été enlevée au\ Sarrasins en 1 1 o(j par Hugues de Landtriac, ([ui en devint scignfur, les membres de cette rnriiille prirent dès lors le nom de Giblel ■'. (Ifunme place maritime et ville épiscopale dépendant du cnmie de Ti'i[)oli, elle joua un rôle assez important |iendant la durée du l'ovainiie de Jérusalem, Son poi't. assez vaste, est formé d'nne baie déterminée pai' deux |)ointes du rivage et par deus jetées, aux extrémités desquelles se voient encore les traces des toui"s qui jadis défendaient ia passe. ' Lfs ^fflito, ,U Terre Smnf . por M. .le " F, emblème héraldique d'Antoine Fluvian. élen' au magistère en liai, et de Jean (le Lastie, nommé pour le rempla- cer à sa mort, en i 437. L'autre écu, écarlelé comme le précédent, au premier et au quatrième canton, de la croix de l'ordre, apparlient à Jacque.s de Milli, grand maître de i/i5A à 1/161, dont il porte la llamnie en chel' des deuxième et troisième quartiers. J'ignore à quel dignitaire appartenait t'écu du croisillon vertical, dont les quatre cjui- tons olTi'ent une fleur de lis. SAINT-HILARION. Au noi'it lie ftle de Chypre, rc sim- uosti'o assensu et ccuicessioiie. Hoc autem nd ulliniuiii notUMi i's?e \"- iuiiius <|Uiid si villani niei qui ^int Sarareiii. vel liuuiiuurii ui<;oi'tiiij siiil, vei l'orlc vi'in'iint iii ferritorio Vaietiie el Mai^ali seu in predicli^ idirs leiienii'iilis, fratres Hospitalis leddent iiobis luxla assisiani et mu- sijpliidiuem leiTe. Si vero fueriiit clii'iMtiaui, vel eos iiilra quiiulecint dies iiobiscuin pariricabiilil . vel eis de terra sua liceiitiani dabuut. Si etiaui villani eoi'uni siut , vel forte venerint iu terra niea vel lidniiiiuin nieuiiiru. similiter homines suos Iratribiis Htispitali» i'eddeinn>>. Hik etiam iiutum esse volo. quod niaf;iMter ilonius Hospitalis el fralres i\r- deriinl iiiilii caritative, jiro cou^-essione el doiio et eleinocitia im-u , nclo inillia bisanlios saracenatos. et tiliis uieis Haîniinido el lloeiuutido ]>i« ifiiireMsionibus suis uiiirnique milli- hisiuiciiiK saracenatos. l I itiiipie piclata nlili^r aven lp villn^ île Tlokb^is sitm- \i"iiii. 26A MONUMENTS DE L'ARCHITECTURE MILITAIRE, ETC. uxoris mee et Gliorum meorum et etiam donatio mea assensu et conces- sione filiorum meorum facta Grmum et inviolabile robur obtineat, hanc paginam auctoritatis nostre prefatis fratribus fieri feci et principaiis si- gilli mei impressione muniri et subscriptis testibus roborari. Testes vero sunt : Dnus Aimericufl Antiochie venerabiiis patriarcha; Dnus Barlholomeus archyepi- scopus Mamistrensis; Dnus Aimericus Tripolis episcopas; Dominas Anterius Valenie episcopus. DB FRATRIBUS H08PITALIS : Frater Beraaixlus prior eiusdeni ecclesie; Frater Bureiius magnus preceptor; Frater Rogerius de Lirone Antiochie baiulus; Frater Bartholomeus baiulus Emaus; Frater Rainaldus baiulus Spine. DE MILITIBCS : Baldoinus dTbeKn; Raimundus de Gibelet; Radulfus de Montibus conestabula- nus; Gervasius senescalcus; Oliverius camerarios; WilleLnus de Gava mare- scallus; Bartolomeus Tirel marescaHus; Gualteriusde Surdis Vallibus ; Robertus de Boloira; GaUerius Darchican; Bartholomeus filius comitis; Richerius de Ler- minati; Bastardus de Molins; Petnis de Hasart; Petrus; Helias; Guitardus de Bomo; Odo de Maire; Bemardus Suberan; Wiflelmus de Sancto Paulo tune dux Antiochie. DE MIUTIBl'S MARGATl : Dominus Zacarias; Amelinus; Dominus Baldoinus de Run; Dominus Georgius; Dominus Theodorus. Datum apud Antiochiam, per manum Aiberti, Dei gratia Tarsensis archiepiscopi et domini principis canceiiarii, anno ab Incarnatione Do- mini ii^.c°.L**.xxxvj** féliciter. Amen. Au bas de cette charte se voit ie sceau en plomb du prince d'An- tioche. Ce sceau porte d'un côté les figures nimbées des apôtres saint Pierre et saint Paul et au revers se voit un cavalier, armé de toutes pièces, passant à droite sa lance appuyée sur l'épaule, et autour de cette face se lit la devise : Sigillum Boamundi principis Antioclieni. CHARTE DE RAIMOND II, COMTB DE TRIPOLI, AliTOBISAM ET RÉGLANT LA CESSION A L'aÛI'ITAL DU CHÂTEAU DU KBjVK ET DE SES DËPE!irorum feodalibus, et felicium et lacum, cum omnibus eorum perti- nentiis propriis, ut supra dictum est, et feodalibus. Deinde vero, con- cilio et voluntate W. de Crato et uxoris sue Adelasie eiusque 61ii Bel- trandi Hugonis,predicta castella Xenodochii Iherosolimitani pauperibus tribui, concessi et laudavi, quibus videlicet Gralo et castello Bochee scambium eis dedi et in perpetuum habere concessi, que castella sci- licet domui sancti Hospitalis ipsi sponle dederunt atque obtulerunt et ex omni calumpnia quietaverunt. Quodautem hoc sit scambium per singula enucleari atque patefieri volo atque iubeo; nunc igitur osten- dam feriatim scambium quod W. de Grato coram universa curia feci, videlicet, caveam Davidis Syri cum omni raisagio' montanee quomodo- cumque melius unquam habui et tenui, et feodum Pontis Willelmi, id est, duas terre caballarias ^, et sexcentos bisantios, ce** ego Raimundus ^ Pendant toute la durée de la domina- lion franqueen Syrie, nous trouvons Emesse désignée par les chroniques et les chartes latines sous le nom de la Chamelle, et bien que cette ville n*ait jamais été prise par les croisés, elle était cependant considérée comme appartenant au comté de Tripoli. (6W. DipL n' a6, p. yS.) Le lac nommé aujourd'hui lac de Honis, et que domine le Krak des Chevaliers, s'ap- |)elait alors le lac de Kadès. Quant au point appelé Resclausa, peut- <^tre devrions- nous le chercher sur la roule de Honis h Hamah, dans le site de YAre- tluisa antique, nommé aujourirhui Er- Rustan. * Les ruines de ce château, qui parait avoir été peu considérable , se voyaient en- core il y a peu d'années dans la plaine nom- mée aujourd'hui Boukeiah el-Hosn. ' Dépendances. (Gloës, de la langue ro- mane, par de Roquefort , t. Il, p. ^70.) * On nommait au moyen âge chevalée une possession territoriale sujette au ser- vice militaire, et qui en temps de guerre devait fournir au suzerain un nombre dé- terminé de cavaliers. L'historien vénitien Sabellico nous ap- prend (I. IX, p. a 48) qu'à Candie on don- nait le nom de caballarias aux concessions de terres faites à titre de récompense aux soldats vétérans. DES CROISÉS EN SYRIE. 267 Dei gratia Tripolis cornes et alios ducenlos barones et ce episcopus Tripolitanus , et super omnes caballarias predicte montanee in una- quaque divisi m bisantiis ab hoc mense Augusti usque ad decem annos, pretaxato Willelmo dedi, concessi atque penitus laudavi. Simililer qui- dem, assensu et concilio Gisleberti de Podio Laurent! et uxoris sue que Yocatur Dne Dagolth, prelibate domui pauperum dedi, concessi atque laudavi feiicium et latum cum omnibus eorum pertinentiis , que mille bi- santiis emi et hab eis ex omni calumpnia recepi quieta, queve scilicet castella sancto Iherusalem Hospitali sponte contulerunt et omnimodam ipsi calumpniam quietaverunt. Hoc ergo donum , prout melius , verius et sanius ab omnibus hominibus intelligi valet, bona Gde, absque pravo ingenio , sicut superius scriptum est, ego Raimundus, per Deum Tripolis comes, feci et ex toto reri fategi, nutu et consilio pariter Cecilie comi- tisse matrismee, régis Francorum filie\ et Hodierne uxoris mee, Tri- polis comitisse, régis Iherusalem filie, et filii mei Raimundi et Filippi fratris mei , pauperibus Hospitalis Iherusalem sine ulla convenientia et alicuius conditionis tenore , excepto quod in omnibus militaribus nego- tiis et expeditionibus quibus ego presens personaliter adero, totius lucri medietatem partiri mecum atque dividere debent. Me siquidem ab- sente, neque constabulario , nec marescalco, nec etiam alii cuiquam ex hoc respondeant, nec lucrum cum eis partiantur, nisi quod unicuique in negotio existent! forte devenerit. Preterea si forte deficerem obitu , magistro atque provisori comitatus meique filii, quocumque presens ipse corpore adfuerit, eamdem convenientiam idemque pactum partis tueri quam mecum habent et habere promittuut; procul dubio tenue- rint et observaverint usque quo filius meus ad etatem militie perve- ^ La princesse Cécile était fille nalurelle noces Tancrède, prince de Galilée; étant de Philippe I", roi de France , et de Berlrade devenue veuve en ma, elle épousa alors de Monlfort. Elle avait épousé en premières Pons, comte de Tripoli. 34. 268 MONUMENTS DE L'ARCHITECTURE MILITAIRE nerit [predic]ta fédéra custodierint et fîrmiter habnerint. De cetero quicquid ex hoc dono concessi consilio et communi auctoritate feci : Giraldi Tripolitanî episcopi; Willelmi Tortose episcopi; Rainierii constabularii; Fulcrandi marescalci; Willelmi Ebriaci; W. Rainuardi; Gaucelini de Cavo- monte; Silvii Robert! ; W. Porcelleti; Ra Fontanellis; Raimundi de Fonte Erecto; Radulfi Viridis; Pipini; W. Aurei; W. Pandulfi; Bernardi de Rocfaa et aliorum onmiom quorum nequeunt describi per omnia. 81MILITER HOC IDEM FECI NUTD ET GOHSOIO BDRGBNSIOM : Pontii de Sura ; Baronis auriGcis ; Geraldi bnelli ; Pontii Geraldi ; Stefani Monachi ; R. Lamberti; W. Rollendi; P. Gerbaldi; Philippi Burgensis; Pétri Andrée; Pétri de Sancto Germano; Raimundi Guasconis et ceterorum omnium. Si luitu nécessitas mihi vei meis heredibus denium insur- rexerit vel supervenerit quod predictorum castrorum refugium sal- vandis corporibus necesse sit; nec in ingressu neque in exitu per me vel per homines meos ullum christianis prelium vel malum fieri vel în- surgere débet, nec arte vel ingenio meo quicquam facere aut inquirere, ut hec predicta loca pauperibus sancti Hospitalis, quibus in helemo- sinam concessi et sponte fundavi, subtrahantur atque auferantur. Denique velut muro circumcluditur ortum, qui fuit Gualterii de Mar- gato et uxoris sue Gesle, ipsa etiam adhuc in vita superstite concedente , et illa spacia locorum ad trahendos lapides apta que inter utrainque viam concluduntur exterius illinc a capite; nutu et consilio Hodierne uxoris mee, Tripolis comitisse, et filii mei Raimundi, pauperibus sancti Hospitalis Iherusalem in helemosinam dedi libère et absque calumpnia concessi iureque perpetuo collaudavi. Hoc itaque donum se primum et pauperibus Sancti Joannis Hospitalis Iherusalem in manum Raimundi sepedicti Hospitalis magistri et seduli procuratoris et Roberti comitis Alvernensis et Gisleberti Malemanus et Pétri Montis Peregrini prioris et aliorum fratrum in helemosinam antecessorum meorum sainte meo- DES CROISÉS EN SYRIE. 269 rumque peccatorum venia, ego Raimundus, Dei gratia Tripoiis cornes, coram universa curia mea, tam clericorum quam laîcorum, sponte obtuli, ore et corde inperpetuum laudavi. Gui vero dono cuicumque calumpniam vel ullam controversiam facere presumpserit, nisi resl- puerit^pars eius sitcum Dathan et Abyron, quos terra, pro sua super- bia , vivos absorbuit et cum luda proditore qui Dnum precio vendidit. Sitque maledictus comedens atque bibens, vigilans atque dormiens, in mane et in vespere, in omni tempore in presenti et in future. Percutiat eum Dnus famé et siti, egestate, frigore, pessimo ulcère , scabie quoque et prorigine, amentia et cecitate donec pereat. Hujus quidein doni et laudationis existunt testes : G. Tripoiis episcopus cum omoi conventu suo; W. Tortose episcopus; R. con- stabularius; D. marescalcus; W. Ebriaci; W. Rainoardi; G. de Cavomonte; J. Roberti; W. Porcelleti; VV. de Crato; G. de Podio Laurenti; M. de Bocco- seilo; R. de Fontanellis; R. de Fonte Erecto; R. Viridis; Pipinus; W. Aurei; W. Pandulû; I. de Bechestino; F. de Tolooe; R. de Monte Siguo; H. de Lidi- mano; B. de Rocca; R. Fortis; B. Romanus; R. de Valle Aurea; W. de Cor- neiione; Sijpireddus; P. de Neren; P. de Sancto Justo; 0. de Monte OHvo; Guiringisisis; Tancredus de Valriaco; P. Humberti; A. de Saurra; W. Tripoiis vicecomes; A. Tripoiis raisins; P. de Gafaraca; B. de Busarra; Hugo Senza- verz; P. de Cavomonte; B. de Trallo; W. deLunello; B. Pétri de Iherusalem; R. Crispini régis pincema; Humfredos de Toroni; Philippus Neapoiis; De burgensibus : P. de Sura; G. Isnelii; P. Geraldi; S. Monachus; Firminus; R. Catalanus; R. Niger; A. Trun; P. Andrée; P. de Sancto Germano; P. de Monte Ferra- rio; R. Lamberti; W. Rollendi; P. Gerbaldi; R. Amaldi; Philippus Bomia; A. de Lambesco; R. Guasco; P. de Castro Novo; G. Tinionerius; Gilbertus, et P. qui banc cartam dictavit tune temporis comitis cancellarius. Hoc autem donum feci ego Raimundus, per Deum Tripoiis cornes, pauperibus Hospitalis , nulu régis R[alduini] * et regine M[elissende] ^ Sancte Iherusalem et R[aimundi] ' Antiocheni principis et C[onstantie] * * B. — • M. — » R. — • C. 270 MONUMENTS DE L'ARCHITECTURE MILITAIRE, ETC. principesse. Hoc autem similiter dicte domui pauperum concessi el laudavi ul in omni terra niea hoinines eiusdem donms nec etiam Su- riani de Crato, usas, nec consuetudines reddant nec tribuant, et abs- que consilio fratrum eiusdem Hospitalis trevias non accipiam cuni Saracenis nec faciam. Anno ab IncarnalioneM®.C*.XL**.V". indictione vni fuit facta bec carta , luna lerlia. INSCRIPTIONS ARABES DU KALAAT-EL-HOSIV. .lai dit. ilaiis le roiirs de cet ouvrage, en parlant du krak des Clie- valiers. qui' je publierais dans les notes le texte des inscriptions arabes relatives aux l'estaii rations exécutées dans cette fortere.sse par les sul- tans Malek-ed-Daher-Bybars, Kelaoun et Malet-es-Said-Bereke-Khan à la suite de sa prise par les Sarrasins. C'est à la bienveillance de M. Ciiarles Scbeiler, direclcur de l'École des lani;ues oiientales, ipii visila en i 8fio le Kalaat-el-Hosn, que je suis redevable du liate el de \n Iradiiclion îles trois insci'iptions ipii suivent, Sur la tour carri'e A : jy^\ ^iX^ jJiàV ji\S;X\ ■XJ>U\ JsUJi ^Ull.J^^i UMr^l j^Jl IJ^ aOvs- ...■j-NsJj *JL« M\ jJuà. ;j>j_*jji j-L*t j^UiJi ij))'^ trï^lj W-JJl ^J^*- Au nmii de Dieu tl^rnenl et ruismfonlii'iu. '>l(e noble iDur a i^t^ reniise h iwat par\i'. mgneur saviiiil K jiiattt , câlui qui sf uoriKHcrr A la gu^rn' suitile el ù In dércnsc des rroiiLièira. le vicloriRux, li> roi ttasialf. de Dieu. S^'ïr- Kildminiii OiiPiMînKjiliinun.aucienMumloiikdeMelik KsBnIiltel >-u qiiili-jiritire'lf^crDyniila n riii<^ ■■n nmlinna' : i]ii? Dieu perpi!riie son règne et lui ncronic Imijonrs -i'Mi mh. . 272 MONUMENTS DE L'ARCHITECTURE MILITAIRE, ETC. Sur la tour ronde, à Tangle occidental, entre deux lions rampants : yftUâJi jjai ^ikJUt 4141 ij*^ lô^ Js>*>-^^i Le sultan Ei-Malek ed-Daher Bvbars a ordonne ia restauration de oe château. Sur celle de l'angle oriental se lit : Le sultan Melik Essaïd Nassir Eddouiiia Oueddin Aboul Mealy Mohammed Bereke Khan a ordonne la reconstruction de ces remparts en Tan 677. NOTE SUR LA TERRE DE MONT-RÉAL ou D'OULTRE-JOURDAIN. La partie du royaume de Jérusalem nommée terre de Mout-Réai ou d'Oultre-Jourdain, et qui se composait de la région située à l'est de la mer Morte et du Ouady-Araba, est une de celles sur lesquelles nous possédons le moins de documents contemporains. Nous savons seule- ment, par les historiens des croisades, que cette contrée se nommait alors la Syrie-Sobale et quelle comprenait la terre de Moab et ridumée. Une précieuse charte datée du 3 1 juillet 1161, relative à un échange entre Baudouin III, roi de Jérusalem, et Philippe de Milly, vicomte de Naplouse, vient d'être publiée dans le cartulaire de l'ordre Teuto- nique , et nous fournit des renseignements intéressants sur cette pro- vince. Elle nous apprend que la terre dite d'Oultre-Jourdain s'étendait depuis le Ouady-Zerka, au nord, jusqu'à la mer Rouge, au sud, et comprenait quatre fiefs principaux, qui étaient : le Crac ou la Pierre du Désert, Mont-Réal, Ahamant et le château de la vallée de Moïse. Je vais donc essayer, à l'aide des divers passages des historiens chrétiens et musulmans des croisades, ainsi que des relations des voyageurs modernes, de compléter un peu ces renseignements. t® Le Crac, ou Petra Deserti^ forteresse importante, était en même temps la résidence de l'archevêque de Rabbah^ * Familles d'oultre-mer, Syrie Sainte, p; 7 55. 35 WOMME.MS DE LlR^HlTECTLBE MILITAIRE Parmi Ifr? diier* ra*au\ d#- «a drpen»lance rîlé* daos on* J** rhaiies de roij^ra;;e de Paoli-, s'en trouve un nomm*^ CanZà'r, que je rro« pouvoir identiG^r avec le village moderne de EM^anxirieh , situé a «il heures au Mjd de Karak, au bord du Ouady-eii-Nemaireh. 2^ Sfhaubak, ou le Krak de Mont-RéaJ, château dont noieraient d»*» dépendance» considérables, notamment les cantons de Beni-Salem et d*» Ouady-Gerba. La position de ce lieu parait se retrouver dans |p Djebel-Shera , au sud-ouest du Ouad y-Muusa, où s^ voit une loca- lité ruinée nommée Djerba. \ou5 savons* par la charte ^ mentionnée plus haut, que cette seigneurie comptait un grand nombre de Bé- douins parmi ses hommes liges. Nous lisons au XX1\*^ livre, chapitre n, du continuateur de Guil- laume de Tyr, le passage suivant relatif aux deux forteresses dont je viens de parler : ?Mont-Réal est loin du Crac 36 milles. Mont-Réal e siet en Ydumée et le Crac en Moab. r Les seigneurs de la tem» de Mont-Réal dont nous connaissons les noms' paraissent avoir eu leur résidence à Karak, pendant que des châtelains gouvernaient à leur place la forteresse de Mont-Réal et ses dépendances. Voici les noms qui nous sont parvenus de quelques-uu'* de ces châtelains : Jean 1 1 5^ Erald 1 1 53 Evpnas • * 77 Le pèlerin Thetmar*, qui visita cette partie de la Syrie en se ren- dant au mont Sinaî, en isiy, dit que la bourgade qui sVlevaît au pied du château était habitée par des chrétiens et des musulmans. Il ' Cod, Dipl. t. I, n* 49. p. 3i. * Pèlfrinage de Tkeimar eu f !t 1 7, piibii*' ' /arl^ baron Joies de SainMienois. p. Si. Familles d'oulire-mer, p. Aoi. DES CROISÉS EN SYRIE. 275 cite particulièrement une veuve française chez laquelle il reçut Thos- pitalité. Je crois qu il a été fort rarement question du troisième fief, nommé Ahamant par les historiens latins du moyen âge > mais pourtant il me semble que Ton peut, sans témérité, identifier cette localité avec la bourgade de Maan-esch-Ghamieh, dans laquelle M. Léon de Laborde' croit retrouver le site de la Theman de l'antiquité. Elle est sur la route du Hadj, à six heures au sud-est de Schaubak, et fut décrite il y a vingt ans environ par le voyageur anglais Wallin ^. On y voit deux châteaux élevés Tun en face de l'autre, dont le plus récent a été construit par le sultan Soliman. Les jardins qui entourent la ville abondent en arbres fruitiers, et au temps des croisades cette région était très-fertile, comme le prouve le passage suivant du con- tinuateur' de Guillaume de Tyr : (fGelle terre entour qui estoit toute couverte d'arbres portanz fruiz (fde figuiers, d'oliviers et d'autres arbres de bonne manière, si que ce fr sembloit une forest. -n PalgraveS qui s'y arrêta en 1863, au commencement de son voyage en Arabie, signale aussi un vieux château, et dit que la ville est en- tourée d'anciens remparts. Le quatrième enfin, le château de la vallée de Moïse, que la charte du roi Baudouin dit être alors en la possession d'un certain Pelrocii comitis, avait été enlevé par surprise aux Francs, en l'année 116/i. Voici en quels termes Guillaume de Tyr* raconte cet événement : (rEt pristrentun nostre chastel qui a nom H vaux Moyse et siet en • Livre de V Exode et des Nombres, par Bianchi. — * Narrative of ayear's joumey, L. de Laborde, p. i34. through Arabia, * Wallin's travels in the norlh Arabia. » p. nt^^ nt'S, ' Katab Menarnk el-Hadji, traduit par 35. 28-2 MONUMENTS DE L'ARCHITECTURE MILITAIRE, ETC. deux châteaux de Ghorigos, construits, l'un en 1 206 par le roi Léon II, et l'autre par le roi Hethoum I** en Tannée 1 26 1 , fourniront une série d'études du plus grand intérêt et qui viendront compléter l'ensemble de nos connaissances sur l'architecture militaire du moyen âge dans los provinces occupées par les croisés. Je m'estimerai donc heureux si la lecture de ce livre peut inspirer à cpielqu'un le désir d'arracher à l'oubli, pendant qu'il en est temps encore, cette page peu connue qui fait partie intégrante de notre histoire nationale. FIN. TABLE DES NOMS PROPRES. ACBE, p. 979. Adb^har de Pbyrd^za , châtelain de Torlose , p. 81. Adrib^t IV, pape, p. tlid. Agridi, village de Chypre célèbre par la bataille qui s'y livra en isiBsi, p. 9^3, «2/18, qSq. Ah AMANT, château d* Arabie, p. ayS, âyS. AiGUEs-MoRTEs (murailles), p. /la. AiHAR DE LA RocHE , châtelain du Krak , p. 60. AiHARD (Frère), châtelain de Tortose. p. 81. Akaba-es-Schanieh, p. 977. Akkar ou Gibel-Akkar, château du comte de Tripoli, p. Sg, 6g, 99. Albara, ville ëpiscopale de la principauté d'Antioche, p. 6. Aleîka, château voisin de Margat, possédé par les Ismaéliens et considéré comme une dépendance de cette forteresse, p. 6 , 961. Alep, ville de Syrie, p. 3, 6, 16, 169. Alexandre IV, pape, p. 66. Alexandrettb, ville maritime de la princi- pauté d'Antioche, p. 6. Amia, casai dont le site se retrouve dans le village moderne du même nom, p. 979. Amazarbe, \ilie du rovaume de la Petite- \nnénie, p. 186. Alfred, châtelain de Margat, p. 33. Antiocue, capitale de la principauté de ce nom , p. 9,3, 11, 17, 91, 63 , 1 1 ^j , 179, 180. Antoine Fldvian, grand mattre de Rhodes, p. 937. Arabia , casai de Galilée possédé par les che- valiers Teutoniques , aujourd'hui Arra- BEH, p. 979. Aradds, île voisine de Tortose, p. 83. Ardblle , casai des chevaliers Teutoniques près de Bethsan, p. 979. Areyneh , château du comté de Tripoli pos- sédé par les Templiers, p. 6, 16, ^jo. 69, 81, 87,90, 99. Arias , château du comté de Tripoli possédé par les Templiers, p. 5, 60, 69. Armand de Périgord, mattre du Temple. p. 63. Arnadt de Montbrun, châtelain du Krak. p. 60. Artésie, ville du comté de Tripoli, p. 6. 69. AscALON, ville du royaume latin, p. 3. ^. 16, 17. Athlit ou château Pèlerin, p. 87. Avignon (murailles et château) , p. 56 , 9 1 3, 995. 28& TABLE DES NOMS PROPRES. B IUderen , casai dépendant du fief du Schouf donné aux Teu toniques en ia6i, au- jourd'hui BÂADRAN, p. 980. Ralatnods , château de ia principauté d'An- lioche, p. 11/1. Ranus, ville et château de Syrie, p. 3, 5. Bardt, ville de Syrie, p. 4, 5. Basse (La), casai dans le territoire d'Acre, aujourd'hui El-Bassa, p. 979. Baddodot m, roi de Jérusalem, p. 909, 978. Beaufort, château de Syrie, p. 4, 17. Beauvoir, p. à. Beit-el-Ma, village voisin d'Antioche, p. 198. Beit-Gibrîn, château des Hospitaliers de Saint-Jean , nommé au moyen âge Gibe- lin, p. 81. Beiteg^ne, casai près d'Acre, qui s'identifie avec le village moderne de Beit-Jenn, P- ^79- Bekodm-ibn-Abdallah-el-Ascherafieh ( L'é- mir) , gouverneur musulman du Hosn , p. 4i. Beni-Salem, p. 97a. Bertrand de Margat, p. 39. Berzieh, château de la principauté d'An- tioche, p. 6. Blanche-Garde, château de Syrie, p. &, 17, 117, 193. Bohkmond IV, p. 19, 20, 39, 83, iii5. BOB^MOND V, p. 83. BoHiMOND VII, p. 169. BoEEBEis, casai dépendant de Margat et qui paraît s'identiGer avec le village de Bok- beis, p. 903. BoLDO (voir Paltos), p. 20. BONAGUIL, p. l3l. BoRBONNEL, villc de Syrie, aujourd'hui Bo- RODNLI, p. 6. Bordj-Anaz, p. 69. BoDTRON (Le), ville de Syrie, p. 5. BoppAVENT, château de Chypre, p. 17, 9^9. BusNEN, casai près d'Acre; s'identifie avec le village d'Abou-Senan , p. 979. Gabegie, casai donné à l'ordre Teutonique, aujourd'hui El-Gabsteh, près du Ras- Mefscherfieh, p. 980. Cademois, château dépendant de Mai^at, aujourd'hui Kadmous, p. 961. Cafaraca, château de Syrie, p. 6. Cafrenebrah, casai du fief du Schouf cédé aux Teutoniques, aujourd'hui Kefernb- BRAK, p. 980. CaHORS, p. 995. Cahdare (La), château de Chypre, p. 17. Canzir, casai dépendant de Karak, p. 97 4. Carcassonne (dté et château), p. 157. Carmel, montagne de Syrie, p. A. Casal Blanc (Le) ou Coket, aujourd'hui KocEKAT , non loin d'Acre , au nord , P- 279- Casal Ymbert, village célèbre par la bataille à laquelle il a donné son nom, aujour- d'hui El-Hamsi, p. 979. Catphas, ville de Syrie, p. &, 93. C^LESTiN II, pape, p. 1&&. CiaiNES, ville de l'île de Chypre, p. 93o. CisAR^E, ville de Syrie, p. 3, 4, 17, 93, 181. Chastel-Blanc , p. 60, 63, 69. CniTifp. 93 1. CoL^E (La), château de Syrie, p. &o, 69. CoLossi, p. 933. Conrad, châtelain de Montfort, p. 1^9. CoRFiE, casal voisin de Tibériade, position incertaine, p. 979. CuRSAT, château de la principauté d'An- tioche, p. 6. TABLE DES NOMS PROPRES. 285 D Dira, ville d^Asie Mmeure, p. i3, i8/i. Dar-Bbssak , château de la principautë d'An- tioche, p. 6. Dbir-Bebb, casai du Schouf, aujourd'hui même nom, p. a 80. Deir-Elgamar , aujourd'hui même nom, p. 280. Diarbbur, p. 18&. Djebaîl (voir Giblbt), p. 918. Djbblbh (voir ZiBBL),p. 19, 90, 91, 166, 175, 180, 9l5, 993. Djbnah'-ed-Daulbh , Soudan de Hamah, p. 58. Djorah, p. 908. E ËDBSSB, p. 179, 180. Ela, p. 976. Éleuthàre, p. 981. Erald, châtelain de Mont-Rëal, p. 97 &. Ermands , châtelain du Krak , p. 60. Escbive db MoNTBiLURD, femme de Balian d'Ibelin, p. 959. Etzion-Gabbr, ville de TArabie Pëtrëe, p. 3. EvENos, châtelain de Mont-Rëal, p. 97^. Famieh, p. 11/1. FiBRGE (Le), casai voisin d'Acre, position inconnue, p. 979. FiRODz, p. 197, 198. FRioiRic II, p. 99, 1&9, 1&5, i5&, 976. Gauthier, comte de Brienne, p. 6^. Gbderde, casai du Schouf, p. 980. GiLiN , aujourd'hui Ialocn , à Test de Saint- Jean-d'Acre, p. 979. Gboffroi, châtelain du Krak, p. 60. Gerrosie, casai dépendant de Margat, au- jourd'hui Gerbsieh, p. 961. Gezin , fief cëdë aux Teutoniques par Julien de Sagette, aujourd'hui DjBZZÎif, p. i46, 980. Giblet, ville et château de Syrie, p. 5 , 17, 991. Grave (L'Ile de), sur le golfe Élanitique, p. 3, 976. GaiGoiRB IK, pape, p. 63. Guillaume de Fores, châtelain de Margat, p. 33. Guillaume II, roi de Sicile, p. 33. Guy de Giblet, p. 918. H Hadous, casai du Schouf, p. 980. Hahah, ville de Syrie, p. 9, 3, &9, 59, 1&9. Hanno de Sangerhausbn , grand maître de l'ordre Teutonique, p. 1&6. Harrenc, château de la principauté d'An- tioche, p. 6. Hassan-ed-dîn Torontaï , ëmir de Sahyoun , p. 178. Hatab, ville de la principauté d'Édesse, p. 6. Hazart, château de la principauté d'Edesse . p. 7. Helmerigh, châtelain de Montfort, p. 1&9. Henri Walpot, premier grand maître de l'ordre Teutonique , p. 1/1 4. Herman de Salza, grand maître de l'ordre Teutonique, p. i45. HoMS, ville de Syrie, p. 59. Hugues III, de Giblet, p. 191. Hugues de Lambriag, premier seigneur de Giblet, p. 116. Hugues de Revel, châtelain du Krak, p. 60, 92. 280 TABLE DES NOMS PROPRES. Hi'GiES DE Saiht-Omei. piiDce de Tabarie, Limcbh, village de Syrie, p. 61. p. i&i, i/i9. LiMAssoL, ville de Chypre, p. 93o« 93V I Urli^t, p. iâ3. J4(:qce$ de Ml lu, grand maître de Rhodes, p. 337. Jeatt, châtelain de Mont-RéaK p. 37/1. Jeaiv de Bomb, châtelain de Mai*gat, p. 33. JsAïf DE BuBiB , châtelain de Margat « p. 33, 60. Jek^ dIbeli^, sire de Banit, p. 63, qAo, îj46, ahj. Jea?i de Lastic, grand maître de Rhodes, p. Q37. Jeaii de Nifland , châlelain de Montfort , p. 1A9. Jea!i de Saxe, châtelain de Montfort, p. 1 Ag. Jebha , casai du SchooT, aujourd'hui Djebâa- ESCU-SCHOUP, p. a 80. JéRlSALEM, p. 180. Jdlie!!, prince de Sagette, p. 1&6. Kadmous, p. 6. Kafabtab, p. 1 1/1. Kalaat-Schounaïmis . château de Syrie, p. 16. kAPHARsîif, casai près d*Acre, aujourdliiii Kefer-Jasift, p. 379. Karak ou LA PiEBRE DU D^SEBT, ville d'Ara- bie , p. 3 , 17, 1 3 i , 1 3*î , 1 33 , Î173 . 274. K ARMEL, p. /|, 10a, 10/j. L Lanahie, casai voisin d'Acre, position in- connue, p. 279. Lattakieh ou L\odicke, p. 178. M MiHALU (dit le Château du roi), fief voisin d'Acre, acheté par Tordre Teutonique; ce lieu porte encore le même nom de nos jours, p. 980. Malbk-ed-Daheb-Bybar8, p. 46, 64, 65. i3a, i38, 139, i5o, 151,919,995,979. MALEK-EL-MANsoiTB-LAGrif , Bultau égyptien, p. 83. Maleb-bs-Saïd-Bebeke-Khapi, sultan égy(>- tien, p. 979. Malbk-Khaul-el-Aschbap, sultan, p. 100. 995. Malek-Mansocb-Kelaod!!, p. 36, 38. 81 . 100, 169, 166, 971 , 979. Malek-Mohadam, sultan, p. 99, 991. Malek-Salbu-Aly, p. 100. Maracl^e, p. 81. Marcab ou Margat, p. 4o, 5o, 5i. Mares, p. 88, 179, i84. Margarit, amiral de Sicile, p. 33. 36. Margat, p. i4, 63, 88, i34. Massada, p. 93 1. Massiad, château de Syrie, p. 6. 62. Massob, casai dans le territoire d'Acre, au- jourd'hui Mossoul, p. 979. Melitène, ville de la principauté d'Édesse . p. 7. Merdjcolon , casai situé h Test d'Acre, au- jourd'hui Medjel-Korocn, p. 979. Merdjmïn, p. 64. Mescherefie (La), casai dans le lerriloire d'Acre, aujourd'hui El-Mbscherfybh . P- «79- Moab, p. 973. MoGAR , casai de Galilée appartenant n l'ordre Teutonique, aujoiu^'hui El-Mo- GAR, p. 979. TABLE DES NOMS PROPRES. 287 MoHUTARA, aujourd'hui Mouktara, casai dé- pendant du fief de Gezzïn donné aux Teutonîques en 1961 par Julien de Sa- gette, p. 980. Mons-Fjsrrandos , château de Syrie , p. 5, 6^. MoNTFORT, château de Syrie, aujourd'hui Kalaat-Kodrein, p. 17. MONTPAZIBR, p. 995. MoNT-RiLiL, château d'Arabie, p. 3, 17, i3û, i/ii, 973, 974, 975. , Philippe de Milly, p. 973. Philippe de Navarre, p. 9/17. Philippe I", roi de France, p. 967. Pierre (Frère), châtelain de Mai^at, p. 33. Pierre d*A vallon, p. 64. Pierre de Mirusande, châtelain du Krak, p. 60. Pierre de Vallis , châtelain de Margat , p. 60. Pierre Scotaï, châtelain de Margat, p. 33. N Naplodsb, ville de Syrie, p. 4 , 9 93. NaRRONNE, p. 995. Nazareth, ville de Syrie, p. 3. Nbdjem-ed-din , prince des Ismaéliens, p. 66. Nef, casai des Teutoniques non loin d*Acre, aujourd'hui Nahp, p. 979. Nephin, p. 5. NicéE, p. i84. Nicolas Lorgue, châtelain de Margat, p. 33. NiHA, casai dépendant du fief du Schouf, donné à Tordre Teutonique par Julien de Sagette , même nom de nos jours , p. 980. NoDREDDiN, Soudan d'Alep, p. 60, 61. Othon, comte de Hennebrek, p. 980. Odady-Araba (L'), p. 973. Odady-en-Nbmaïreh , p. 974. Odady-Gerba, p. 974. OUADY-MOUSA, p. 976. Ouady-Zbrka, p. 973. OoLTRE-JoDRDAiN (La terre d'), p. 973. R Rabbah, archevêché de Syrie, p. 973. Raimond de Mandago, châtelain de Margat, p. 33. Rainold de Clamgodrt, châtelain de Tor- tose, p. 81, 99. Raphanieb , casai dépendant au moyen âge de Mons-Ferrandus , aujourd'hui Kalaat- Baarîn, p. 965. Raverdan, ville de la principauté d'Ldesse, p. 7. Rehob, casai de Galilée voisin de Bethsan et possédé par Tordre Teutonique, aujour- d'hui Rehab, p. 979. Romane, casai de Galilée possédé par les chevaliers Teutoniques, aujourd'hui Ro- MANEH,p. 979. RooiA, ville de la principauté d'Antioche, p. 6. Rum-Kalah , ville de la principauté d'Edesse , p. 7. RusTAN (Er-), TArethusa des auteurs an- ciens, village situé h moitié route entre Homs et Hamah, p. 9G6. Paphos, ville de Chypre, p. 93o. Paven , bouteilier du royaume de Jérusalem, p. i33. Safita, château de Syrie, p. 6, 16, 81. 87. 117, i34. Sahioun , château de la principauté dWu- tioche, p. 6, 17, io5. 288 TABLE DES NOMS PROPRES. SALAH-ED-DlN,p. 33, 69 , 8o , 8l, 111, 119, 195, l37, 908, 910. Saleh-Ismaêl , prince de Damas, p. iSy. Samaqcie, casai voisin de Mons-Ferrandus, p. 6^. Samosate, ville de la principauté d'Ëdesse, p. 7. Saphet, p. 980. Sabc (Le), château de Syrie, p. 6, Uo. SAREM-BD-Dm-EL-KAPBouRi (L'émir), gouver- neur musulman du Hosn, p. /ii, 67. SCHAUBAK ou MoNT-R^AL, p. 97^, 978. SCHEAB-ED-DIN-MOHAMHED (L'émir), p. 61. Schbkif-Arnoun, p. 197, i38. ScHODF (Le), fief considérable de la sei- gneurie de Sagette, p. 166. ScHouMAÎHis (Le château de), p. 1/19. Sedinuh, p. 980. Sbif-ed-din ( L'émir ) , prince de Sahioun , p. 66. Seif-ed-din-Balban (L'émir), p. 35 , 67. Sblleh , casai de Galilée possédé par les Teutoniques, situation inconnue, p. 979. SoRORGiE, ville de la principauté d'Édesse, P-7- SouDÏN, port de Syrie, aujourd'hui Sode- DIEH, p. 6. SvMON DE MoNTCBUABT, châtelalu de Sa- gette, p. i58. Syrie-Sobalb, p. 973, 975. SzALKHAD. château dans le Hauran, p. 1^9. Tell-e&-Saphieh , nom moderne du château de Blanche-Garde, p. 19/ii. ToKL^, p. 91, 109. ToBON (Le), p. 198. ToBTosE, ville de Syrie, p. i4, 96, 97, 33, 39, 60, 58, 59, 63, 67, 69, 993. TuLDPE, ville de la principauté d'Édesse, P-7- . TuRBEssBL , ville de la principauté d'Edesse , p. 7. Valenie , ville épiscopale de Syrie , p. 6 , 9 1 . Vallée de Moyse (Le château de la), p. 373, 975. Yamoor, château de Syrie, p. ho. Ydumée, p. 973. ZaRA, p. 91, 109. Zbkkanîn , casai de Galilée possédé par l'ordre Teutonique, aujourd'hui Sakh^ïn, p.. 979. ZiBEL, ville de Syrie, p. 6, 19. Zoueîba, \îllage de Syrie, p. /i, 10/i. UNIV. OF f ' :niGAni, APR 26 1913 '''^t 1 J 1 / <ï^ J ^ 1 ^ ^ 4 t ■ ■ V :=:>- ^-7 I .^-■-«^•'^' -f- V •^'^''■ n CO ^■ r CO Ci 2 CO C/0 UJ O 5/5 "S C o o c o o "1 ts ^ CO i "i o .1 s t h: .1 o ' fO U--Mi>vif ' . ^/ ^. 1 >• ji 1 ~D7 eo r< - il a 'C •■I .4 \%\, i- — il ^ P / ^ / / ^ 4. «^ y sj -ï— «-*—*- Q N ^.' i;>^ '-^^ À -4. _ CM -^^-'>> h '% l. ./«H V 'K |0 M M v,^ -^ ^•5 ■^ ir^ g S CQ S. s. SI > I MARKAB (MARCAT) ^ i^v • J .VIAK'KAI; ^'A- '■' i~^»vi»»ij»iai«K^tjj^^ \^ ■. KAI.AAT V.L IlOSN U.l''. KUAK 1>KS CIIKVAI.IKUSI. KALAAT lil. IIOSX m. 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